TRAITE DE MICROBIOLOGIE TRAITE DE MICROBIOLOGIE PAR E. DUCLAUX Membre de l'Instilut Directeur de l'instiliit Pasteur Professeur à la Sorhonne et à l'Institut agronomique TOME II DIASTASES, TOXINES ET VENINS PARIS MASSON ET iy% ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 130. Boulevard S'-Germain 1899 PRÉFACE Je crois avoir été le premier à rassembler en corps de doctrine les renseignements, jusque-là épars, que la science avait recueillis au sujet des diastases. C'était en 1877, dans le Dictionnaire des sciences médicales du D' Dechambre. et quelques pages m'avaient suffi. Cinq ans plus tard, Ad, Mayer publiait sur le même sujet un petit livre qui, gon- flé de détails d'expériences, ne dépassait guère une centaine de pages. Aujourd'hui il faut un gros volume pour résumer nos connaissances, et encore, dans celui- ci, j'ai été obligé de m'arrèter au seuil du problème de l'immunité, au point où j'aurais dû quitter le domaine de la chimie pure pour entrer dans celui de la physio- logie. Car cette immunité, objet d'ambitions si hautes et de travaux si soutenus, devient de plus en plus une question de diastases ou de toxines, ce qui est au fond la même chose. Voilà à quel niveau s'est élevée une science qui, il y a vingt ans, semblait bornée à l'étude des moyens que les cellules microbiennes ou celles de nos tissus met- tent en œuvre pour préparer leurs aliments. Ce qui n'était à l'origine qu'une question de cuisine est deve- nue une question de fonctionnement vital. Jaquet et G. Bertrand nous ont démontré que c'étaient aussi des dias- tases qui présidaient à la fonction respiratoire de la cellule, et qu'on pouvait retirer de celle-ci des substan- ces qui respiraient en dehors d'elle. Ed. Buchner nous a appris à retirer de môme du globule de levure une substance, diastasique aussi, capable à elle seule de irans- II PRÉFACR tonner le sucre ea alcool et en acide carbonique, de sorle (|ue la puissance particulière et presque spécifique que possède la levure, et qui lui donue sou importance indus- trielle, lui est eu queUiue sorle extérieure et peut, une t'ois créée par elle, fonctionner eu dehors d'elle. Enfin, louL récemment, M. Groft Hill nous a prouvé que des dias- tases, qu'on croyait vouées à des œuvres de décomposi- tion, d'analyse, de simplification de la molécule, étaient parfois en môme temps des diastases de synthèse et de construction ; de sorte que parmi les fonctions physiolo- giques essentielles de la cellule, parmi celles qui la carac- térisent le mieux comme être vivant, il n'y en a quasi pas qui lui appartienne en propre, ou du moins ne puisse en être distraite au profit d'une substance chimique ca- pable d'agir en dehors de la cellule qui l'a produite. Voilà pour le terrain gagné par la chimie sur la physio- logie, et dont j'ai dû jalonner soigneusement les limites. Mais en même temps que se faisaient ces conquêtes nou- velles, l'ancien domaine des diastases s'élargissait de son côté. Ces diastases digesfives, presque culinaires, décou- vertes dans le canal digestif des animaux supérieurs, se retrouvaient identiques dans tout le monde vivant, ani- mal, végétal, microbien. L'unité du plan général de la nutrition se manifestait ainsi. Puis Metchnikoff donnait à cette fonction digestive une extension inattendue en mon- trant qu'elle était aussi une fonction de protection et de thérapeutique. Nos meilleurs médecins sont ces globules blancs, ces leucocytes, ces phagocytes du sang et des tissus qui se jettent sur les ennemis, de quelque nature qu'ils soient, qui ont pénétré dans l'organisme, et enta- ment contre eux une lutte pour laquelle leur arme la plus [)uissante est précisément la fonction digestive dont ils sont revêtus. Ce sont leurs^diastases qui, tantôt nor- maies, tantôt surexcitées par des moyens extérieurs, vac- PREFACE III cination on sérothérapie, détruisent, en les dissolvant, un grand nombre de microbes pathogènes ; ce sont leurs seciétions qui neutralisent certaines toxines, et la pé- rilleuse partie engagée en apparence entre deux êtres vivants est, en réalité, une question d'antagonisme en- tre des substances chimiques dont les unes, celles qui viennent des microbes, sont toxiques pour les cellules des tissus, et dont les auti'es, celles qui proviennent des cel- lules défensives de l'organisme, dissolvent et tuent les mi- crobes ou neutralisent leurs produits d'excrétion ou de sécrétion. Nul doute que cette question d'immunité ne repasse un jour entièrement sur le domaine de la chimie. Mais elle n'y est pas encore confinée et elle empiète encore sur la physiologie. Je veux dire par là (jue, sur beaucoup de points, nous sommes encore conduits, dans nos explica- tions, à parler de la cellule comme unité active, au lieu de l'aire intervenir tel ou tel de ses éléments composants. J'ai essayé, dans les derniers chapitres de ce livre, de montrer oi^i s'arrêtait la chimie sur ce point. Nous retrouverons le problème de l'immunité dans un autre volume, avec les progrès qu'il aura sûrement faits à ce moment-là. H est probable que nous reconnaîtrons alors que c'est à tort que nous l'avons réservé pour la partie physiologique de cet Ouvrage. Mais aucun savant ne peut avoir la préten- tion d'écrire la science de demain. Tout ce qu'on peut lui demander, c'est de résumer la science du jour. C'est ce que j'ai essayé de faire avec cet esprit de libre examen que j'invoquais dans la préface de mon premier volume, et qui veut dire, au fond, que l'auteur, tout en faisant de son mieux pour être à hauteur de la responsabilité qu'il prend, se sait faillible, et ne promet pas de ne jamais se tromper. Paris, Novembre 1898. TRAITÉ DE MICROBIOLOGIE PREMIERE PARTIE N:5>N^A«*c/s diaslascs, soiil l(>s nicnies p(af(oiit,, les mômes aussi que dans le monde végétal, lorsqu'il y a, là aussi^ consommation d'un aliment tout fait, et que, par con- séquent, c'est le même mécanisme qui intervient dans le procès digestif de toute cellule vivante. 4. Nutrition chez les cellules des ferments. — Mais tout ceci n'est encore que le travail préliminaire, celui que, pour nous conformer à l'usage, nous continuerons à appeler travail de tlifjfistion. Nous en distinguerons soigneusement le travail de nulrition de la cellule, dans lequel nous allons retrouver encore les mêmes traits que plus haut. Nous avons en etl'et ici, parfois séparables, parfois confondues, la vie aérobie et anaérobie, cest-à-dire un double travail d'oxydation et de réduction fonctionnant simultanément comme deux rouages qui se commandent l'un l'autre. Nous avons aussi l'ascension d'une partie de l'aliment vers l'état vivant et, corrélativement, la chute d'une autre partie à un niveau plus bas, plus voisin de l'état d'eau, d'acide carbonique, et d'azote ou d'ammo- niaque. Nous pourrions passer rapidement après avoir signalé en gros ces ressemblances, dont nous retrouverons le détail dans le courant de ce volume ; mais l'étude des cellules ferments nous a révélé, précisément au sujet de ces actions nutntivos^ des particularités qui les rapprochent des actions diç/estirps, et deviennent par là d'un intérêt majeur pour nous. Cette nutrition, nous venons de le voir, a pour condition la destruction plus ou moins complète, par voie de fermeidation anaérobie ou par voie de combustion directe, d'une partie de l'aliment. Or, il se trouve que ces deux actes, essentiellement vitaux, puisqu'ils sont la contre-partie nécessaire du phéno- mène vital d'organisation, sont produits aussi par des sécré- tions en tout analogues aux sécrétions digestives. Réduite à ses seules ressources de force chimique, l'oxydation ne se ferait pas avec la vitesse nécessaire dans certains cas : il y a une diastase, une oiydasc^ capable d'activer sa puissance. De NOTIONS GKXHIIALES 7 môme, lu dislocalioii du sucre eu alccx^l et eu acide carbonique peut être réalisée, comme je lai montré, en dehors de la présence de tout être vivant, mais elle devient singulièrement plus active quand intervient la diastase découverte par E. Buclmer. Il y a probablement de môme d'autres diastases présidant aux autres actions de fermentation. De sorte que la dislocation nutritive que l'aliment subit dans le protoplasma cellulaire se fait par le môme mécanisme que celui qui en avait fait un aliment. Enfin, il semble que ces mômes diastases soient capables de faire autre chose qu'une Œiuvre de destruction et d'analyse ; qu'elles puissent présider aussi à des œuvres de construction et de synthèse. Les forces qui disloquent un éther en solu- tion dans l'eau sont les mômes qui provoquent la combinai- son de l'acide et de l'alcool de cet éther, lorsqu'on les met séparément dans ce liquide. La décomposition de l'éther ne dépasse pas un certain degré, qui est précisément celui dont se rapproche la recomliinaison de l'acide et de l'alcool sé- parés, et qui constitue ainsi un état d'équilibre réversible. Le premier phénomène, la décomposition, se fait avec hydrata- tion et peut être rapproché de l'interversion du sucre ou de l'hydrolysation du maltose. Le phénomène inverse de recons- titution de l'éther aux dépens de l'acide et de l'alcool est une soustraction d'eau pendant la soudure des molécules. De même, à en croire M. Ilill^ la diastase qui transforme le maltose en glucose peut refaire du maltose aux dépens du glucose lors- qu'on augmente la concentrationn de la solution sucrée, et voilà que nous découvrons que ces diastases, que nous ne croyions capables que de détruire la molécule, sont aussi capables de la construire. En résumé, ces actions de diastases sont présentes dans tous les actes de la vie cellulaire, et, en consacrant ce livre à leur étude, c'est celle du problème de la vie que nous ferons par un côté encore peu abordé. 5. Découverte de la première diastase. — L importance des diastases dans le domaine de la vie donne de l'intérêt à 8 CIIAnTIII'. I loiir première découverte. Les (l'ausformations diastasiques sont utilisées depuis longtemps, depuis qu'on fabrique du pain, du vin ou de la Ijière. Mais c'est seulement après (pie la chimie a été bien constituée qu'on a pu les rapporter à leur véritable origine. 11 a d'abord fallu les séparer des actions microbiennes qui les accompagnent d'ordinaire. (Test Mitscberlicli qui, en 1826, a le premier fait voir qu'un liquide de macération de levure de bière peut intervertir le sucre à la fa(;on d'un acide ; mais il n'a pas poussé plus loin l'étude du phénomène, et c'est à MM. Payen et Persoz que revient l'hoimeur d'avoir préparé, en 1832, la première diastase. Dubrunfaut avait montré, en 1823, qu'à l'aide de l'orge ger- mée, de l'eau et de la chaleur, la fécule pouvait se saccharifier comme sous l'action de l'acide sulfurique étendu. Du licpiide de macération du malt, Payen et Persoz apprennent à retirer, par l'action de l'alcool, une substance solide, blanche, amorphe, neutre, sans saveur marquée, insoluble dans l'alcool, soluble dans l'eau et dans l'alcool faible, et non précipitable par le sous- acétate de plomb. Chautfée de 65 à 7o° avec de la fécule en pré- sence de l'eau, elle en sépare une substance soluble, qui est la dextriue, étudiée quelque temps auparavant par Biot, « tandis que des téguments insolubles dans l'eau surnagent ou se préci- pitent, suivant les mouvements du liquide ; cette singulière propriété de séparer les enveloppes des globules de fécule de leur matière intérieure » détermina Payen et Persoz à donner à la suijstance qui la possède le nom de tlids/tisc, qui exprime préciséuient ce fait. Un contact plus prolougé de la diastase avec l'empois d'ami- don convertit à son tour la dextrine en un sucre, qui ditiere de la dextrine en ce qu'il n'est plus précipité par la baryte et le sous-acétate de plomb. « Il faut que la température soit main- tenue durant ce contact de 6o à 75°, car, si l'on chautfe jusqu'à l'ébullition la solution de diastase, elle perd la faculté d'agir sur la fécule et sur la dextrine. » (' La diastase existe dans les semences d'orge, d'avoine et de blé germées, près des germes, mais non dans les radicules des NOTIONS (;i:.\i;r,.\u:s o grains germes. Elle n'existe ni dans les pousses, ni clans les racines de la pomme de terre germée, mais seulement dans le tubercule, près et autour de leur point d'insertion. Les céréales et les pommes de terre, avant germination, ne renferment point de diastase. » « Quand l'extraction de ce principe immédiat nouveau a été faite avec soin, son énergie est telle qu'une partie en poids suffit pour rendre soluble dans l'eau chaude la substance intérieure de 2. ()()() parties de fécule sèche, et pour opérer ensuite la con- version de la dextrine en sucre : ces réactions sont d'autant plus faciles et plus promptes cpi'on emploie un plus grand excès de diastase. Ainsi, en doublant la dose et la portant à un millième, la dissolution de la fécule peut être opérée en dix minutes. » J'ai transcrit textuellement quelques-uns des paragraphes de ce Mémoire, pour montrer que Payen et Persoz avaient presque tout vu de ce qui constitue encore aujourd'hui l'histoire de leur diastase, et même l'histoire de toutes les diastases, que caractérisent leur solubilité dans l'eau, leur insolubilité dans l'alcool concentré, leur production intérimaire dans les plan- tes qui les utilisent, et surtout la disproportion entre la quan- tité de matière agissante et la quantité d'effet produit. En nous faisant connaître la diastase de l'orge, Payen et Persoz in- troduisaient dans la science non seulement un corps nouveau, mais un type nouveau. C'est en reconnaissance de ce grand ser- vice que j'ai proposé d'appeler du nom générique de diastase^ tous les corps appartenant à ce type. Le nom à'eiizi/mcs, dont se servent divers savants, ne dit pas davantage, est plus nouveau, et ne réveille le souvenir d'aucune grande découverte. Je conti- nuerai à employer dans ce livre le nom de d/as/asrs comme nom générique. 6. Classement général des diastases. — Le nombre des diastases connues jusqu'ici est assez grand : on peut les répartir en plusieurs groupes, qu'on classe eux-mêmes assez bien en prenant pour guide les notions que nous avons développées plus haut. iO CIIAPITIIK I •7. Diastases de coagulation et de décoagulation. — Le premier degré de ractiou digestive est évidemment de rendre soluhle dans l'eau la matière des divers aliments. Ces aliments sont toujours des tissus végétaux ou animaux qui, par nature, ont pris une forme insoluble dans l'eau, comme l'amidon cru, la cellulose, ou au moins une forme coagulée qui leur permet d'entrer seulement en suspension dans l'eau, comme la caséine du lait, ou l'amidon cuit et à l'état d'empois. Pour beaucoup de matières, ces passages de l'état coagulé à l'état liquide et soluble, ou de l'état liquide à l'état coagulé, semblent se faire très facilement et n'impliquer aucune transformation notable. Ce sont pres(]ue des cliangements d'état physique, que n'ac- compagne aucune modification de la molécule chimique, et nous verrons, en effet, qu'ils peuvent s'accomplir quelquefois sous rinfluence d'une très petite quantité de certains sels neutres. Dans l'organisme, ils se font surtout sous l'influence d'un premier groupe de diastases qu'on appelle (/ias/ases de coayuhifion cl (h- (/('(^(/(jiilallon. Aux diastases de coagulation appartiennent la présure, \-à plasmasr coagulant la fibrine dans le sang, la pectase coagulant le suc de certains fruits. Aux diastases de décoagulation appartient à son tour le suc gas- trique qui dissout la fd>rine coagulée en liqueur acide, la trypsine qui dissout certaines matières albuminoïdes en liqueur alcaline, la caséase qui dissout la caséine coagulée. 8. Diastases d'hydratation et de déshydratation. — De- venu soluble dans l'eau par l'action de ces diastases décoagu- lantes, l'aliment peut parfois s'introduire tel quel dans le proto- plasma cellulaire, mais a souvent besoin, pour être utilisé, de subir une transformation nouvelle qui le dédouble et en fait sortir un certain nombre de molécules plus simples et plus faciles à attaquer. Le type de ces aliments est le saccharose qui, comme nous l'avons vu, ne devient alimentaire qu'à la faveur d'un dédoidîlement qui en fait du sucre interverti; et ce dédou- blement, qui peut seffectuei' par les acides, mais aussi par l'ac- NOTIONS CiKNKHALES H lion d'une cliastase partieulièi'o (|uo nous appellerons suc/ase, correspond à l'adjonction d'une molécule d'eau : A ce type se rapportent un grand nombre de diastases qui, toutes, ont pour effet de disloquer une molécule complexe en un certain nombre d'éléments plus simples, en y faisant pé- nétrer, comme autant de coins de séparation, un certain nom- bre de molécules d'eau. Telle est, par exemple, la maltase, qui transforme la dextrine eji maltose dans la fabrication de la bière, et qui n'est autre que la diastase de Payen et Persoz. Cette même maltase, par une action inverse, semble pouvoir reconstituer du maltose aux dépens du glucose. Nous pouvons, en attendant qu'il y en ait d'autres, la prendre comme type de diastases inverses des premières, mais entrant dans le même groupe qu'elles. A toutes ces diastases, dont le nombre s'accroît tous les jours, nous donnerons le nom commun de diasfases hydrolysantes ou (léshydrolijsanfes, ou (lliijdraUuiU's et dhhij- dratantes^ car il était ]>ien inutile de créer un nouveau mot pour cet ordre de phénomènes. Elles amènent d'ordinaire l'ali- ment à l'état où il peut être utilisé par la cellule qui s'en nour- rit ; à partir de ce moment, l'aliment doit subir, pour partie au moins, des transformations chimiques plus profondes qui, comme nous l'avons vu, doivent aboutir à en tirer de la cha- leur disponible, en en faisant sortir de l'acide carbonique et de l'eau. Ces deux corps sont ou bien des produits de fermenta- tion ou des produits d'oxydation directe. A chacun de ces modes d'action correspondent des diastases spéciales. 9. Diastases d'oxydation et de réduction. — La destruction de la matière alimentaire, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de la cellule, se fait surtout par oxydation. De là l'importance particulière des oxydases, entrevues par liikorokuru Yoshida, mais bien spécifiées comme telles par M. (1. Bertrand, qui a le premier montré le rôle important qu'elles jouent dans le monde. Ces oxydases ont comme contre-partie nahu'elle les 1-2 CIIAIMTP.I". I clésoxydases ou diastases désoxydaiites, dont on ne connaît encore qu'un seul type, entrevu par M. de Rey-Pailliade, le philofhion. Il faut remarquer, à ce sujet, que la distinction entre les oxydases et les désoxydases ne saurait être très mar- quée. Nous avons dit plus haut que très souvent, dans la na- ture vivante, un phénomène d'oxydation avait, comme contre- partie nécessaire et concomitante, un phénomène de réduction. On pourrait même dire que toujours il en est ainsi, en con- sidérant l'air ambiant comme un corps oxydé pouvant perdre son oxygène. Il est clair, en elï'et, que l'oxygène ne peut se porter sur un corps qu'en en quittant un autre, et que toute action d'oxydase a pour contre-partie une action de désoxydase. Dans la pratique, il faut bien distinguer les oxydations aéro- bies qui se font avec le concours de l'oxygène de l'air, des oxydations anaérobies qui se font avec de l'oxygène déjà com- biné. Les premières sont évidemment plus productrices de chaleur que les dernières, pour une quantité égale de produits formés, et sont })ar là plus difficilement réversibles. Mais, théoriquement, elles sont inséparables, et nous avons par suite le droit de faire encore un groupe homogène des diastases d'oxydation et de réduction. lO. Diastases de décomposition et de recomposition. — Nous ferons un dernier croupe avec les diastases dont E. Jiuch- ner nous a récemment fait connaitro le premier type, celle qui dédouble le sucre en alcool et en acide carbonique, suivant, selon toutes les apparences, la formule théorique : Q6fp2QG^2C H^O -\- 2C0- Ici, on pourrait voir encore l'action du ne diastase qu'on pour- rait considérer comme oxydante en ce qu'elle produit de l'acide carbonique; comme désoxydante, en ce qu'elle produit de l'al- cool aux dépens du sucre. Mais il y a quelque chose de plus. Il y a l'exemple chimique du dédoublement d'une molécule complexe, celle du sucre, en deux molécules plus simples. Il y a l'exemple philosophique d'une action que l'on a cru long- XoTloXS (IKNKIJAI.KS 13 temps réservée à l;i cellule vivante, et même à une seule espèce de cellules vivantes, celles des diverses levures, et qui se trouve pour la première fois distraite du domaine de la vie pour devenir une fonction chimique appartenant à une ma- tière morte. La découverte de cette diastase est un pas de plus dans la voie du démantellement de la cellule. G. Bertrand avait montré que la respiration de cette cellule, si caractéris- tique en apparence de sa vie, était due à la présence d'une de ses sécrétions, qui pouvait respirer en dehors d'elle. E. Buch- ner a montré de même que dans la cellule de levure, la fonc- tion de ferment alcoolique, qui semblait être si caractéristique, appartenait à une sécrétion de la levure, capable de dislo- quer le sucre en dehors de la cellule dont elle provenait. Par là on voit que chacune des propriétés dites vitales passe peu à peu à l'état de propriété chimique, pouvant fonctionner et être étudiée à part. Cela ne supprime pas la vie ni la cel- lule; cela permet de les disséquer et de les mieux compren- dre. C'est là ce qui donne de limportance à la découverte de E. Buchner, et de même cjue j'ai proposé de faire un nom générique du nom de dias/ase^ introduit dans la science par Payen et Persoz, je proposerais le nom de Buchnerase pour désigner le type nouveau de diastases de décomposition intro- duit par E. Buchner, si ce savant n'avait pas proposé lui-même le nom de zymases. Cette dislocation du sucre en alcool et en acide carbonicjue est trop exothermique pour qu'elle puisse avoir son action inverse. Mais il y a peut-être des actions de décomposition dégageant moins de chaleur et aboutissant à des états d'équi- libre réversibles. De sorte que, théoriquement, à coté des dias- tases de décomposition, nous sommes obligés de prévoir des diastases de recomposition, 1 1 . Comparaison des diastases avec les ferments figurés. — Cette énumération, volontairement nn peu sèche et abrégée, suffit à faire naître une notion que tout ce livre s'attachera à dé- velopper : c'est que non seulement les microbes sont, comme 14 CHAIMTJIK I nous l'aviins dit, tics [)i'(jdiicteiirs de diaslasos, mais encore tontes leurs fonctions im[)ortantes, nicme peut-être la création de leur matière propre, sont des actions diastasiques, c'est-à- dire chimiques, produites par l'intluence de certaines matières contenues dans la cellule, et qui peuvent en être séparées sans perdre leurs propriétés. Ce que la cellule conserve, c'est le pouvoir de fabriquer ces diastases. On pourra dire ici que si l'acte cellulaire n'est plus un acte vital, un de ses facteurs, au moins, est le produit nécessaire de la vie : c'est la diastase. Pour se faire une idée de la valeur de l'objection, il suflit de songer que, il y a 30 ans, nous au- rions dû dire la même chose de l'autre facteur du phénomène. Mais les progrès de la chimie synthétique nous le défendent, aujourd'hui (|ue nous savons fabriquer de toutes pièces des sucres variés, et même certaines matières albuminoïdes. Nous apprenons peu à peu à imiter ces actions de la vie. Les dias- tases deviendront peut-être elles-mêmes un jour des produits de synthèse. Ce qui encourage à le croire, c'est que la plupart des actions auxquelles elles président peuvent s'accomplir en dehors d'elles. Les acides étendus intervertissent les sucres, transforment l'amidon en sucre. Les alcalis produisent diverses actions liydrolysantes. L'oxydation de certaines matières peut se faire en dehors de toute oxydase, et j'ai dit plus haut que la transfor- mation du sucre en alcool et en acide carbonique pouvait se faire en solution alcaline, à la lumière du soleil. Les diastases accélèrent ces actions chimiques et leur permettent de s'accom- plir dans des milieux dont l'acidité ou l'alcalinité ne dépasse pas le niveau physiologique. Yoilà la source de leur importance : elles modifient la quantité du phénomène ; elles ne changent rien à sa qualité, et par cela môme nous sommes autorisés à les considérer comme des forces chimicpies, liées comme tou- tes les autres, à un certain groupement chimique, encore in- connu, mais qu'on découvrira. là. Disproportion entre 1 effet et la cause. — Cette aug"- .NOTIONS GENERALES 15 meniation d'activité donnée au phénomène est le trait prédomi- nant dans l'ensemble des propriétés des diastases. Les acides ou les alcalis peuvent déjà par euK-mômes transformer des cjuanti- tés de matière disproportionnées à leur volume ou à leur poids, (iette disproportion apparente entre l'effet et la cause devient encore plus marquée avec les diastases, et nous avons vn plus haut Payen et Persoz insister sur ce fait, qu'une partie en poids de leur diastase peut, en quelques minutes, liquéfier 2.000 parties d'empois d'amidon. La sacchariiication de l'empois liquéfié est beaucoup pins longue ; mais il y a encore beaucoup de maltose produit par de très faibles quantités de diastase. Si bien qu'en somme nous voyons reparaître cette même disproportion entre leffet produit et la cause active, que nous avons relevé, dans le tome I de ce Traité, comme un des caractères principaux des cellules des ferments. On comprend donc que quelques sa- vants, voulant traduire cette ressemblance, mettent encore sur la même ligne et appellent du même nom de ferments les diastases et les cellules de microbes, qu'ils distinguent seule- ment en appelant ces derniers fcimenlx figurés et les premières ferme n fs soin h les . A c(Hip sûr. ces termes sont mal choisis, et il est tout à fait incorrect, au point de vue de la classification et de la méthode, de donner le même nom générique à une cellule vivante et à un composé chimique. Mais il n'en est pas moins vrai que microbes et diastases se ressemblent beaucoup en ce qui concerne leur action. Nous venons de voir que c'est parce que beaucoup d'actions microbiennes sont des actions diastasiques. Les res- semblances ne s'arrêtent pas là Les microbes puisent une partie «le leur puissance dans leur fécondité, et il semble, au premier abord, que les diastases, incapables de se reproduire, doivent se tenir beaucoup au-des- sous d'eux. Nous verrons, dans la suite de ce livre, qu'il n'en est rien, parce qu'elles remplacent la transmission de la vie de génération en génération par une véritable immortalité. 13. Les diastases ne se détruisent pas en agissant. — Je d6 CflAI'iriil'. I nr('\[)li(jiie. .I(? ne veux pas dire j);u' lii (IUiiik; diastase soit une substance indécomposable, impossible à détruire. Il n'y en a pas de pareille en chimie organique ni même en chimie miné- rale. Je veux dire seulement (jue la diastase ne se détruit pas en agissant, et se retrouve, quand elle a tini son œuvre, prête à en recommencer une nouvelle, à. de certaines conditioiis (pie nous retrouverons tout à l'heure, (le fait im[»ortanta été tout d'abord mis en lumière par Mayer, à propos de la sucrase. Il n'est pas démontré pour toutes les diastases, mais c'est que l'expérience ne l'a pas encore visé. Sous ce point de vue, les diastases res- semblent aux acides qui, après avoir produit l'interversion d'une certaine c|uantité de sucre, sont théoriquement inaltérés et peu- vent, si on les sépare du liquide où ils ont agi, recommencer une interversion nouvelle pareille en tout à la première. La raison profonde de cette persistance, tant pour les acides que pour les diastases, est que les transformations produites s'accomplissent en dégageant de la chaleur. Elles sont, il est vrai, assez faiblement exothermiques en général, mais si peu qu'elles le soient, elles n'exigent aucune dépense extérieure, au- cune décomposition du corps cjui les produit; c'est le corps qui les subit qui les alimente seul, et il suftit qu'elles soient amor- cées pour cju'elles continuent. Entre parenthèses, cette idée nous fournit de suite une explication plausible de cette disproportion entre l'elfet et la cause cjue nous avons signalée. Il y a aussi dis- proportion entre le volume d'un bûcher et le volume de l'allu- mette qui a servi à l'enflammer, entre le volume de la poudre clans une pièce d'artillerie et le volume de l'amorce. Là encore c'est que la déflagration, commencée sur un point, peut se continuer d'elle-même, en vertu de la chaleur qu'elle dégage, et si notre allumette est en état d'ignition permanente, elle pourra servir à allumer un nombre indéfini de bûchers. Nouvelle cause de dis- proportion à ajouter à la première. Remarquons pour terminer que nous étions arrivés à la même conception pour les actions microbiennes. Là aussi, c'est parce cju elles dégagent de la cha- leur que ces actions peuvent être disproportionnées en appa- rence à la puissance de la cause l.i:s Dl'. DIASTASI'.S ;}7 fiiciloment ni émigrer do la cellule où ils se sont fomnés, ni y pénétrer facilement. 11 est pourtant deux voies ouvertes à leur circulation. Ils peuvent s'émulsiouner dans l'eau ou s'y dissoudre. L'émulsion n'est pas un phénomène chimique : j'ai montré qu'il était purement physicjue et dépendait de diverses con- ditions, dont la plus essentielle est l'égalité des tensions su- perficielles entre le liquide émulsionnant et le liquide émul- sionné. Mais l'émulsion augmente heaucoup les surfaces de contact de la matière grasse et du liquide émulsif, de sorte que si celui-ci a en outre sur elle une action chimique quelconque, la rapidité de cette action peut être augmentée dans une mesure dont on peut se faire une idée en sachant que lorsque une sphère d'un certain volume se divise en 1000 sphères égales, la surface totale devient 10 fois plus grande. Cl. lîernard avait vu que lorsqu'on émulsionne les graisses avec le suc pancréatique, la matière grasse se décompose en glycérine et en acides gras. On pouvait supposer que cette décomposition, assez lente, se faisait sous rintluence des microbes constamment [irésents dans ce mélange. Mais (ireen, en faisant macérer des graines de ricin en germination dans une solution de sel marin à 5 00, additionnée d'un peu de cyanure de potassium, a obtenu un li(]uidc qui, débarrassé du sel par dialyse et ajouté à une émulsion d'huile de ricin, donnait, après quelques heures à 40°, une réaction acide très nette. Si, auparavant, on le portait à l'ébullition, il perdait toute activité. Il existe donc une diastase qui saponifie les corps g'ras, comme le font les acides ou les alcalis. On l'a. nommée Lipasc. Depuis, M. Hanriot a eu l'idée de se servir, comme réac- tif de cette lipase, non de corps gras insolubles dans l'eau, mais de glycérides soluljles comme la butyrine, qui enti'cnt en contact intime avec la diastase. et se décomposent plus rapidement. Il a pu, par cette méthode, trouver la lipase dans div(>rs tissus et dans le sant:. Comme la réaction du 38- CIlAPITPvK II sang' est nlcaline, la matière grasse cjui s'y dédouble donne de la glycérine et un sel solublc de l'acide gras correspon- dant. Elle entre donc intégralement en solution. Il n'est pas encore démontré que les matières grasses, pour circuler dans l'organisme, aient besoin de se saponifier. Il est même démontré que sur certains points, par exemple dans l'intestin, l'absorption se fait en nature ; mais une diastase qui les rend, môme partiellement, solubles dans Teau, présente de ce fait une grande importance physiolo- gique. Tel est le cas de la lipase. On ne sait pas encore s'il n'y en a qu'une ou s'il y en a plusieurs. Son étude termine celle des ferments hydrolysants connus jusqu'ici. On voit dans l'ensemble que le travail de la vie a pour effet de produire des molécules de plus en plus complexes, par éthérification mutuelle de molécules de su- cre, d'alcool, ou de composés aromatiques. Ces éthers, pro- duits sous l'influence de la vie protoplasmique, sont inatta- quables dans le milieu qui leur a donné naissance. Ils ser- vent à constituer les matériaux constitutifs de la cellule ou ses aliments de réserve, et ils ne peuvent être utilisés que lorsqu'une diastase, produite dans la cellule elle-même par un changement de modalité dans la nutrition, ou venant de l'extérieur, disloque en la dédoublant cette molécule com- plexe, et permet à ses éléments d'entrer dans le courant nutritif. 43. Diastases oxydantes. — L'hydrolysation qui accompa- gne d'ordinaire le dédoulilement produit par les diastases est une véritable oxydation, l'eau contenant 89 pour cent de son poids d'oxygène. A côté de cette oxydation indirecte, il y a des oxydations directes produites aussi par des diastases. Ici, nous devons tout de suite spécifier. Certains corps comme l'ozone, l'eau oxygénée, qui sont produits par des actions na- turelles, sont doués de propriétés oxydantes parfois très éner- giques. Mais ils se décomposent en agissant, et, pour agir à nouveau, doivent se reconstituer. Par exemple, de l'eau expo- DIVERSES FAMILLES DE DIASTASES 39 sée au soleil se charge d'eau oxygénée, et s'il y a une matière oxydable, cette eau oxygénée qui se décompose et se refait sans cesse peut oxyder sous un faible poids des quantités considérables de matière. Peut-on dire qu'il y a dans ce cas action de diastase? Rien ne s'y oppose évidemment. La con- dition d'action de cette diastase serait ici la lumière du soleil, comme celle de la pepsine est une certaine dose d'acide. La pérennité d'action de la diastase pourrait exister, la diastase étant en procès de destruction et de reconstitution continue. De plus, nous aurions dans ce cas le spectacle curieux d'une diastase minérale et chimique dont le mode d'action serait connu. Au premier abord, il semble que nous soyons là très loin des autres diastases. Quand on y réfléchit, on voit au con- traire qu'on en est peut-être tout près. Quoi qu'il en soit, nous voyons que si nous ne pouvons appeler, à proprement parler, action de diastase, aucune des deux moitiés du phénomène dont nous venons de parler, formation d'un corps oxydant sous l'influence de la lumière, destruction de ce corps oxydant au contact d'un corps oxydable, la superposition des deux phé- nomènes aura tous les caractères d'une action de diastase, amenant la fixation de quantités théoriquement indéfinies de l'oxygène de l'air par l'intermédiaire d'un composé instable, qui n'existe jamais qu'en proportions très faibles, et qui peut paraître persistant uniquement parce qu'il se reforme cons- tamment, à mesure qu'il se détruit. 44. Laccase. — Sauf que nous ne savons rien sur le méca- nisme de l'action de la laccase, nous lui trouvons les carac- tères extérieurs que nous venons de signaler. Il existe dans le suc de l'arbre au moyen duquel on prépare la laque, une matière précipitable par l'alcool, se détruisant avant la tempé- rature de l'ébullition, et capable de produire rapidement l'oxy- dation de la matière huileuse, le laccol^ qui l'accompagne dans le suc végétal, et qui devient alors insoluble dans l'eau, l'alcool, et inattaquable par l'eau bouillante. Cetto même lac- case peut accélérer beaucoup l'oxydation, au contact de l'air. ■40 cHAriTjn-. Il de coi'taiiios siibsl;iiicos, Tacide j)yi'()j:alli(]uc, riiydi'oquiiioiie. L'oxygène est omprunfé à Taii-, et tantôt simplement al)Soi'bé, tantôt remplacé par un volume plus petit d'acide carbonique. Cette laccase est du reste extrêmement répandue, et a cer- tainement un rôle physiologique considérable dans le phé- nomène de la respiration animale ou végétale. •45.Tyrosinase. — Dans certains végétaux, cette laccase se mélange d'une autre diastase oxydante, la tyrosinase, qui peut oxyder la tyrosinc, sur laquelle la laccase est sans action. Nous retrouvons donc là cette spécificité des diastases que nous avions constatée à propos des diastases hydrolysantes. Nul doute qu'il n'y ait beaucoup de diastases appartenant à ce groupe oxydant, et que M. G. Bertrand a appelées pour cela oxydases. Avec la façon dont nous comprenons le rôle de ces substances, il n'est pas douteux que les globules du sang n'en contiennent, et nous verrons môme que si Faction de l'hémoglobine a pu être rattachée à la présence du fer dans son squelette minéral, celle de la laccase peut être l'at- tachée de même à la présence du manganèse dans ses cendres. Il y a là une partie de la science qui est à fleur de terre, et qui attend les travailleurs. 46. Diastases désoxydantes. Philothion. — Nous avons fait observer plus haut que dans toute oxydation il y avait né- cessairement une désoxydation concomitante, ne fùt-cc que celle de l'air extérieur, lorsque l'oxygène est absorbé en na- ture. S'il est emprunté à des substances le cédant facilement, l'action d'une diastase oxydante peut produire un milieu réducteur. C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut faire, mo- mentanément au moins, une place dans la science au philo - thion de M. Uey-Pailhade. Ce savant a constaté que certaines cellules microbiennes, par exemple celles de la levure de bière, peuvent, lorsqu'elles sont mises au contact de la fleur de soufre, la transformer partiellement en hydrogène sulfuré. Elles per- dent ce pouvoir après chaufTage à l'ébullition. Le mécanisme DIVERSES EA.MIUJ:s de DIASTASES 41 (lu phénomène est évidemment encore un [)eu obscur, mais la formation de l'hydrogène sulfuré aux dépens de ses élé- ments est exothermique, et il n'y a par suite aucune objection théorique à l'existence d'une diastase hydrogénante. ^iT-Zymases. — Xous signalerons enfin, pour mémoire, car nous en avons déjà parlé et nous les retrouverons, les dias- tases amenant des actions de fermentation avec dégagement gazeux, dont la seule connue est en ce moment la diastase alcoolicjue de Buchner, qui donne la dislocation classique : C'IVKr' = 2C^1P0 + 2C0=. Ces diastases sont aux ferments anaérobies exactement ce que sont les oxydases vis-à-vis des ferments aérobies. Nul doute qu'elles ne soient très nombreuses. Mais c'est à peine si on débute dans leur étude. •48. A-utres diastases moins connues. — Enfin, nous aurions à mentionner à la suite des diastases que nous venons d'énu- mérer, d'autres diastases encore moins connues, celle par exemple qui préside à la destruction du sucre dans le sang, à cette (jl//co/i/se étudiée surtout par M. Lèpine. Mais il est préférable de renvoyer leur étude au moment où nous au- rons terminé celle des diastases que nous connaissons mieux. ?sous pourrons alors les faire bénéficier des notions acquises p;ir ni lieu rs BIBLIOGRAPHIE Payen et Persoz. Ann. île eh. et de phijs., 2'^ S., t. I.Vl, 1834, p. 337. WuRT?: et BûUCHUT. Complcs rciulux, 1881. LlEBIOet WoHLER. Anti. lier Pharmacie, XXII, 1837, p. 1. TiEMANX et Harmaxx. Ber. d. d. chem. Gesells, t. VIT, 1871, p. 60S. MuscULUS. Comptes rendus, t. LXXXII, 1873, p. 333. BroWN et Herox. Journ. of. Ihe chem, Soc. Fremy. Maturation des fruits. Ann. de ch. et de p'iys.. 3" S., t. XXIV. 1818, p. 1. \'l CHAriTin- I[ BoURQUELOT. Iiiiilasp. Noc. do BioL. 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Ces questions sont complexes et peuvent com- porter des solutions diverses. Au lieu de nous les poser suc- cessivement et de détailler les façons variées dont elles sont résolues, ce qui conduirait à un émiettement de la connais- sance, il vaut mieux montrer, dans quelques exemples Lien choisis, la marche et l'enchainement des actions diastasiques. 49. Sécrétion des diastases dans l'orge en germination. — Je commence naturellement par la sécrétion la mieux connue, celle de l'orge en germination. MM. Brown et Morris nous ont donné sur elle des renseignements très précis, qu'il nous suffira de résumer. Pour bien faire cette étude, il nous faut quelques notions sur la structure anatomique du grain d'orge, notions que je réduirai, pour simplifier, à leurs éléments essentiels. Si on se représente un grain d'orge, placé comme il Test dans l'épi, avec une face ventrale, plate et bilobée, tournée vers l'axe, et une face dorsale vers l'extérieur, on trouvera, au bas du grain, et appliqué contre l'épiderme de la face dorsale, l'em- bryon avec sa radicelle R (fig. 1) tournée vers le bas et enve- loppée dans la coléorhize, avec sa plumule tou-rnée vers le haut et composée de toutes petites folioles E rangées autour d'un axe primaire et d'axes secondaires. Entre les deux se trouve la 1 '(. ciiArrrpj-: m tiyo T, très rudimeiilaire, mais dans la(jnelle existe un comnion- ('(MiKMil (le vascularisaliou. Imi delioi-s de reiidjryon, il n'y a puère dans le grain autre chose (jin^ lendosperme K, qui est Fig. 1. — Coupe sasiltalr dans un grain de \t\t\ nu niveau de ri'nii)i'yon d'après Hoizner. F l'luniui(»s de l'rMnbrvon. — R Radicule. — T Tigelle. — E lendosperme. — S Scutelluiii. — A Couche d'ali'urone. — P Péricarpe. — G Giunielle. surtout formé de cellules polygonales renfermant l'amidon, c'est-à-dire la réserve nutritive destinée à l'embryon ])endant les premiers jours de son existence. Ce sont les rapports entre cet end)ryon et ces réserves qui sont intéressants à saisir. Vis-à-vis de cet endosperme qui le si:(:iîKi"i(».\ DKs i)i.\sT.\si:s daxs i.i:s cisaim-is /,:; domine et l'écrase, leiiiltryoïi est dans la [)ositioii (11111 soldat qui se défend, légèrement incliné vers la face dorsale du grain, et tournant vers le liant, c'est-à-dire vers l'endospiMane, une sorte de bouclier, le sculrlhim S, qui est caractéristique des se- mences de graminées. Pour plus de ressemblance, ce bouclier est couvert, à la façon des boucliers antiques, d'une peau, ou plutôt d'un épidémie fortement attaché au bouclier, mais n'ayant ([u'une adhérence faible avec l'endosperme qu'il tou- che. Cet épidémie, formant ainsi la limite entre la jeune plante et rendosperme nutritif, et destiné à être traversé par les réserves lorsqu'elles iront nourrir l'embryon, devait attirer l'attention des physiologistes, et se présenter à eux comme un organe d'absorption. Il a en efïet ce caractère, mais MM. lîrown et ^[orris, confirmant sur ce point une découverte antérieure de M. Yan Tieghem, lui en ont trouvé un encore plus important, qui nous oblige à entrer dans quelques détails sur sa constitution. Dans lorge, cet épithélium du scutellum, couvrant toute la surface en contact avec l'endosperme, est formé de cellules columnaires, en palissade, implantées normalement sur le scutellum, et ayant des parois très minces, nullement cuticu- larisées. Leur contenu avant le commencement de la germi- nation est finement granuleux, et leur nucléus est très visible. Dès que le grain est exposé à la chaleur et à l'humidité, les granulations protoplasmiques augmentent en nombre et grossis- sent, le contenu de la cellule devient obscur. Le nucléus cesse d'être visible, et cela dure ainsi tant que les réserves de l'en- dosperme n'ont pas disparu. Quand ce moment arrive, les cel- lules reprennent leur aspect transparent. Or, ce sont là les modifications d'aspect et de structure que subissent les cellules des organes de sécrétion chez les végétaux et les animaux. On les retrouve, avec les mêmes caractères, dans les glandes qui sécrètent la pepsine dans l'estomac ou la trypsine dans le pan- créas. L'épithélium scutellaire serait-il donc un organe de sé- crétion ? On est confirmé dans cette pensée^ en remarquant que peu- iC) ciiArrriiK m dant la germiiiatioi]. les cellules épitliétiales columnaires s'al- longent un peu, perdent leurs adhésions latérales mutuelles, s'élargissent un peu à leur extrémité, et forment ainsi comme un velours de villosités s'enfonçant dans Fendosperme. 50. Dissolution delà cellulose. — Les changements visihles que subit celui-ci ne sont pas moins probants. Après 24 ou 36 heures de germination, lorsque la racine primaire a fait saillie au travers de la coléorhize, on aperçoit un commen- cement de dissolution dans une couche de cellules vides et écrasées les unes contre les autres, qui fait partie de l'endo- sperme et est immédiatement en contact avec le scutellum. Ces cellules ont contenu Tamidon qui a servi aux premiers développements de l'embryon, dans le sac embryonnaire. Cet amidon, liquéfié et absorbé sur place, a quitté la cellule, dont les parois se sont affaissées et comprimées sous la pression de l'embryon qui grossissait. Puis est venue la période de repos pour la graine, et tout est resté en l'état. Quand la germi- luition commence, nous voyons que ces parois cellulaires dis- paraissent les premières, comme si elles formaient obstacle entre l'embryon, abrité derrière son bouclier, et les réserves nutritives ; et comme, au moment où elles disparaissent, on observe une apparition transitoire d'amidon dans le tissu du bouclier, il n'est pas douteux que leur cellulose ne soit le premier aliment de réserve mis à contribution par la jeune plante en voie de croissance. Voilà donc une première sécré- tion de cytase au commencement du travail de germination. Cette action dissolvante sur la cellulose ne s'arrête pas là. Elle atteint à leur tour les cellules gorgées d'amidon de l'en- dosperme. Les parois cellulaires gonflent, leur stratification devient de plus en plus apparente, puis elles se corrodent et finissent par se résoudre en petits fragments qui disparaissent à leur tour, de sorte qu'on ne trouve plus de ligne de séparation visible entre les contenus de cellules contiguës. J'ai trouvé que dans la panse des ruminants, les grains entiers qui y arri- vent subissent une liquéfaction analogue. SECRETION DES DIASTASKS DANS LES GRAINES 47 A mesure que se poursuit cette dissolution des parois cel- lulaires, le grain perd de sa solidité, se laisse écraser entre les doigts, prend ce degré de mollesse que le maltcur s'attache à pousser au plus haut degré possible, pendant la courte pé- riode de germination qui constitue le maltage. Ce procès de ramollissement est corrélatif, comme on le voit, de la dissolu- tion des parois cellulaires, et non pas, comme on le croit, de la destruction commençante de l'amidon. Son mode de progression est en ontre celui qu'on pouvait prévoir, en admettant que c'est dans la couche épithéliale du scutellum que réside la cause active. Comme ce scutellum est incliné, la dissolution progresse moins vers le sommet du grain du côté de la face ventrale que du côté d.e la face dorsale. Comme c'est aussi du côté de la face dorsale que grandit la plumule, on avait cru pouvoir attribuer à la plumule ce mode de progression. Mais il reste le même chez les graminées dont la plumule pousse en dehors des téguments de la graine, et aussi dans les grains d'orge chez lesquels on a produit arti- ficiellement ce développement externe de la plumule. Il faut donc renoncer à faire intervenir la plumule dans Texplication du phénomène, qui est dii sans doute à ce que les cellules du parenchyme de la face dorsale sont les dernières formées dans le grain, par conséquent les plus jeunes et les plus facilement attaquables par l'agent spécial de la dissolution de la cellulose. Ces différences de résistance se retrouvent dans les diverses orges, dont les unes peuvent être maltées très vite, et d'autres très difficilement. Cela dépend dé la race, du sol et du climat; mais, d'une manière générale, les orges les plus recherchées par les malteurs sont celles dont les parois cellulaires se dissolvent le plus facilement. 51. Dissolution de l'amidon. — Cette dissolution de la cellu- lose avance, nous l'avons dit, obliquement le long du grain, et finit par l'envahir tout entier. Parallèlement à elle, mais tou- jours un peu en arrière, marche la dissolution de l'amidon, qui commence aussi dans le voisinage immédiat du scutellum, 48 CIIAPITIÎI'; III cominc la tlissolutioii de la cellulose, mais qui est moins précoce qu'elle, car on n'en observe guère les premiers signes que lorsque la racine primaire de l'embryon a pris une longueur de *2 millimètres, et la plumule une longueur de l"""o. Cet amidon est atteint d'une façon singulière. Il se creuse de trous qui, en se multipliant et en grandissant, lui donnent les formes les plus irrégulières ; puis surviennent des fentes radiales qui favorisent la dislocation des couches superposées formant le granule. Ces couches se dissolvent inégalement, et le globule se réduit à une sorte de squelette dont les débris disparaissent peu à peu. On reconnaît là les formes ordinaires de la dissolution germinative de l'amidon dans les endo- spermes ; c'est aussi, comme je l'ai observé, la forme de la dissolution de l'amidon cru par le mycélium de Yaspci-gillus nigcr. MM. Brovvn et Morris ont une tendance à y voir la forme générale de dislocation de l'amidon en dehors de la cellule vivante, et par conséquent à considérer comme mortes les cellules de l'endosperme dont le contenu se laisse si facilement liquéfier. Il y a là un point qui mérite qu'on s'y arrête. Au moment où, dans l'orge lui-même, l'embryon se forme dans le sac embryonnaire, il le fait aux dépens de l'endosperme formé avant lui, et dont il utilise l'amidon pour la construction de ses premiers tissus. Cet amidon est formé de granules en tout semblables à ceux qui restent au moment de la germi- nation, et on pourrait croire que leur dissolution se fait aussi par corrosion et dislocation irrégulière. Il n'en est rien : ils se dissolvent régulièrement par l'extérieur en diminuant gra- duellement de volume, et en conservant jusqu'à la fin leur forme bombée et leur transparence. De plus, les cellules qui les contiennent ne sont pas détruites comme pendant la germination, et nous les avons retrouvées en place, compri- mées, mais intactes, au voisinage du scutellum, parmi les pre- miers matériaux utilisés [)ar l'embryon (]ui pousse. Dans ce scutellum, dans cet embryon lui-même, il se fait quelc[uefois des réserves temporaires d'amidon qui, lorsqu'il disparait, subit encore une dissolution graduelle et régulière, SÉCRÉTION DES DIASTASES DANS LES GRAINES 49 Je peux ajouter qu'il en est souvent de même dans les feuilles cotylédonaires. Dans mes essais de germination à l'abri des germes, il m'est souvent arrivé de voir dans des cotylédons hypogés, restés plusieurs semaines dans un sol purgé de mi- crobes, des cellules restées pleines ou presque pleines d'ami- don au milieu d'autres qui étaient vides, mais la dissolution était des plus régulières dans tous les grains en voie de dis- parition. C'est évidemment une dissolution qui s'exerce sur place, en vertu d'une sécrétion propre à la cellule, sécrétion qui ne transmigre pas facilement à l'extérieur, comme le prouve ce fait curieux dune cellule restant gorgée d'amidon au milieu d'autres qui n'en contiennent plus. Aous retrouverons bientôt ce phénomène de production de diastases intérieures à la cellule. Ses caractères extérieurs le distinguent, on le voit, du mode de destruction de l'amidon dans les cellules liquéfiées de l'orge en germination. Ici, la diastase semble venue de l'extérieur. 52. Parasitisme de 1 embryon. — Comme, dans cette graine, et celle des autres graminées, on peut avec quelques précau- tions isoler l'embryon de son endosperme sans aucune rupture de tissus, attendu qu'il n'y a pas de relations organiques entre l'endosperme et lui, on conclura de tous ces faits, comme Sachs l'avait déjà fait en vertu de notions moins précises, que la relation de l'embryon des graminées vis-à-vis de l'en- dosperme est exactement celle d'un parasite vis-à-vis de son hôte. Le scutellum est l'analogue des hamtoria des parasites phanérogames. La seule ditierence est que le scutellum n'a pas de connexions organiques avec l'endosperme, est simple- ment en contact étroit avec lui, tandis que les haustoria des parasites sont quelquefois si intimement confondus avec les tissus de la plante-hùte qu'il est souvent difficile de trouver leur limite commune. Cette idée de distinguer dans le grain d'orge en germina- tion un être vivant, le jeune embryon, adossé à son grenier, dont le rôle est purement passif, résultait déjà de quelques 4 m CHAPITRE III faits connus dans la science. Déjà A. Gris et Van Tieghem avaient réussi à faire germer des embryons excisés sur des éponges humides, et Van Tieghem avait même pu activer et prolonger ce développement en remplaçant l'albumen du Mira- bilis jalapa par un albumen artificiel, obtenu en broyant un albumen naturel, et en le roulant en petites boules qu'on ap- pliquait étroitement contre l'embryon. Blociszewski, en recom- mençant ces curieuses expériences, avait, comme Van Tieghem_, tenté des substitutions de nourriture. Il avait vu l'embryon du seigle pouvoir utiliser des albumens artificiels de farine de seigle, d'amidon, de sucre de raisin, mais non d'asparagine. L'embryon du pois pouvait absorber Tamidon, le sucre, l'as- paragine à très faibles doses, mais non utiliser un albumen artificiel obtenu par macération des cotylédons du pois. Toutes ces expériences sont délicates, quand on veut éviter les erreurs d'interprétation auxquelles expose l'intervention presque iné- vitable des microbes, mais dans leur ensemble elles sont très suffisamment probantes. MM. Brown et Morris les reproduisent avec l'embryon de l'orge. En écartant vers la base les glumelles du grain ramolli dans l'eau, on aperçoit les contours de l'embryon sous la mince enveloppe du péricarpe et de la testa. En passant la pointe fme d'un petit scalpel tout autour des parois du scutellum, on détache l'embryon, qu'on porte sur une autre graine, traitée de même ; on rabat sur l'embryon greffé les glumelles, qu'on maintient si c'est nécessaire avec un fil fin d'argent. L'em- bryon ainsi traité se comporte absolument comme s'il était resté en contact avec son endosperme, dissout et consomme l'amidon de celui qu'on lui a donné comme nourrice. On peut transporter l'embryon d'orge sur un endosperme de froment. Il pousse, mais son développement est un peu gêné, à cause des différences de constitution des deux graines et des difficultés d'ajustement entre l'embryon et l'endosperme. A ces arguments, MM. Brown et Morris en ont ajouté d'autres que nous allons tout à l'heure trouver moins fondés. Ceux qui précèdent suffisent pour montrer que l'embryon a une sorte SECRETION DES DIASTASES DANS LES GRAINES 51 dautoiiomie, et que l'endosperine est pour lui un simple ré- servoir de matière alimentaire, que l'embryon utilise en dis- solvant les sacs qui la renferment, et en s'emparant du contenu au fur et à mesure de ses besoins. 53. A-liments préférés de lembryon. — S il en est ainsi, et si Tembryon jouit de toute cette indépendance, on peut lui demander à lui-même de nous renseigner sur ses préférences. Séparé de son endosperme et cultivé sur de Teau, il pousse sa plumule, sa racine et des rudiments de radicelles ; l'amidon apparaît de place en place dans ses tissus, probablement aux dépens des cellules d'aleurone qu'on trouve dans le scutellum. Toutefois, cette culture est épuisante, et l'embryon, tout en grandissant, y perd jusqu'à 40 0/0 de son poids sec. Mais si on remplace l'eau par des dissolutions nutritives, ou encore si on rapporte sur des solutions sucrées convenables l'embryon épuisé par cinq ou six jours de culture sur l'eau, l'amidon re- parait abondant dans le scutellum, en commençant par les couches que recouvre l'épithélium, et de là passe dans les or- ganes axiaux. Bref, l'embryon se comporte comme s'il était encore attaché à son endosperme, et s'il ne grandit pas autant et ne continue pas son évolution, c'est qu'il n'a pas à sa dis- position d'autre azote que celui qu'il a apporté ; mais, son augmentation de poids donne une idée de la valeur nutritive de l'aliment qu'on lui a présenté. Voici à ce sujet le résultat d'une expérience comparative de MM. Brown et Morris. Sur des solutions de sucres renfer- mant 3,5 0/0 de matière nutritive, on a semé oO embryons isolés comme nous l'avons dit plus haut, et qui sont restés 7 jours en germination ; au bout de ce temps, on les a des- séchés à 100" et pesés. Voici les poids trouvés pour ce groupe de 50 embryons, qui sera pris pour unité dans tous les résul- tats qui vont suivre : Avant germination 89 mgr. En culture sur l'eau S2 Greffés sur des endospermes 436 52 CHAPITRE III Cultivés sur du sucre de cannes 195 » dextrose 164 » lévulose d 62 » maltose 155 » sucre interverti 132 )) sucre de lait 99 » raffinose 91 » mannite 89 On voit que le sucre de cannes tient la tête pour ses qua- lités nutritives, et précède de beaucoup le maltose, qui est pourtant le sucre naturel du grain d'orge en germination. Le sucre interverti est moins favorable. Quant au sucre de lait, au raffinose et à la mannite, c'est à peine si l'embryon y touche, et il ne se forme pas d'amidon. Bôhm, Meyer et Lau- rent avaient déjà étudié cette influence des sucres pour faire reparaître l'amidon dans les tissus qui en avaient été épuisés, et Laurent avait vu que les racines étiolées des pommes de terre, privées d'amidon par un long séjour dans Veau à l'obs- curité, ne se remplissaient à nouveau d'amidon que lorsqu'on mettait à leur disposition une des sept substances suivantes : glycérine, dextrose, lévulose, galactose, saccharose, lactose et maltose. Ce sont en grande partie les mômes que pour l'orge. La glycérine, qui n'est pas portée dans le tableau ci-dessus, devait s'y trouver très rapprochée du maltose. Mais c'est là une question que nous retrouverons tout à l'heure. 54. Action de l'embryon sur l'amidon. — Une fois lancés dans cette voie, nous pouvons y aller plus loin à la suite de MM. Brown et Morris. Etudions l'action de l'embryon sur l'a- midon. Ce qui est le plus commode pour cela, est de mettre en suspension de l'amidon finement divisé dans une gélatine nutritive sur laquelle on place les embryons, le scutellum en contact avec la gélatine. En faisant à divers intervalles des coupes fines dans cette gélatine, on peut y suivre au micros- cope le travail de désagrégation de l'amidon qu'on y a in- troduit. Ce travail commence par la couche de contact de la gela- SÉCRÉTION DES DIASTASES DANS LES GRAINES 53 tiiie et du scutellum, et se poursuit en irradiant tout autour. Il se fait comme dans le grain d'orge, par une dislocation irrégulière du globule d'amidon. L'amidon de l'orge est celui qui est le plus rapidement transformé, mais ceux du froment, du riz, du maïs sont aussi promptement attaqués ; ceux de la pomme de terre et du haricot résistent à Faction de l'em- bryon d'orge. Voici qui est encore plus curieux. Si on sépare délicate- ment l'épiderme du scutellum avant de faire l'expérience, il n'y a plus aucun effet produit. C'est donc la couche épithé- liale du scutellum qui est le siège de la sécrétion de la dias- tase : elle conserve ce pouvoir quelque temps après avoir été détachée, et, appliquée seule à la surface d'une gélatine à l'amidon, elle commence l'érosion des granules placés au-des- sous d'elle. En résumé, ce scutellum est à la fois organe digestif et or- gane d'absorption. Il fait alors seul ce que font les diverses parties du canal alimentaire d'un animal supérieur qui, lui, vit nettement en parasite sur les matières dont il se nourrit. L'alimentation de l'embryon est plus simple, puisqu'il ne con- somme que de l'amidon et de la cellulose. Son appareil digestif peut être moins compliqué, et MM. Brown et Morris nous ayant appris à le connaître, nous pouvons chercher comment varient ses sécrétions. 55. Influence des sucres sur la sécrétion. — Ajoutons, pour cela, du sucre de cannes à la gélatine amidonnée sur laquelle nous portons nos embryons séparés de la graine : nous trou- vons alors que l'amidon n'est plus attaqué, et que la couche épithéliale ne sécrète plus de diastase. 11 y a plus, cette action inhibitoire est spéciale aux sucres que nous avons vus plus haut être assimilables par l'embryon, tandis que les solutions de substances que nous savons être inassimilables, comme le lactose et la mannite.. ne changent rien à l'action du scutellum sur l'amidon. Cette curieuse influence se manifeste aussi sur des embryons //^-•^ -*.»-«*. ^^, lig-. 3) et formé de couches concentriques donc les de- grés d'hydratation et de compacité sont différents. C'est une question de coagulation qui entre enjeu. Toute couche déposée Fio- 3 _ Grains d'amidon simples et composés de la pomme de terre. — A Grain simple. — li, D Grains composés. —G Grain encore plus compose. — E Grain composé à soudure précoce, —abc Grains très jeunes, simples et composés. récemment devient de plus en plus compacte, si on lui en laisse le temps, et exsude son eau. Si elle se fait et se défait tous les jours, comme nous allons voir que c'est souvent le cas, elle reste molle et perméable. Ce n'est guère qu'à la fin de la période d'activité du végétal, lorsque les mutations journaliè- SECRETION DES DlASTASÊS 6â res deviennent lentes, que les granules d'amidon, surtout de l'a- midon mis en réserve dans les tuljercules ou les fruits, peuvent épaissir leur couche extérieure et avoir l'air d'être envelop- pés d'une membrane, de même constitution chimique que les couches plus profondes, mais plus résistante qu'elles aux ac- tions extérieures. Il y a deux moyens d'égaliser les résistances de toutes ces couches : la première est de les hydrater à fond, soit par l'action des acides, soit par celle des alcalis ; la seconde est de les déshydrater à fond, par exemple par l'ac- tion de l'alcool. On les amène dans le premier cas au niveau de résistance des couches profondes, et des couches extérieures dans le second. Ces leucites qui nous apparaissent, ainsi que nous lavons dit, comme des centres de coagulation, existent un peu sur tous les points de la plante avec les mêmes caractères. On a fait arbitrairement une place à part, pendant longtemps^ aux leu- cites contenus dans les cellules chlorophylliennes, ou même quelquefois adhérents aux granules chlorophylliens. Sachs a montré en 1862 que l'apparition d'amidon dans le granule chlorophyllien est liée à l'action de la lumière et au procès d'assimilation. Godlewski et PfefTer firent voir ensuite que la formation d'amidon à la lumière est impossible lorsqu'il n'y a pas d'acide carbonique, et peut augmenter dans une certaine mesure lorsqu'on augmente la dose de ce gaz mise à la dispo- sition de la plante. On en avait conclu que tout l'amidon formé autour des leucites chlorophylliens, ou chloroleucites, était de l'amidon de synthèse, provenant directement du travail d'assimilation. C'est Bôhm qui a montré qu'on se trompait sur ce point, en faisant voir qu'on pouvait amener la formation d'amidon dans les chloroleucites en dehors de la présence de l'acide carboni- que et de tout acte respiratoire, en leur permettant seulement d'utiliser les aliments de réserve contenus dans la plante. Ceci rapprochait les chloroleucites des leucites ordinaires, et Schimper ajouta à cet argument en prouvant que les leucites des tissus non colorés pouvaient, dans le développement normal 64 CHAPITRE IV et régulier de la plante, devenir des chloroleucites. Enfin Bôhm et A. Meyer, en 1883, terminèrent la discussion en prou- vant que les chloroleucites, comme les leucites ordinaires, pou- vaient donner de l'amidon lorsqu'on leur fournissait, comme aliments, des sucres tout formés. Ceci montre que, dans les deux cas, le dépôt de l'ami- don au contact des leucites ou des chloroleucitçs est précédé d'un travail préliminaire de synthèse donnant naissance à des sucres, à des dextrines, dont la présence peut être en effet constatée par des moyens chimiques, mais qui ne de- viennent visibles et ne donnent la coloration par l'iode que lorsqu'ils prennent la forme d'amidon. Ces sucres ne peuvent pas être quelconques, et sont particuliers, pour ainsi dire, pour chaque végétal. Presque toutes les feuilles qui peuvent former de l'amidon en produisent abondamment quand on les fait flotter dans une solution à 10 0/0 de lévulose. Le dextrose ne convient qu'à un petit nombre d'entre elles. Très peu se contentent du lactose. De plus, il y a une relation entre la nature de l'amidon d'une plante et celle des corps sucrés de son parenchyme. Les Composées^ par exemple, contiennent surtout de l'inuline, dont l'hydrolyse donne, comme nous l'avons vu, du lévulose. Or, on trouve que c'est le lévulose qui convient le mieux pour faire apparaître l'amidon dans les feuilles de ces plantes. En revanche, les Silènes contiennent du galactose, et c'est aussi dans des solutions de galactose que les feuilles de ces plantes se remplissent le plus d'amidon. On trouve des résul- tats du môme ordre pour la mannite. En rassemblant tous ces résultats, on arrive à conclure que le dépôt d'amidon est le dernier terme du procès d'assimi- lation, et que leucites et chloroleucites ne le font apparaître que lorsqu'ils en trouvent les éléments dans le milieu am- biant. C'est ici que se révèle entre eux une différence. Dans les leucites des bulbes, de la racine, ce dépôt est, sauf des cas exceptionnels, à l'état d'accroissement continu. Des nou- velles couches viennent constamment recouvrir les couches SKCIIK'IIOX l)i:s DIASTASKS 65 anciennes. Los leucites, centres de coagulation, donnent des masses (jui se sondent et continuent à recevoir des dépôts nouveaux, donnant naissance aux formes irrégulières de la figure 3. Parfois comme en A, un gros granule provient d'un leucite unique, mais qui, mieux alimenté d'un côté que d'un autre, reste excentrique dans le granule qnïl a produit. C'est la forme habituelle dans les tubercules de la pomme de terre, et en général dans tous les greniers de réserve que la plante se crée. Dans les feuilles, au contraire, les expériences de Sachs, suivies d'une foule d'autres, montrent que, dans les con- ditions naturelles, il y a déplétion rapide, pendant les heures de nuit, de l'amidon formé pendant les heures de jour. L'amidon des chloroleucites est évidemment, non un ami- don de réserve, mais un amidon de translocation, qui forme des dépôts temporaires dans l'organe où l'assimilation est plus active, lorsque ce travail d'assimilation dépasse en puis- sance le travail d'élimination par la sève descendante. Mais cet amidon n'est pas destiné à rester en place, et dès lors se dresse la question de savoir par quel mécanisme il est dissous. 61. Diastase des feuilles. — Dès l'origine, les savants ont pensé pour cela à l'action d'une amylase, qu'on a même pu extraire du jus de macération de certaines feuilles, en le pré- cipitant par l'alcool. Mais cette explication a, dès l'abord aussi, soulevé quelques difficultés. Wortmann a constaté que le travail de dissolution de l'amidon des feuilles, qu'on sup- posait masqué pendant le jour par l'effet prédominant du travail de l'assimilation, ne se produisait pas quand on sus- pendait ce travail en privant la feuille, soit d'acide carbo- nique, soit d'oxygène, qui lui sont également nécessaires pour l'accomplir. S'il y avait une diastase agissante, concluait-il, elle aurait continué à fonctionner. De plus, en mesurant l'activité diastasique des macérations tiltrées de certaines feuilles, chez lesquelles le travail de déplétion était très ra- pide, il trouvait que cette activité était très faible et parfois 66 CHAPITRE IV nulle. Disons (ont de suite que cet argument ne portait pas, car les mêmes macérations non filtrées étaient au contraire actives. La diastase restait collée aux éléments cellulaires et ne traversait pas les filtres. Il y avait cette autre raison d'in- succès, que nous retrouverons plus tard, c'est que les tannins divers que contiennent les feuilles peuvent lorsque, par macé- ration ou par broyage ils sont arrivés au contact de la diastase, en paralyser l'action. Dans le travail que nous avons analysé au chapitre précé- dent, Jîrown et Morris avaient soulevé des objections d'un autre ordre. L'amylase du scutellum peut, comme nous l'avons vu, non seulement liquéfier l'empois d'amidon, mais encore corroder le granule amylacé non cuit. La diastase qu'on trouve dans les feuilles agit péniblement sur l'empois, et pas du tout sur le granule. Si donc il y a une diastase dans les feuilles, elle semble différente de la diastase digestive sécré- tée par le scutellum de l'embryon. Toutes ces obscurités et ces incertitudes se sont dissipées quand MM. lîrown et Morris ont étudié la question de plus près, et voici comment ils ont conduit leur travail.. 63. Mesure de la quantité damidon. — Il faut d'abord chercher un moyen d'évaluer la quantité d'amidon existant dans la feuille à un moment quelconque. Il existait pour cela dans la science une méthode inaugurée par Sachs, et qui re- vient à ceci. Dans une feuille large, et aussi homogène que possible, au point de vue de la distribution des nervures et du parenchyme, on enlève à l'emporte -pièce, sur une des moitiés, un certain nombre de morceaux d'une surface connue, qu'on dessèche doucement, et qu'on pèse lorsqu'ils sont secs. On met ensuite ce qui reste de la feuille en expérience : par exemple, on l'expose au soleil, et il s'y fait de l'amidon. Pour en évaluer la quantité, à la fin de la journée, on y découpe, dans la moitié restée intacte, de nouveaux mor- ceaux qu'on traite comme les premiers. La différence de poids était comptée comme gain d'ami- SECRETION DES DIASTASES 67 don par Sachs, qui croyait que tous les matériaux d'assimi- lation passaient par ce stade. Ou plutôt, comme il savait bien qu'il y avait un courant de sucs élaborés sortant par le pétiole, le poids acquis dans la journée représentait la dif- férence des entrées et des sorties. Quand on supprimait les sorties en détachant la feuille, et en plongeant son pétiole dans Feau pour éviter sa dessiccation, le poids gagné par la feuille pendant la même durée d'insolation était en effet plus considérable. La méthode est bonne et assez précise. Mais il est impos- sible de compter comme de l'amidon la différence de poids entre des surfaces égales de feuille à la fin et au commen- cement de l'expérience ; cette différence donne le gain total, et il faut faire une détermination directe de l'amidon pour savoir pour combien il compte dans ce gain total. Voici comment MM. Brown et Morris conduisent ce do- sage. Ils dessèchent d'abord aussi rapidement que possible les fragments de feuille sur lesquels ils opèrent, et qui se vident assez vite de leur amidon si on les laisse continuer à respirer. Pour éviter ces pertes, on tue la feuille, soit en l'exposant quelques instants aux vapeurs du chloroforme, soit en la desséchant rapidement à 75-80''. On pulvérise après dessiccation, et on traite la poudre par Féther, dans un appareil à épuisement, pour enlever la chlorophylle et les matières grasses. Puis on fait digérer pendant 24 heures à 40", à deux reprises, avec de Falcool à 80" G. L., pour enlever tous les sucres. On lave ensuite par décantation avec de Falcool chaud, et le résidu est chaufîé avec de Feau pour gélatiniser F amidon. On refroidit à 50°. On ajoute de la dias- tase, et on laisse 2 heures à 50-oo". Au bout de ce temps, on fait bouillir, on filtre, et on cherche quel est le pouvoir ro- tatoire et le pouvoir réducteur du liquide filtré, ce qui permet de savoir combien il contient de maltose et de dextrine. Ainsi conduite, l'expérience montre que Famidon trouvé ne représente qu'une fraction de l'augmentation de poids survenue pendant l'insolation. Voici, comme exemple, les 68 ClIAlMTr.l': IV chilï'res trouvés pour une feuille (Y llcH(iiil/iiis o/i/t/f/zs. Une l'euiUe de ce végétal, coupée et e\'[)osée h la Jumière dans la journée du 23 août, avait gagné plus de 12 grammes par mètre carré. Laissée sur la plante, elle n'avait plus gagné que 8 gT. 5, à cause des matériaux élaborés évacués par le pétiole. Or cette feuille, au commencement de la journée ne contenait que 1 gv. 05 d'amidon par mètre carré et 2 gr. 45 à la fin. Elle n'avait donc gagné que 1 gr. 4 d'amidon. Il en est toujours de même : lamidon n'est qu'une petite fraction de l'assimilation totale, et même de la différence entre les entrées et les sorties. 63. Etude de la diastase. — Cet amidon formé pendant le jour, s'en va pendant la nuit : les magasins temporaires dans les feuilles se vident. Nous avons à chercher comment se fait cette translocation, si la diastase de la feuille peut y suffire, et pourquoi elle ne dissout pas l'amidon pendant le jour, puisqu'elle le dissout dans la nuit. Pour cela, il faut d'abord faire l'étude de cette diastase, ensuite en mesurer la quantité. Sur le premier point, MM. Brown et Morris trouvent que la diastase des feuilles ne se distingue, par aucun caractère bien tranché, de la diastase de l'orge. Elle donne, aux dépens de l'empois d'amidon, de la dextrine et du maltose. Lors- qu'on fait agir, sur des granules d'amidon cru, les diastases de feuilles diverses, on trouve que tous les amidons ne sont pas attaqués avec la même vitesse, que le rang d'attaque n'est pas le même pour tous les amidons et dépend de la diastase employée. Nous retrouvons donc là, tant du côté des amidons que du côté des diastases, les petites différences d'action et de réaction qui ne les empêchent pas, les pre- miers, d'être tous de l'amidon, et les diastases d'être toutes de l'amylasc. Mais en mettant en contact avec des granules de Polijgoniuii fagopijnim^ les plus facilement attaquables d'ordinaire, une macération de feuilles de Pisiim sa/irt/u}, d'ordinaire aussi très riches en diastase, on voit, au bout de SKCIlKTIo.X l)i:S l)IASTASI-:s 09 2 heures à 30", surtout si le milieu est acidulé avec un peu d'acide formique, les gi-anules s'attaquer. Il se forme une sorte de vacuole, autour de laquelle s'irradient des fentes, qui, en s'élargissant, finissent par disloquer le granule. Au bout de 8 à 10 heui-es, il y en avait de complètement désintégrés et détruits. Il est difficile d'imiter, dans une expérience artificielle, les conditions naturelles de dissolution de l'amidon dans des feuilles. Tout ce qu'il faut reteuir de cet essai, c'est que l'amylase des feuilles se comporte à peu près comme l'amy- lase de l'orge. Voyons maintenant ce qu'il y en a dans di- verses feuilles, et dans une même feuille à différents mo- ments de la journée, 64. Mesure de la quantité de diastase. — La méthode employée est celle que nous avons indiquée au chapitre pré- cédent. On fait agir la macération d'un poids déterminé de feuilles sèches sur de l'amidon soluble de Lintner, et on éva- lue la quantité de diastase par la quantité de sucre formée pendant un temps déterminé, toujours le même, et dans des conditions identiques de température. Il faut avoir la précau- tion de doubler l'expérience de mesure d'une autre expé- rience identique, dans laquelle la diastase a été détruite par l'ébullition, poui' tenir compte des sucres apportés par les tissus de la feuille. On peut ainsi, dans une série d'expériences, évaluer les activités diastasiques, c'est-à-dire le nombre de grammes de maltose que peuvent donner 10 grammes de feuilles séchées à l'air, quand on les laisse en contact, pendant 48 heures à 30", avec un excès d'amidon soluble suffisant pour que la quantité de maltose produit ne dépasse pas 20 0/0 environ du maltose possible. Voici quelques-uns des nombres trouvés. PUuiii sativiun 240 Tropu'oluiii niajus. . . . -4,9 Pliaseolus mulliflorus . . 110 » » 8,3 Lalhyrus oiloratus . . . 100 » » 9,6 » pratensis . . . fli » » 4,2 Trit'olinin pratonse ... 89 » » 3.6 70 CIIAPITIIR IV Tril'oliiim oclii'oloucuin . HG Ilelianllms anniiiis . . . 3,9 Vicia saliva 70 Allium c.epa 3,7 » liirsuta '>!> Ileiiierocallis lulva. . . . 2,1 Lotus corniculatus ... 19 riy(lrocharis3Ioi'sus-ran:r. 0,3 Nous cavons dit, et nous retrouverons plus tard cette ques- tion, que les nombres ainsi déterminés ne méritent pas une confiance absolue. Ils ne sont pas nécessairement propor- tionnels aux quantités de diastase réellement présentes dans les feuilles, et MM, Brown et Morris donnent eux-mêmes une preuve de ce fait en montrant, après Jentys, que lorsque les feuilles mises en œuvre contiennent du tannin, ce tannin em- pêche la dissolution, ou plutôt la mise en liberté de leur dias- tase. Mais le tableau qui précède n'en montre pas moins nettement quelle est l'inégalité de la distribution de la dias- tase des feuilles dans le monde végétal, dans une même fa- mille, et même, à propos du Tropœobun majus, dans une même espèce étudiée dans diverses conditions. On voit que les légumineuses sont d'ordinaire riches en diastase, et même, en comparant à ce point de vue le Pisiini sativuin au malt, MM. Brown et Morris ont vu que, à poids égal, le second ne contenait que deux fois et demi environ plus d'amylase que les feuilles du premier. A l'autre extrémité de réchelle, nous trouvons des liliacées très pauvres en diastase. L'//y- drocharis Morsus-ranœ est la plante qui en contient le moins, et il n'y en a pas, d'un autre côté, qui fournisse plus d'amidon dans ses feuilles, lorsque les circonstances sont favorables. Si cet exemple était général, on pourrait croire que le dépôt de l'amidon dans les tissus est une conséquence de la rareté ou de l'absence de la diastase, mais il ne peut rien rester de cette idée quand on observe que les légumineuses, chez lesquelles se dépose de l'amidon, contiennent dans leurs feuilles assez de diastase pour transformer en maltose une quantité d'amidon égale à 24 fois le poids sec de la feuille. Bien que les conditions de la saccharification de l'amidon soluble ne soient pas les mêmes que celles de la translo- cation de l'amidon cru, il n'en reste pas moins que ces SÉCRÉTION DKS DIASTASES 71 feuilles contiennent un erand excès de diastase. Ce n'est donc pas Tabsence de cet agent qui provoque la formation des dépôts transitoires d'amidon, et il faut chercher ailleurs. 65. Variations périodiques de l'amylase. — Le tableau ci- dessus montre que la dose de diastase dans le Tropœolum 7najus est assez variable. En systématisant les recherches dans cette direction, on constate nettement des variations périodiques de la diastase dans les feuilles. D'ordinaire, ces variations dépendent du degré d'éclairage. Les conditions qui apparaissent les plus favorables à l'assimilation et à la formation de l'amidon dans les feuilles sont les moins favo- rables à raccumulation de la diastase, et, d'une manière géné- rale, la production de l'amidon et celle de la diastase ont une marche inverse. C'est ce que montrent bien les expériences suivantes faites sur VHydrocharis Morsus-ranœ. Après une complète insolation, les feuilles étant pleines d'amidon, on a mis la plante à l'ombre, et on a déterminé les activités diastasiques après 47 et 96 heures. Activité Augmentation diastasique pour cent 0,267 — 0,476 78 0,676 133 1" Fouilles après insolation 2" — après 47 h. d'obscurité. . 30 _ après 96 h. — En 2, il y avait environ 2 fois moins d'amidon qu'en 1 ; en 3, il avait complètement disparu. En remettant au soleil, l'amidon aurait reparu, et la diastase aurait diminué sans disparaître. Comment expliquer cette marche inverse des deux phéno- mènes. C'est en apparence au moment où la diastase agit le plus, pendant la nuit ou à l'obscurité, qu'elle est plus abondante. Il est vrai qu'on pourrait répondre que ce n'est là qu'une apparence, et qu'en réalité le travail de déplétion est plus actif pendant le jour que pendant la nuit. Il est seulement masqué par le travail inverse de formation d'ami- 7^ CIIAIMTP,!': I\' tlon. VJiud plus actif pendant le jour, il doit consommer })lus de diastase, et si les cellules du parenchyme en produisent toujours la même quantité, elle doit y être plus abondante la nuit que le jour. Mais la disproportion entre l'amidon formé ou détruit, ei rau,::mcntation ou la diminution de la diastase est trop grande, surtout dans certaines plantes, pour qu'on puisse accepter cette explication. MM. lîrown et ÎMorris en proposent une autre, basée sur des observations faites au sujet de la germination des graminées, et que nous avons visées dans le précédent chapitre. Nous avons vu que la sécrétion de la diastase par le scutel- lum de Tembryon est entravée quand on fournit à celui-ci, comme aliment, des hydrates de carbone. Il semble que n'étant plus ol)îigé de tirer sa nourriture de l'endosperme, il suspend la sécrétion qui lui est nécessaire pour cela. Il en est peut-être de même pour la feuille. Dans la journée, les cellules du parenchyme ont à leur disposition les sucres et les autres hydrates de carbone qui résultent, nous l'avons vu, du travail d'assimilation. Quand l'obscurité vient, ces aliments sont devenus rares ou ont disparu, et il faut attaquer ses réserves. C'est à cela que sert la sécrétion de diastase. Cette sécrétion serait encore ici un procès de famine. MM. IJrown et Morris appuient cette explication d'une expé- rience dans laquelle, prenant des feuilles de Tropo'olmii majus; pourvues d'amidon, ils ont vu la diastase augmenter dans ces feuilles lorsqu'ils les faisaient flotter en fragments, pendant 12 heures, à l'obscurité, sur de l'eau pure, tandis qu'il y avait diminution de la diastase lorsque les fragments étaient laissés en contact avec une solution de dextrose à 5 0/0. Dans ce dernier cas, il y avait augmentation de l'amidon coïncidant avec la diminution de la diastase. Cette explication semble un peu trop téléologique, et on ne voit pas bien une cellule pré- parant une diastase en vue d'un besoin à venir. Tout ce que nous savons, au contraire, montre que la sécrétion d'une diastase dépend non des aliments futurs, mais des aliments présents. A l'explication de MM. lîrown et Morris, on peut en SI'Cr.KTloX DKS DIAS'I'ASES 73 substituer une autre qui n'est pas moins d'accord avec l'expé- rience, c'est que la cellule du parenchyme, nourrie avec des hydrates de carbone, ne sécrète pas autant de diastase que lorsque ces aliments sont rares ou absents. C'est ici, d'ailleurs, le moment de se souvenir que toutes les conclusions à tirer des déterminations numériques faites ci- dessus sont un peu incertaines, parce que ces déterminations numériques le sont aussi. Qu'on imagine, par exemple, une sécrétion, pendant le jour, de tannin qui disparaîtrait la nuit par suite d'un procès de nutrition. Il n'en faudrait pas plus, d'après MM. BroNvn et Morris eux-mêmes, pour que le même poids de parenchyme desséché cède moins de diastase au liquide de macération pendant le jour que pendant la nuit. N'oublions pas aussi que pendant le jour, le tissu parenchymateux, surtout au voisinage des cellules chlorophylliennes, est saturé d'oxygène, dont l'action destructive sur l'amylase n'est pas douteuse, ainsi que nous le verrons. Bref, bien d'autres explications que celle de MM. Brown et Morris peuvent être mises en avant. Nous n'insisterons pas davantage, nous bornant à faire remarquer combien se révèle compliquée, en tout état de choses, la nutrition de toute cellule, et grand le rôle qu'y joue la variation, en qualité et en quantité, des diastases pré- sentes. 6G. Nutrition de la cellule. — Nous trouvons au point de départ toute une série d'actions qui, jusqu'ici, ne sont pas dias- tasiques. Ce sont les phénomènes de synthèse qui amènent l'acide carbonique de l'air à l'état d'hydrates de carbone. A quel niveau s'arrêtent ces actions qu'on qualifiait autrefois de vitales ? C'est une question à laquelle il est devenu plus difficile de répondre depuis que M. llill a fait voir qu'il y a des synthèses produites par des diastases. Jusqu'ici on a admis que l'action vitale de la cellule aboutissait à l'amidon. La formation du granule d'amidon serait alors assimilable à la formation d'un cristal dans une solution sursaturée, se faisaut même peut-être avec dégagement de chaleur, et la traus- 74 CIIAPITP.K IV formation inverse de l'amidon en dextrine serait la superpo- sition de deux phénomènes, une liquéfaction du .aranule absorbant de la chaleur si sa formation en a produit, une transformation de l'amidon en dextrine produisant de la cha- leur. Mais il y a une autre hypothèse, c'est que la formation du granule résulterait dune action coagulante due au leucite, quel qu'il soit, autour duquel l'amidon se concrète, auquel cas l'action de synthèse s'arrêterait au terme dextrine, et ce serait une action de diastase coagulante qui présiderait à la condensation de cette dextrine sous une forme qui lui donne les propriétés de l'amidon. De même, le saccharose et le maltose sont, pour quelques savants, le produit de synthèses vitales ; mais il peut se faire aussi que le travail de synthèse s'arrête au glucose et que le maltose soit déjà un produit diastasique, pouvant s'accomplir en dehors de la cellule, et par soudure des deux molécules de glucose. Le moment n'est pas encore venu de choisir entre ces deux hypothèses. En admettant la seconde, nous avons une diastase enjeu. Ce granule d'amidon formé reste en place tant que les conditions de nutrition restent les mêmes, et rien ne nous auto- rise à croire que, comme le pensait Sachs, il se détruit en même temps qu'il se forme, de sorte que celui que nous voyons n'est jamais que l'excédant de celui qui se forme sur celui qui se détruit. En d'autres termes, l'amidon n'est pas un terme nécessaire de passage des matériaux hydrocarbonés nu- tritifs de la cellule. C'est un état de dépôt provisoire pour quelques-uns d'entre eux. Pour vider le grenier, il faut l'ap- parition d'une force nouvelle, d'une diastase, et il en faut même deux, dans notre seconde hypothèse, une qui dissolve le globule, l'autre qui transforme la dextrine en maltose Par quoi est commandée l'apparition de ces diastases nou- velles ? Par des causes, encore mal connues,, qui sont périodi- ques et qui, remarquons-le, ne font pas disparaître pendant le jour la diastase qui fonctionne pendant la nuit, car on en trouve toujours, bien qu'en proportions réduites. Cette diastase SÉCRÉTION DES DIASTASES 75 est seulement immobilisée, réduite au repos par un organe d'arrêt qui disparait à 1 obscurité. Nous verrons bientôt que ces forces d'arrêt peuvent être très faibles, et ne pas sortir du cadre de celles que la vie cellulaire peut mettre en jeu. Mais on voit, sans que nous entrions encore dans les détails, com- bien est à la fois complexe et délicat le mécanisme qui fonc- tionne dans chaque cellule. C'est une notion que la science possédait déjà, mais qui s'étend et se complique singulièrement quand on l'étend aux actions de diastases. Nous allons en fournir un nouvel exemple, intermédiaire entre les actions diastasiques des graines et les actions diastasiques des feuilles. e*?. Diastases des glucosides. — Dans l'exemple précédent, les diastases et les matières qu'elles transforment sont pré- sentes dans les mêmes cellules, et s'y succèdent dans leur ac- tion. La nature nous fournit un autre exemple dans lequel la diastase occupe certaines cellules, et la matière hydrolysable d'autres cellules, en général assez éloignées des premières. Cette distance mise entre les deux corps qui peuvent réagir l'un sur l'autre montre que la réaction ne peut avoir aucun rôle physiologique actif. Il est remarquable qu'elle donne nais- sance le plus souvent à un toxique ou à un antiseptique, ou au moins à un agent physiologique puissant. C'est en effet, comme nous allons le voir, par ce mécanisme que se produisent l'acide cyanhydrique, l'essence d'amandes amères, l'essence de moutarde et un grand nombre d'essences odorantes plus ou moins actives. Certaines des substances produites ont un effet défavorable sur les cellules des plantes desquelles on les re- tire, de sorte qu'on a pensé à chercher dans ce fait les causes de leur production. Une plante dont les cellules donnent, par exemple, normalement, de l'acide cyanhydrique ne peut vivre qu'en enfermant cet acide cyanhydrique dans une combinaison inoffensive, dans un produit qui exige une hydrolysation. On pourrait dire qu'il serait sage à la plante, dans cette hypothèse, de ne pas du tout préparer la diastase chargée de cette hydro- lysation, mais enfin, si elle en fabrique elle a intérêt à la 76 ciiAnTiii': i\' tenii' éloignée du produit (jirollc doit transformer. A défaut daiiti-e valeur, cette hypothèse a le mérite de fournir à la mé- moire un schéma assez exact des phénomènes, ainsi que nous allons nous en assurer. 68. Localisation de l'émulsine et de l'amygdaline. — Les premières notions un peu précises sur ce sujet ont été fournies par M. Guignard. La difficulté était de caractériser par des réactions microchimiques, faites sur des coupes fines, Ja pré- sence de l'émulsine ou de l'amygdaline dans certaines cellules. Pour l'émulsine, on noie les coupes dans une solution d'amyg- daline, et on cherche dans quelles cellules il y a formation d'acide cyanhydrique en recherchant celui-ci par le procédé de Schtmbein. On fait l'inverse pour rechercher les cellules contenant de l'amygdaline. Une fois cette étude faite, on la précise en isolant par une dissection fine les cellules qui ont donné une réaction, et en les mettant en contact d'abord avec une solution d'amygdaline, puis avec une solution démulsine. Si c'est avec la première seule qu'elles donnent de l'acide cyanhydrique, c'est qu'elles contiennent de l'émulsine. et rien que de l'émulsine. En opérant ainsi, M. Guignard a trouvé que, dans le laurier- cerise et dans les amandes anières, l'émulsine et l'amygdaline sont renfermées dans des cellules distiuctes. L'émulsiue ne se trouve que dans des cellules spéciales, appartenant à la gaine endodermique située autour des fais- ceaux (fig. 4), et au péricycle sous-jacent, qui entoure immé- diatement les éléments libéro-ligneux de ces faisceaux. L'amygdaline occupe le parenchyme proprement dit des amandes amères ou de la feuille du laurier-cerise. Si le péricycle est sclérifié, comme dans les gros faisceaux de cette feuille, l'émulsine existe uniquement dans l'endoderme, qui renferme aussi du tanin. Ce dernier composé n'empêche nullement l'action du ferment sur l'amygdaline, contrairement à ce qui a lieu pour l'action de l'amylase sur l'amidon. Si le péricycle n'est pas encore difTérencié et distinct de SKClliyrio.N DKS |)IASTASi:S 77 rciidodernic, à cause de la jeunesse des organes, comme dans les cotylédons des amandes douces et des amandes anières, rémulsine occupe les cellules de ces deux régions. Fjic^. Zitd. Fig. 4_ — Feuille de Laurier eerise, en eoupe transversale, niontr;int les erliules de l'endoderme End contenant l'êmulsine. On rencontre des faits analogues dans d'autres plantes : le principe toxique volatil, c{ui prend naissance quand on broie les racines tuberculeuses des Maniocs pour en extraire la fécule, n'est autre que l'acide cyanhydrique. Les « Maniocs amers » en produisent beaucoup plus que les ^< Maniocs doux ». L'acide cyanhydrique n'y existe pas tout formé et, bien que les chimistes n'aient pu retirer de ces plantes ni émulsine, ni amyg-daline, mais seulement d'autres composés analogues aux glucosides, on pouvait se demander si l'émulsine y fait réelle- ment défaut. En appliquant à cette étude les procédés qui avaient réussi dans les recherches précédentes, M. Guignard a vu que le latex des divers organes de la plante contient de l'émulsine, tandis qu'il est dépourvu d'amygdaline ou d'un glucoside analogue, dédoublable sous rinfluence de la diastase. Ce latex, à très faible dose, décompose en effet une solution d'amygdaline. Or, rémulsine est le seul ferment connu qui dédouble ce glucoside. Elle se trouve donc localisée dans les mêmes éléments histolo- giques que la papaïne chez les Papayers, car c'est aussi dans les laticifères des divers organes de la plante qu'on trouve cette diastase. TH CHAPITRE IV 69. Localisation de la myrosine. — Les mêmes méthodes peiMiictlent cretiidier la localisation de la myrosine dans les Cruci/rrcs. Il faut seulement varier les procédés. La recherche sur les coupes fines se fait en les chauffant légèrement avec le réactif de Millon, qui décèle dans certaines cellules une abon- dance particulière de matière albuminoïde. Ces mêmes cellules se colorent seules en violet quand on les chauffe à une tempéra- ture voisine de rébullition, avec de l'acide chlorhydrique pur additionné d'une goutte de solution d'orcine au dixième pour 10 ce. d'acide. Cette réaction confirme dans ces cellules l'exis- tence d'mie diastase. On les isole alors le mieux possible, et on les fait agir sur une solution pure de myronate de potasse, avec laquelle elles donnent de l'essence de moutarde. L'opéra- tion est très facile avec la giroflée des murs. Pour chercher où est le giucoside, on plonge par exemple des coupes fines de racine de Uarfort dans de l'alcool absolu qui dissout l'huile grasse et respecte le myronate. Il rend malheu- reusement aussi la myrosine inactive. Mais il suffit de faire flotter les coupes sur une solution de myrosine. On constate alors, en colorant avec de la teinture d'orcanette aussi peu alcoolique que possible, que des globules d'essence colorables en rouge ont pris naissance dans toutes les cellules du pa- renchyme cortical, libérien et ligneux, mais surtout dans le premier. Dans l'ensemble, M. Guignard a constaté que la myrosine est toujours contenue dans des cellules spéciales (cm^ fig. 5). très nombreuses, surtout dans les graines ; le giucoside peut se trouver dans toutes les autres cellules des parenchymes. La localisation des cellules à myrosine varie suivant les organes : a. Dans la racine, elles sont situées principalement dans le parenchyme cortical et libérien ; h. Dans la tige, elles occupent surtout la région du péri- cycle ; c. Dans la feuille, leur répartition correspond à celle de la tige ; SECRETION DES DIASÏASES 79 d. Dans la graine, elles sont disséminées dans le parenchyme ou situées au contact des faisceaux conducteurs. Les propriétés et les réactions de ces cellules spéciales Fig S. — Feuille de moutarde blanclie en coupe transversale, montrant les cellules [cm) à mysorine. sont les mêmes chez toutes les Crucifères. Tout fragment de tissu qui en renferme peut décomposer le myronate de po- tassium. Presque toutes les espèces de cette famille en possèdent, mais il en est qui ne renferment pas de glucoside dédoublable. Tandis que les glucosides varient et, par suite, fournissent des essences différentes, la diastase est partout identique. Les ferments autres que la myrosine ne dédoublent pas les giuco- sides des Crucifères. En étendant ces recherches à d'autres familles M. Guignard a vu que les Capparidées, les Tropéolées, les Limnanthées, les Résédacées et les Papayacées renferment la même diastase, mais des glucosides divers fournissant par leur dédoublement des essences diflerentes. Chez les Capparidées et les Tropéolées, l'essence est formée en majeure partie par des nitriles aroma- ticjues accompagnés d'une petite quantité de sulfocyanate d'allyle ; chez les Limnanthées, la proportion de ce dernier composé est relativement plus grande ; chez les Résédacées et les Papayacées, l'essence parait être formée en totalité par le 80 CilAlMTUI'; l\ ^:llI^o(•y<•ul<^l(^ TaïKlis (jih', dans les trois proinièros familles, c\;st la Lirainc ([\n eu fournit la })lus fort(^ (juautité, daus les deux dcruières, c'est la raciuc de la plante. Dans aucun cas l'essence n'est préforniée dans les or.eanes intacts et les conditions nécessaires à sa production sont partout les mêmes. Ce serait ici le cas de se demander quel est le but physio- logique de cette localisation soigneuse. Nous en avons vu plus haut une explication téléologique qui n'est appuyée sur rien. Il y en a une autre qui consiste à voir là un système de protec- tion contre les insectes ou la dent des animaux. Les cellules, qui restent inertes tant qu'elles sont isolées, donneraient, lors- qu'elles sont broyées entre les dents ou dans l'intestin, des produits amers, désagréables ou toxiques, propres à décourag-er l'eiuiemi. Il vaut mieux dire qu'on ne sait rien sur ce sujet. Tout ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a des diastases dormant dans des cellules, et tout à fait différentes par conséquent de celles du scutellum de l'embryon d'orge et de celles que nous avons rencontrées dans les organes foliacés. BIBLIOGRAPHIE Diastase dans les feuilles. Von Mohl. Untersucli. uber d. anatom. Verlialtnisse des Chlorophyls, 1837. Voir la traduction dans les Ann. des Sciences nalurellcs, Bot., 9, 1838. A. Gris. Recherches microscopiques sur la chlorophylle. /AliATI<>.\ l)i:s l)l.\S'IASi:S iOo en expérience et de la cholestérine précipitée à nn état de division très grand. Voici, par exemple, comment on procède à la préparation de la pepsine par cette méthode. On racle une portion de muqueuse stomacale à l'aide d'une lame mousse, et on la traite par de l'eau acidulée avec o 0/0 d'acide phosphorique. On laisse digérer quelques heures à 35o. La muqueuse se dissout presque entièrement, et ses diastases passent en solution dans le liquide. On filtre ou on décante dans une (piantité d'eau de chaux suffisante pour qu'elle forme un précipité de phosphate de chaux trihasique. On hltre, on re- dissout le précipité dans une faible cjuantité d'acide chlorhydri- que dilué, et on agite la liqueur avec une solution de 1 partie de cholestérine dans 4 parties d'alcool et 1 d'éther. La choles- térine qui se précipite entraine à nouveau la pepsine. On lave ce dépôt sur filtre avec de l'eau aiguisée d'acide acétique, puis avec de l'eau pure, tant que le liquide qui s'écoule précipite par les sels d'argent. On dissout ensuite la cholestérine par de l'é- ther aqueux ; il se forme deux couches, dont la couche infé- rieure, aqueuse, renferme la pepsine ; on la filtre et on l'évaporé à basse température. On voit ici que l'union de la pepsine avec la cholestérine est assez puissante pour résister à des lavages à l'eau acidulée et à l'eau ordinaire. Elle ne se détruit que par la dissolution du substratum dans l'éther. 83. Méth-ode de DanilewskL. — M. Danilewski remplace par un préci|)ité de cellulose nitrique le précipité de choles- térine de Briicke, Voici comment il est arrivé, non seule- ment à la préparation, mais encore à la séparation tle deux des diastases du pancréas, la trypsine et l'amylase. On prend le pancréas d'un chien tué cinq ou six heures après un repas copieux. On injecte d'eau l'organe pour le débarrasser du sang. On le triture avec du sable, on le délaye dans l'eau, et on le laisse deux heures en macération à 30", On fdtre et on ajoute, à la liqueur, de la magnésie calcinée qui sépare de la masse la lipase émulsivc des corps gras. On filtre de nouveau, on -lOG CIIAlMTIÎh: VI atldilioniie de collodioii lo li(juido filtré, ot ou a.uile de f'aroii à obtenir un précipité de fulniicoton bien divisé. On laisse alors évaporer l'éthcr à uuo douce chaleur, et le précipité, qui doit être granuleux si l'on a bien opéré, est séparé par filtration. On le redissout dans l'alcool éthéré, et on agite. Il se forme, comme dans le procédé de Briicke, une couche aqueuse qui contient de la trypsine. Le liquide qu'on a séparé par filtration du précipité de collo- dion granuleux est rapidement évaporé au sixième dans le vide et additionné d'alcool concentré. Le précipité qui se forme est alors traité par un peu d'alcool à 40", qui laisse l'albumine, et dissout la diastase avec des sels minéraux et un peu de leucine et de tyrosine. On soumet la liqueur à la dialyse, et on précipite de nouveau par l'alcool. On obtient ainsi la diastase qui liqué- fie l'empois d'amidon et le saccharifie ensuite. Nous verrons bientôt que cette diastase est probal)lement double et contient de l'amylase et de la dextrinase. Ici encore, il ne faudrait pas compter qu'on arrivera toujours à une séparation complète. Mais la méthode est bonne et peut rendre des services. Nous pourrions ajouter à cette liste les méthodes nombreuses dans lesquelles ont été employés d'autres moyens de précipi- tation. Il existe^ par exemple, en ce moment, une méthode très en faveur, dans laquelle on croit séparer diverses matières albuminoïdes les unes des autres par l'emploi de sels solublcs alcalins ou alcalino-terreux, sulfate de magnésie, sulfate d'am- moniaque, etc., à des degrés divers de concentration. Comme il y a toujours des matières albuminoïdes dans les liquides diastasifères, les diastases se précipitent aussi. Nous retrouve- rons plus tard ces méthodes, plus compliquées que les précé- dentes, et plus mauvaises aussi en général pour la préparation des diastases, car elles introduisent dans les liqueurs des quantités parfois considérables de sels dont il faut ensuite se débarrasser par dialyse. 84. Les diastases sont-elles dialysables ? — Voici une PRÉPARATION DKS DIASTASES 107 question qu'on s'est longtemps posée et qu'on a résolue de fa- çons diverses, sans songer que, sous cette forme générale, on ne saurait y répondre autrement ([uc par oui et par non. Du mo- ment qu'on trouve des diastases dans des liquides baignant les cellules intactes qui les ont produites, il faut bien que la diastase ait traversé les parois de ces cellules et par conséquent soit dialysable. On sait, d'un autre côté, qu'il y a des diastases que des cellules retiennent obstinément. Celles-là ne sont donc pas dialysables, et comme ce sont parfois les mêmes que les pré- cédentes, une diastase sera dialysable ou ne le sera pas, suivant les conditions de la dialyse. Ce qu'il fallait se demander, c'étaient les conditions qui permettaient ou empêchaient la dialyse : nature du septum, acidité ou alcalinité du milieu inté- rieur ou extérieur, influence des matières solides ou colloïdales qui y sont contenues. N'oublions pas qu'une diastase est, en principe, une sorte de teinture invisible appliquée sur un corps, qu'elle n'abandonne que lorsqu'elle est sollicitée par une attrac- tion supérieure. Pour qu'une diastase du protoplasma entre en solution dans le liquide au milieu duquel baigne la cellule, il faut que l'attraction de ce liquide soit supérieure à celle cpii la tient attachée aux granules protoplasmiques, supérieure même à celle qu'elle rencontre de la part de la membrane du septum, en la traversant. On voit combien est compliqué tout procès de dialyse, et combien il est vain de se demander si une diastase est ou n'est pas dialysable, tant qu'on ne définit pas nettement les conditions du problème. Tout ce qu'on peut conclure des tentatives faites par von Wittich, llammarsten, Wolfhugel, Paschutin, Iloppe-Seyler, Wroblewski, Chodchajew, c'est que les diastases sont peu dia- lysables, même dans les meilleures conditions. Aucun de ces savants, qui ont travaillé dans des conditions très diverses, n'a en effet constaté de dialyse marquée. Quelques-uns ont même trouvé qu'elle était nulle. Il n'y a pas à les opposer les uns aux autres. Tous peuvent avoir raison, bien que n'étant pas d'ac- cord. Chodschajew, qui a observé nettement la dialyse de la sucrase, de l'amylase, de l'émulsine et de la pepsine, trouve lO.S CIIAIMTIÎI': \I (jucllo est toujours très l'aible, (ju'cllc au,i;niente un peu avec le temps, n'est pas arrêtée par la présence de matières colloïdales dans le licjuide diastasifère. Ces résultats ébauchent à peine la (juestion, (|u'il faut prendre autrement (ju'on n"a fait jusqu'ici pour la résoudi-e. La conclusion pratique à tirer de là, c'est que la dialyse pourra servir à séparer de la diastase les sels solubles qui y sont contenus, mais non pas à séparer la diastase des matières alhuminoïdes ou colloïdales dont tous les procédés de prépa- ration la laissent mclanijée jusqu'ici. Kn somme, donc, rien ne nous garantit que la diastase, préparée par lun quelconque des procédés énumérés plus haut, soit une substance pure. Nous devons admettre qu'elle sera d'autant plus pure qu'elle se montrera plus active sous le même poids. Mais y a-t-il un mil- lième de diastase pure dans le mélange le plus actif obtenu ? Y en a-t-il .")0 pour cent ou davantage ? C'est un point sur lc(piel nous ne savons rien. Cette incertitude pèse fâcheusement sur toutes nos connaissances relatives aux diastases. Nous allons tout de suite en avoir un exemple en parlant de leur compo- sition. 85. Composition des diastases. — Les mélanges en propor- tion inconnue de diastase active et d'un substratum inerte ont en effet été soumis à l'analyse, qui naturellement a fourni les résultats les plus disparates suivant que le substratum. toujours ini[)ortant par sa masse, était de nature albuminoïde ou hydro- cai'bonée. Faites dans ces conditions, les analyses sont évi- demment peine perdue. Quelques savants l'ont senti et ont essayé de conduire, par des précipitations ménagées, la masse diastasifère à avoir une composition à peu près constante, qu'ils ont sinon formellement donnée, du moins indiquée comme étant probablement la composition de la diastase. Il est clair que rien ne justifie une pareille présomption. Si, comme cela est possible, la diastase ne forme qu'un millième de la masse qu'on analyse, celle-ci aura beau avoir une composition constante, on n'en sera pas pour cela autorisé à la prendre pour de la IMlKPAIl.VTlo.N l)i;s DIASTASKS 101) diastasc piii-c. L'étude des laits est eutièi'euicut d'aecord avec ces conclusions, ainsi que nous allons le voir. 86. Amylase. — Prenons d'abord la diastase qui a été le plus étudiée, Tamylase du malt. Voici quelques-unes des der- nières analyses publiées par Zulkowski (1), par Krauch (2). par Szilag-yi (3), par Lintner (-4), et par Jeg'oroff (5) : 1 2 3 4 5 Carbone «,57 V6M 46,80 44,3:5 40,24 Ilydrogriic 6,49 6.90 7.44 6,38 6,78 Azote 5,1 i. 4,57 9.98 8,92 4,70 ^«"f''« i 37.6i 36.77 34,64 34.46 i ,^'J^ Oxygène ) ( 41. 5o l'iiospliore — — - 1,12 1 ,45 Cendres 3,16 6,08 1,14 4,79 4,60 (In voit déjà, dans ces analyses, que l'azote varie du sinq)le au double Ouant à la proportion encore plus variable des cendres, nous la retrouverons tout à l'heure. 87. Papaïne. — Wurtz a fait trois analyses de la j)a[)aïne, précipitée par le sous-acétate de plomb, en essayant de la ren- dre de plus en plus pure. Il a trouvé les chitTres suivants, déduction faite des cendres : Carbone Hydrogène. Azote Cendres Ici la composition est plus constante, bien que la teneur en cendres soit encore variable. Mais on partait toujours du même *suc naturel, traité de la même façon, et cette constance prouve seulement que le chimiste était habile, ce qu'on savait par ailleurs. 88. Sucrase. — Voici deuv analyses de sucrase de la le- vure, l'une de Barth ( l ), l'autre de Donath (2) : I II III 52,36 52,19 52.9 7.37 7,12 » 16.94 16,40 16,44 2,60 4,22 3,40 no CÎIAPITIIK M 1 2 Carl)one 43,90 40,130 Hydrogène 8,40 6,«J0 Azole 6,00 l),:50 Soufre 0,03 — Oxygène 41,47 — L'azote varie encore beaucoup. Dans une autre analyse, Mayer avait trouvé seulement 4,30 0/0 d'azote. 89. Emulsine. — Voici de môme deux analyses de Buckland- Bull (1) et de A. Schmidt (2) : 1 2 Carbone 43,06 48,80 Hydrogène 7,20 7,10 Azote 11,52 14,20 Soufre 1,25 1,30 90. Pepsine. — La plus intéressante des analyses de pepsine a été faite par Mme Schoumoli' Simanowski, qui s'est procuré du suc gastrique très pur en faisant faire un repas tictif à un chien œsophagotomisé. Les aliments après mastication et la salive provenant des glandes buccales n'arrivaient pas dans l'estomac à cause de la section de l'œsophage; mais l'excitation nerveuse produite par leur présence amenait une sécrétion qu'on recueil- lait dans l'estomac. Le suc gastrique, produit exclusif des glandes de la muqueuse, était un liquide transparent, incolore, qui se troublait sensiblement quand on le mettait dans tie l'eau glacée, et laissait se déposer, après congélation, une masse granuleuse homogène. On la sépare en décantant le liquide qui se dégèle, alors qu'il contient encore quelques glaçons, et on purifie en recommençant sur ce dépôt granuleux les congéla- tions et les dégélations successives. Le dépôt granuleux est ' acide, soluble dans l'eau et se comporte comme une albumine. Après dessiccation, il perd la propriété de se dissoudre dans Feau, et n'est plus soluble que dans les acides. Il se comporte donc comme une véritable substance coagulable. L'expérience montre qu'il ne saccharifie pas l'amidon, mais PREPARATION l)P:S DlASTASKS Hl il intervertit le sucre et peut digérer l'albumine en liqueur acide. Il contient donc un mélange de sucrase et de pepsine. Mme Schoumotf en a analysé deux échantillons, l'un, A, obtenu par l'action du froid, l'autre, B, par précipitation par du sulfate d'ammoniaque. Voici les nombres obtenus : A B Carbone SOJI .50,37 Hydrogène 7,17 0,88 Chlore 1,16 cl 1,01 0,89 Soufre 0,98 4,35 et 1,24 Azote » 14,55 et 15,0 Il n'y a pas encore là la constance de composition à laquelle on aurait pu s'attendre avec un produit pur. On n'a évidemment pas le droit de comparer tous ces chiffres les uns aux autres, car il n'y a aucune raison pour que toutes les diastases aient la môme composition, mais on a le droit de comparer les chiffres afférents à une mêiiie diastaso, et on voit qu'ils ne sont guère concordants. Tous se comportent comme si la matière analysée était un mélange où domine tantôt une matière hydrocarbonée, auquel cas la teneur en azote baisse, tantôt une matière albuminoïde, auquel cas la proportion d'azote s'élève au niveau de 15 ou IG 0/0 correspondant à ces matières, ce qui peut faire croire que la diastase est elle-même une matière albuminoïde. 91. Recherclies de "Wroblewski. — Il faut donc aboutir à ce dont on avait cru pouvoir se dispenser en faisant ces analyses, à une étude chimique de la partie active des mélanges analysés. C'est ce qu'a commencé de faire M. Wroblewski pour une amylase du malt, préparée avec beaucoup de soins et par une méthode un peu différente de celles qui ont été décrites plus haut, bien que reposant sur les mêmes principes. Un kilogramme de malt finement pulvérisé a été traité par deux litres d'alcool à 68° G.-L. Le résidu, pressé, a été épuisé à deux reprises par 2 litres d'alcool à 4o°, et on a ajouté aux liquides obtenus assez d'alcool pour que le degré s'élève à 70 0/0. Il s'est formé un I II m IV 45.8 •48,0 50,1 46,2 6/J 7.3 7,2 7.6 3,96 6.01 8,13 4,54 13,34 38.69 33,o7 41,06 2.1 4.01 1.2 4.2 Hi) CIIAI'ITIU: \ I précipité (inoii ;i reclissous dans .l'alcool à io", cl précipilé à nouveau : on a ensuite dissous dans un peu deau, précipité par un excès de sulfate de magnésie, dialyse, remis le précipité en solution dans l'eau et finalement reprécipité avec un mélange d'alcool et d'éther. On obtient ainsi une substance blanche, très soluble dans l'eau, ne se colorant pas par l'iode, et douée d'une grande activité diastasique. Elle ne donnait ni les réac- tions des albumines ni celles des peptones. Elle ne réduisait la liqueur de Fehling qu'après ébullition avec un acide. Malgré les soins apportés à sa préparation, les chiffres de l'analyse n'étaient pas constants. Avec les échantillons préparés par des moyens un peu différents, on a trouvé les chiffres suivants : Carbone Hydrogène Azote Oxygène et soufre tiendres Ces chifïres correspondent, comme ceux que nous avons relevés ci-dessus, à un mélange possible d'une matière albumi- noïde et d'un hydrate de carbone que M. Wroblewski s'est attaché à séparer. Il a pour cela traité sa solution de diastase par l'iodomercu- rate de potassium et l'acide chlorhydrique dilué, mélange qui d'ordinaire précipite la matière albuminoïde, et qui a en effet fourni un fort dépôt, qu'on a jeté sur un filtre. Le liquide filtré, traité par l'alcool, a donné à son tour un précipité d'un hydrate de carbone (pii, redissous dans l'eau, n'avait plus aucune propriété diastasique. La solution de ce composé ter- naire avait un fort pouvoir rotatoire gauche, et donnait de l'arabinose quand on la chauffait avec les acides. C'était donc une arabane. La diastase était ailleurs. On a donc repris le précipité fourni par le réactif de Brucke; on l'a lavé et trituré avec du carbonate d'argent de façon à en séparer l'iode et le mercure. En traitant par l'eau, et précipitant par l'hydrogène sulfuré l'argent entraîné, puis par l'alcool, et IMU'.PAl'.A Tlo.N l)i:s DIASTASKS 113 redissolvant le précipité, ou ;i ol)loiiii avec (juehjue peine une liqueur opalescente qui saccharifiait l'amidon soluble, donnait la réaction xanthoprotéicjue et la réaction de Millon_, mais ne précipitait que faiblement par le sous-acétate de plomb. Traitée par lacide chlorhydrique à 20 0/0, elle donne les produits ordi- naires de décomposition des matières albuminoïdes, ammonia- que, acides amidés, etc., mais pas d'argénine. l'récipitéc par l'alcool, elle perd au contact de ce liquide sa solubilité dans leau. La partie soluble contient 10,2 0/0 dazote, la partie iusoluble lo,3 0/0. Il est clair (pie ces résultats, dans leur ensemble, rapproclient plus Tamylase des matières albumi- noïdes que des hydrates de carbone. Mais comme dans ce traitement la diastase initiale s'était fort affaiblie, il est difficile d'assurer qu'il n'y avait C[ue de la diastase dans le dernier précipité obtenu, et dès lors, nous retombons dans les mêmes incertitudes. Les résultats de Wroblewski sont, d'ailleurs, en contradic- tion absolue avec ceux d'Ilirschfeld qui trouve, au contraire, (jue l'amylase est un hydrate de carbone, une soi'te de ma- tière gommeuse qu'on peut rapprocher de l'arabane de M. Wroblewsld. Il est probable que dans le cours des opé- rations, et par suite de circonstances non visées dans les mé- moires de Hirschfeld et de Wroblewski, la diastase s'était fixée, avec le premier, sur l'arabane, avec le second, sur la matière azotée. Cette interprétation met ces savants d'accord en montrant qu'ils se sont peut-être trompés l'un et l'autre. 9S. Reclierclies de G. Bertrand. — M. Bertrand a fait entrer cette question dans une voie nouvelle par ses recher- ches sur la laccase dé l'arbre à laque. Si on se lie seulement aux résultats de l'analyse chimique, cette laccase est une sorte de gomme, car elle ne renferme presque pas d'azote, elle donne de l'acide mucique quand elle est oxydée par l'acide azotique do densité 1,2, et, par hydrolyse, elle donne du galactose et de Farabinose. Sa physionomie change lorsqu'on l'étudié à un point de vue 8 114 ciiAi'iriu-; \i qui a été généra Icmciit délaissé juscjirici, au point de vue de ses cendres, dont elle confient toujours une proportion no- lal)l(\ Dans ces cendres, il y a du manganèse en proportions variables. Or, en comparant la puissance oxydante de diverses oxydases, c'est-à-dire, la quantité d'oxygène fixée par elles dans des conditions déterminées sur une matière oxydable, convenablement choisie et toujours la même, M. G. Bertrand s'est aperçu que l'activité de la diastase croissait avec la quan- tité de manganèse qui y était contenue. On pouvait donc se demander ce que deviendrait une oxy- dase tout à fait privée de manganèse dans ses cendres. Il est difficile de préparer artificiellement une pareille oxydase. Pour séparer les dernières traces de manganèse, il faut re- courir à des réactifs qui détruisent la matière organique. Mais M. Bertrand a réussi à tirer de la luzerne {pwdicago saliva) une oxydase, extrêmement pauvre en manganèse et très peu active. En ajoutant à cette oxydase un sel de protoxyde de manganèse, on lui donnait une activité comparable à celle des plus puissantes oxydases. Le manganèse semble donc être l'élément essentiel de cette espèce de diastases. IM. Bertrand a confirmé cette notion capitale par les faits suivants. Mélangeons à une solution d'hydroquinone, que la laccase oxyde facilement en la transformant en qui- none, des sels de protoxyde de manganèse, et agitons le mé- lange au contact de l'air; avec tous ces sels, nous constaterons des absorptions d'oxygène, et pour quelques-uns, le lactate, le succinate de manganèse, par exemple, la proportion d'oxygène absorbé sera égale à. ce qu'elle est avec les oxydases naturelles. Ce n'est pas seulement quantitativement, c'est aussi qualitati- vement que les actions se ressemblent. La quantité d'oxy- gène absorbé est hors de toute proportion avec la quantité de l'élément oxydable, le protoxyde de manganèse, et il faut absolument que celui-ci ne soit autre chose qu'un intermé- diaire, prenant l'oxygène de l'air et le cédant à la substance oxydable. Le mécanisme de cette action nous importe peu pour le nn^tment, et nous aurons à y revenir dans le chapitre ri',i:i'Ai!ATi(».\ i)i:s diastasiis H5 conscicré aux oxydases. Le résultat seul nous intéresse, car il prouve que le protoxyde de manganèse peut jouer le rôle d'une diastase, et cette diastase est d'autant plus active que l'acide conilnné à ce corps pour le rendre soluble est plus faible, en sorte qu'on peut penser que les oxydases natu- i-elles sont des sels mangaueux d'un acide spécial, et encore inconnu, maintenant le protoxyde de manganèse en solution, tout en le laissant aussi actif que s'il était libre. La nature organique et la nature minérale de l'oxydase joueraient donc simultanément un rôle dans ses propriétés, et c'est là une vue qui sans doute se rapproche plus de la vérité que toutes les spéculations reposant sur l'analyse organitpie des dias- tase s. 93. Rôle des cendres. — Ln émettant cette idée, nous sommes d'accord avec un certain nombre de faits. D'abord toutes les diastases connues contiennent des cendres, et parfois même en proportions notables, comme on le voit par les chiffres consignés plus haut. Si on essaye de se débarrasser de ces cendres par dialyse ou autrement, on constate que la puissance de la diastase baisse dès que l'élimination est poussée à un certain degré, et qu'elle devient à ce moment- là d'autant plus faible que la diastase se purifie davantage. De plus, ce n'est pas seulement une cjuestion de quantité qui entre en jeu, mais aussi une question de qualité. Nous ver- rons que la présure, la plasmase, la pectase, qui sont toutes trois des diastases coagulantes, exigent, pour fonctionner acti- vement, la présence d'une base alcalino-terreuse (pii est la chaux. Cette chaux peut, dans une certaine mesure, être rem- placée par la magnésie ou la baryte, mais pas du tout par la potasse ou la soude. La chaux est donc, vis-à-vis de la pré- sure, ce qu'est le manganèse vis-à-vis des oxydases de Ber- trand, Le fer, si voisin du manganèse par les relations de ses sels de protoxyde avec l'oxygène, est de même un élément constitutif du globule sanguin, dont les propriétés sont d'un autre côté très semblables à celles des oxvdases. Il semble donc 110 CIIAI'ITItl-; \l qu'eu s'atlacliaul, cxclusiveuicut, couiuic on J'a l'ail jus(ju ici, à réhulc (le la uialièi'c orqanicpu; de la diastase, et en traitant ses cendi'cs non comiue son squelette minéral, mais comme des impuretés de sa substance, on ait fait fausse route, et c'est le mérite du travail de M. Bertrand de nous avoir révélé cette mauvaise direction donnée à la recherche. Le cha- pitre que je viens de terminer, et qui se résume en des ren- seignements très vagues, comme on vient de le voir, est à la veille d'être écrit sons une autre forme bien plus nette, dans lacpiellc le rôle important sera dévolu aux sels que l'on a considérés jusquici comme des impuretés. BIBLIOGRAPHIE Vox AViTTicii. TIber eine neue Méthode zur Darstellung kunstlicher Ver- daucngsflussigkeilen {P/hiç/i'r's Archiv., t. II, p. 193 ; 1869). Brucke. Beitrage zur Lelire von der Verdauiing {Wiener Almd. SUzanysher, XLIII; Abth., 2, 1861). WURTZ. Sur la papaïne. Cnmplex rendus, t. XC, 1880, p. 379 et XCI, 1880, p. 787. Danilewski. Virckow's Archiv., t. XXV, p. 279. Von Wittich. Ppuger's Archiv., t. V, p. 435. Hammarsten. Maly'a Jahresh. f. Thierchemie, t. III, p. 160. WOLFHUGEL. Pflugers Archiv., t. VII, p. 188. 'Pasghutin. May's Jahresb. f. Thierchemie, 1871, p. 304. IIoppe-Seyler. Handb. d.plujft. Anal., 6" éd. p. 297. Wroblewski. Zeilschr. f. phys. Cliemie, t. XXIV, p. 173. SCHOUMOFF SiMANOWSKI. Yrfl^cA, 1890, 11" 41. Chodschajew. Archives de physiol , t. X, 5" s., 1898, p. 241. "NVrobleavski. lier. d. d. cJiem. GeseUs., t. XXX, 1897. Herschfeld. Archiv. d. ges. Physiol., t. XXXIX, 1886. Bertrand. Co m pi es rend m de l'Ac.des se, et BuU. de la Soc. chim., 1894. CHAPITRE YII INDIVIDUALITÉ DES DIVERSES DIASTASE3 Y a-t-il plusieurs diastases individuellement différentes, ou bien Tune d'elles peut-elle revêtir, dans certaines circons- tances, les propriétés d'une autre ou de quelques autres ? Voilà une question sur laquelle la science a hésité long- temps, et n'est pas encore complètement renseignée. Dans l'ensemble pourtant, elle conclut à l'individualité des diverses diastases, et ce sont ses arguments que nous devons passer en revue. 94. Causes d'erreur. Ingérence des microbes. — Il faut d'abord éliminer quelques-unes des causes d'erreur qui ont vicié les premiers résultats. Quand il s'agit de savoir si une macération organique contient une diastase, par exemple de la sucrase, on y ajoute un peu de solution de saccharose, on porte à 35" ou Ï0'\ et on attend. Il faut attendre long- temps quand il y a peu de diastase, et encore plus long'tenq:)S quand il n'y en a pas du tout. Or, pendant ce temps, inter- viennent à peu près inévitablement les ferments du sucre, dont les germes sont partout, et qui produisent des diastases identiques à celles qu'on recherche dans la macération. Cette confusion a été fréquente à l'époque où on ignorait les mi- crobes, et beaucoup d'expériences anciennes, sur les diastases, sont à recommencer de ce fait. Il n'y a guère, à avoir échappé h. cette influence, que les essais relatifs au suc gastrique, qui se font dans un liquide acide, peu propre en général à la culture des microbes. Par contre, les premiers essais sur le suc pancréatique ont tous été faussés par cette cause d'er- reur ; car ils se font dans un liquide très ricbe en matière IIS CIIAPITIii; \"ll ()i'::;ini(iii<', cl Ir plus souvent cliai'gé de luicroljes dès l'oii- Il r.iiil. i»oiir rvilcr l«)u(<»s les iiicoi-tilndos [U'oveiKUit do ce (•lier. o[)('i'ei' soit avec -des li(]ui(les stériles, soit avec des li(|ui(l('s aiitiseptisés. Il n'est pas toujours facile de stériliser ]c liquide diastasi- Icre, (jui ne [X'ut pas éli'c chaulle, même à 100'\ sans perdre toutes SCS propriétés. Mais on j)eut prendre le licjuide de ma- cération d'une culture pure ; on peut aussi filtrer la solution au travers d'une bougie de porcelaine. Il faut ne pas oublier que cette filtration peut dépouiller la solution d'une partie de sa diastase, et même de sa totalité, s'il y en a peu. Il faut aussi se rap[)eler ([ue toutes les diastases ne sont pas toujours éiialement filtrables. Nous pourrions répéter ici ce (jue nous avons dit plus haut à propos de la dialyse. En principe, il n'y a pas de diastase tiltrable ou non fîltrable, d'une façon absolue, au travers de la porcelaine. Il y a des diastases qui, dans certains cas, sont fdtrables, et qui ne le sont pas ou le sont moins dans d'autres. Cela dépend de la puissance variable d'adhésion de la diastase pour la matière des parois. Il y a des cas particuliers ; il n'y a pas de règles générales. A raison de ces diflicultés et de ces incertitudes, l'usage a prévalu d'additionner le liquide diastasifère à étudier d'un antiseptique propre à y empêcher l'apparition des microbes. Il ne faut pas oublier, non plus, de ce côté, que les antisep- tiques, quels qu'ils soient, g-ônent aussi bien l'action des diastases que celle des microbes. De sorte que lorsqu'une diastase apparaît, malgré l'antiseptique, c'est cju'elle existe bien réellement. Mais lorsqu'elle n'apparait pas, on ne peut pas conclure tout de suite qu'elle est absente. Il faut y regar- der de plus près. 95. Collage des diastases. — A cette cause d'erreur vient s'en joindre une autre. Ce qu'on cherche, c'est à connaître les diastases physiologiquement sécrétées par une cellule et à i.\i)i\ iDiAiJTK i)i:s i)i\ i:r,si:s i)I.\stasi:s 119 les distinguer de celles dont ell(> a pu simpréguoi' dans le milieu dont elle provient, en vertu de cette tendance que nous avons signalée chez certaines diastases, de se [)récipiter sur les corps solides dont elles ont le contact. Les diastases de la salive parotidienne, par exemple, sont les diastases sécrétées normalement par les cellules de la parotide, mais il ne faudrait pas les considérer comme nécessairement iden- tiques à celles qu'on rencontre dans la salive qui s'écoule par l'extrémité du canal parotidien, parce que ce canal peut être plus ou moins habité par des microbes, et que, constam- ment en contact avec la salive mixte 'où il y a des diastases microbiennes variables et de diverses origines, il est toujours exposé à s'en tapisser, pour les rendre à la salive qui le traverse. On a de même cru, pendant quelque temps, que toutes les levures de brasserie sécrétaient, en outre^ de la su- crase, de l'amylase. C'est (ju'on prenait des levures impures, mélangées de ferments de l'amidon, ou bien encore des le- vures pures, mais cultivées dans du moût d'orge non bouilli, et ayant conservé, de ce fait, tout ou partie de l'amylase qui avait servi à le produire. Cette amylàse se précipitait sur les cellules de levure, et leur formait un vêtement arti- ficiel qu'on prenait pour une sécrétion physiologique. Il faut, pour éviter cette cause d'erreur, faire des cultures pures du microbe clans un liquide bouilli, et chercher non seule- ment dans le liquide, mais encore et surtout dans les cel- lules du microjje les diastases qu'il peut produire. 96. Multiplicité des diastases produites par un même microbe. — Or, quand on cherche clans cette voie, on s'aper- çoit que un même microbe peut produire, en général, des dias- tases très variées. Nous avons vu, au chapitre V, des exemples de cette variation sous l'influence de l'alimentation. Certaines diastases, rares ou absentes dans certaines conditions, deve- naient prédominantes avec un autre aliment. Etait-ce une fonc- tion nouvelle qui apparaissait, ou, au contraire, une surpro- duction d'une sécrétion normale ? \-2() CIIAIMTP.F, \\\ ("/psl (•<> dcriiiei' cas qui semble Je plus proljîihle. Quand (.11 \a. eu ell'et, chei'chci', comme l'a fait M. Boui-quelot, à l'in- ((M'ieui- des cellules de XasiicrijillKs n'iger, eu les broyant avec (hi sable ("I d(; Teau, les diastases qui y sont contenues, on trouve (juelles sont plivsiologiquement très nombreuses. iM. Hounjuelot a ainsi Irouvé, dans un nsip(-r(ji/lusQ,\\\i\\'è sur du liquide Raulin, et arrivé à maturité, de la sncrase. de la maltase, de la tréhalase, de l'amylase, de l'émulsine, de l'inu- lase, de la trypsine. Sur le môme milieu, \q. pciiicilliuru glan- cum donne, d'après Bourquelot. sucrase, maltase, trélialase, amylase et inulase. J'y' avais trouvé de la présure et de la caséase; Gérard y a signalé de la lipase. Le peniciUiiim Diiclauxi, décrit par M. Delacroix, ne produit sur le liquide Raulin que de la sucrase et pas d'amylase. Un individu très jeune de polijponis sulfuvvus^ grand champignon qui vit en parasite sur divers arbres, et que MM. Bourquelot et Iléris- sey avaient récolté sur un chêne, leur a fourni un suc con- tenant de la maltase, de la tréhalase, de l'émulsine et de l'a- mylase. Il ne contenait ni sucrase, ni inulase, ni lactase. L'interprétation la plus naturelle de tous ces faits consiste évidemment à admettre que toutes ces diastases, si nombreuses ([u'elles soient dans certaines espèces, sont sécrétées indivi- duellement, et qu'il n'y en a pas qu'une, douée de propriétés diverses, car alors on ne comprendrait pas, si la sucrase se confond avec l'amylase, par exemple, comme on l'a cru long- temps, pounjuoi les deux actions sur le sucre et l'amidon, qui se trouvent superposées dans Vaspergillus niger^ sont disso- ciées dans le pénicillium Duclaicri ou le pohjporus .sulfumis. QT. Séparation des diverses diastases. — Il serait souhai- lal)le de pousser la dissociation plus loin, de trouver un liquide ne contenant qu'une diastase, et ne pouvant exercer qu'une action. Pour cela, il faut chercher en dehors des mucédinées, en général très polyphages, et s'adresser de préférence aux bacilles ou aux levures qui, très difficiles sur le choix de leur aliment, ne sécrètent qu'un petit nombre de diastases, ou INDIVIDT'ALITK DI-'.S DlVF.r.SI-.S DIASTASI'.S 121 encore aux cellules de l'appareil digestif, dont qncl(]nes-unes ne sont capables qne dune sécrétion. Encore de ce côté-là, ce n'est que rarement, et dans des circonstances déterminées d'alimentation et de culture, qu'on trouvera ce qu'on cherche. Ortaines levures, par exemple, sont des sources abondantes de sucrase, mais, comme nous allons le voir tout à l'heure. (Ui y peut trouver de l'amylase, et quand on les fait vivre dans du lait, elles finissent par y produire de la caséase. On peut essayer d'arriver à cette séparation des diastascs mélangées, soit au moyen de certains réactifs qui précipitent les unes et non les autres, soit en chauffant à une température qui en détruise une sans toucher ou sans toucher autant à l'autre. Mais la précipitation par coagulation, de quelque façon qu'elle soit produite, est, nous l'avons vu (78), un mauvais moyen de séparation. La chaleur, employée avec précaution, peut, nous le verrons, détruire inégalement deux diastases mélangées et laisser prédominer l'une ou l'autre, mais non pas isoler ab- solument l'une d'elles, de sorte qu'à proprement parler, on n'a pas d'autre argument pour démontrer l'individualité des diverses diastases que celui qui résulte de l'extrême variabi- lité de leurs mélanges. Cette variabilité se comprend s'il y a mélange de diastases, elle devient inexplicable si on admet que chaque diastase possède un mélange de propriétés. 11 ne faut pourtant pas pousser à bout cette attribution d'une seule propriété à chaque diastase, car on se heurte de suite à ce que nous savons des propriétés de l'émulsine, capable de dédoubler un grand nombre de glucosides divers. L'exemple de cette émulsine nous conduit même à nous demander si les corps qu'une diastase peut dédoubler par hydrolyse ou oxyder ne seraient pas, comme les glucosides décomposables par Fémulsine, des corps appartenant à un môme groupe. A cette (question, nous trouvons une réponse toute faite dans le goupe des sucres. Le maltose et le tréhalose sont deux sucres isomères qui donnent par hydrolysation des molécules de d-glucose et ne diffèrent entre eux que par le mode de jonction de ce s deu x IujI Ll 8RAR Y \22 CIIAl'ITlli: \ll nioli-ciilcs. Lo pi'Oinior réduit l;i li(fiH'iii' de Fehling', l'auti-e iKiii. Or, l'isclicr s'est assuré ([iie la ti'élialaso no dédoublait pas le inalloso ni la inaltasc le ti'éhalose. Le maltose et le saccharose sont un [)cu plus différents. Le second, en se dé- doublant, donne du d-i:luc(jse el du lévulose ou d-fructose. l'isclier a constaté de même ([ue du li({uide de macération de It'xnre IVaiclie. (jui intervei'tissait très facilement le saccliarose, était sans action sur le maltose. Il a vu aussi que la lactase ne dédoublait pas le maltose. Comme tous ces sncres sont de même constitution, et ne diffèrent qu'au point de vue stéréo- cliimi(|ue, nous voilà amenés à conclure que l'action des dias- tases tient compte de l'arrangement de la molécule, et c'est là évidemment une notion trop importante pour que nous ne la discutions pas. 98. Travaux de E. Fischer. — Ponr faire cette étude, M. Fischer ne s'est pas contenté des sucres naturels. Il en a préparé d'artificiels, des sucres de synthèse, dont la com- position et la formule stéréochimique peut être à la fois plus variée et plus exactement connue que pour les sucres fournis par les plantes. Ln mettant par exemple en contact pendant plusieurs heures et à froid, une solution de glucose avec de l'alcool métbylique et de l'acide chlorbydrique, on obtient la formation d'un vé- ritable éther : C-^H-T)" 4- CIl'OIl = C'ir'O^ GIF + H-0 ; d sélimine une molécule d'eau et il se forme un méthylg'lucoside tpii résulte, comme on le voit, de la substitution du radical (IV à un atome d'hydrogène. On obtient, sinon par le même procédé, du moins par des méthodes analogues d'éthérification, un éthylglucoside : C/II"0". C'IP, ou encore des phénylglucosides ou des benzylglucosides par substitution de une ou plusieurs molécules de C°[l' ou de INDIMDIAUTK l)i;s DIVERSES DIASIASES d-2,S G'H^O" à la place crantant de molécules d'hydrogène dans la molécule CH'-O'' du glucose. Prenons le méthylglucoside ci-dessus ; sa formule stéréo- chimique est la suivante que je place à coté de celle du glu- cose. Glucose Mélliylykicosidc cnoii ciio.rdi' I I (CHOIl)^ (CHOH)^^ I I GOIl GOII I I CHOH CHOH I 1 CH-OII CHOH On voit que le remplacement d'un atome d'hydrogène par une molécule (UP dans le groupement supérieur, a rendu dis- symétrique l'atome de carbone de ce groupe qui ne l'était pas. Il peut donc exister deux méthylglucosides stéréoisomériques, et, en effet, à côté de celui qu'a préparé Fischer, et qui cris- tallise en fines aiguilles incolores d'un goût sucré, Yan Ekens- tein en a signalé un autre cristallisé en octaèdres. Nous dési- gnerons par a le premier, par ^ le second. Or, Fischer a montré que la maltase hydrolyse facilement le premier et pas du tout le second. La myrosine fait l'inverse et n'hydrolyse pas le premier. Les sucrases de quelques levures décomposent beaucoup plus facilement le premier que le second. Voilà qui fournit évidemment un bon argument pour démontrer à la fois l'individualité de ces diverses diastases et le caractère stéréochimique de leur action. Fischer part de ces faits et d'un certain nombre de faits du même ordre pour conclure que la diastase a aussi une formule stéréochimique, et que cela est nécessaire pour qu'elle tienne compte de la formule stéréochimique du corps auquel elle s'adresse. C'est ainsi, dit-il, qu'une clef ne peut ouvrir une serrure que si sa forme est en rapport avec la forme intérieure du \2A CIIAIMTKI': Vil iiHMMiiisme (juCllo iiicl en mouvement. L'idée est évidemment iiiucnieiise. M.iis im(> tlié()i-i(^ ne doit pas seulement cxi)li([uoi' les r.iils qui lui ont donné l'éveil. Elle doit éti'e d'accord avec rensemhic des autres faits connus. Voyons s'il en est ainsi pour la théorie de Fischer. l»i-enoiis pour cela, dans le travail même de ce savant, les diverses actions qu'il attribue à une même diastase, et com- nienc-ons par la sucrase, celle sur laquelle il y a le plus de documents. Voici, sur deux; colonnes, à gauche, les sucres qu'elle hydrolyse, à droite, ceux qu'elle n'hydrolyse pas. Sucrase Hydrolyse «-niélliyiglucose. Saceliarose. Mallose. Amygdaline* Benzyl-glucosides incomplèlemcnl. Glvcérine-iïlucosicles id. N'hydrolyse pas j'î-méthylglucose. Lactose. Mélhylgalaeloso. Inuline. Amidon. Salicine. Coniferine. Phéiiylglucoside. MelhylIVuctoside. La sucrase employée dans ces expériences provenait d'une macération de levures fraîches, type Frohheru' ou Saaz. On a marqué Tamyg-daline d'un astérisque parce que ce corps ne se décompose pas comme avec l'émulsine. 11 se forme du glucose, mais pas d'essence d'amandes amères, ni d'acide cyanhy- drique. Une sucrase solide, préparée par Merck, n'agissait ni sur l'a-méthylglucoside ni sur le maltose. Avec une autre le- vure fraîche de Frohberg, on a obtenu une macération qui se comportait, à ce point de vue, comme la sucrase sèche de Merck. Mais en broyant les cellules, ou en faisant agir la levure elle-même, on hydrolysait facilement ces deux sucres. Voici maintenant, présentés de la même façon, les résultats obtenus avec une émulsine de ^lerck : i.M)i\ iDtAi-iTK i)i;s i)i\ i:iisi;s diastasks 125 Emn/siitr. Hydrol.vsc .N'Iiydrolyse pas 5-moth\i glucose. «-inélhyl glucose. Lactose. Maltose. Salicine. Saccharose. Conit'érine. Jlelhylgalaclosidcs. Arbutine. Bcnzyl-glucosides. Glycérine-glucosides. Le tableau relatif à rénuilsiue est, comme on le voit, et sauf pour les beiizylylucosides et ,ii•lycériue-^lucosides, le revers du tableau relatif à la sucrase. Dune manière générale, les gluco- sides du glucose sont bydrolysées par la sucrase. et non les glucosides du galactose. L'inverse a lieu pour lémulsine. Voyons maintenant ce que nous donne la lactase. Dans les levures que font fermenter le sucre de lait, Fiscber a trouvé, en broyant les cellules, une diastase transformant la lactose en hexoses. Voici en résumé l'ensemble de la réac- tion : Lactasf. Hydrolyse N'hydrolyse pas Lactose . Méthylgalactosides. Amygdaline * |3-niéthylglucoside. Pour l'amygdaline, même remarque que plus haut. Ici la correspondance signalée plus haut s'etïace un peu, le lactose n'entraînant pas avec lui, dans la colonne de gauche, les sucres à côté desquels elle se trouvait avec la sucrase. Voici enfin le résumé des essais faits avec la maltase qu'on trouve, dans quelques levures, associée à la sucrase. Avec la le- vure sèche, on en obtient plus qu'avec la levure fraîche, mais si on précipite par l'alcool, cette maltase s'affaiblit beaucoup plus vite (pie la sucrase, et c'est peut-être pour cela que la su- crase sèche de Merck, que nous avons signalée plus haut, n'a- gissait pas sur le maltose. I^ij CIIAlMTIil': \ll Mail use. Hydrolyse N'hydrolyse pas .Mallost'. Mollivl luaiiiioMile (,s ciiAnnii-: \i BIBLIOGRAPHIE DUCLAUX. Cliimie biologique, 1883, p. 141. BOURQI'ELOT. l^es ferments SOlubles de VaspcruiUus nii/n-. Bull, de la Sor. mijc. de France, t. IX, 1893. BOURQUELOT el HÉRISSEY. Actioii de réinulsine de Vaspergillns nigerS[iT quel- ques glucosides. Id. t. xr, 1895;— Sur les propriétés de i'émulsine des champignons- Jauni, dcph. el de ck. G-" 1, t. II, 1895 ; — Les ferments solu- blesdu Poljiporiis snlfureus. Bull, de la Soc. rnijc. de France. B. t. XI, p. 325. BOURQUELOT etGRAZ[A\i. Sur quelques points relatifs à la [physiologie du Pénicillium Duclauxi. Bull, de la Soc. myc. de France, VIII. p. 147. 1892. Coxx. Isolirung eines Labfermentes aus Bacterienkulturen. Cenlm/hl. f. Bari. u. Paras, t. XII. 1892. E. Fischer. Einfluss der Configuration auf die Wirkung der Enzyme. Ber. d. d.chem. Gesellschafl, t. XXVII, p. 2985 et 3479, 1891 et XXVIII, p. 1429, 1895. CHAPITRE VIII LOIS GÉNÉRALES DE I/ACTION DB:S DIASTASES Dans leur action sur les subsiaiices qu'elles transforment, les diastases obéissent à des lois générales que nous avons intérêt à connaître, et qui, jusqu'ici, sont restées un peu con- fuses. Cette question a été en effet Jjeaucoup étudiée, mais on ne peut pas dire quelle soit résolue. Elle est hérissée en ce moment de solutions contradictoires entre lesquelles il nous faudra choisir, si nous voulons faire autre chose que de les enregistrer avec résignation ou indifférence. Or ce choix est difficile. Nous aurons, pour nous guider, d'abord la con- fiance qu'il y a une loi, et que par conséquent toutes les expé- riences qui se traduisent par une courbe irrégulière ou en zigzag ont été troublées par des causes d'erreur inconnues et sont à rejeter. Nous pourrons en éliminer d'autres dont l'auteur ne s'est pas suffisamment mis en garde contre des influences latérales qu'il ignorait ou dédaignait, et que nous savons aujourd'hui être très puissantes, celle de la lumière par exem- ple, ou celle des microbes. Il se trouve que, cette ventilation faite, il reste peu de chose sur le crible, mais il en reste assez pour pouvoir établir un commencement de théorie de l'action des diastases : c'est ce que je voudrais essayer de montrer. lOO. Comparaison avec 1 action des acides. — Eliminons d'abord une assimilation, qui a été souvent faite, entre l'action des diastases et celle des acides. Sous le prétexte que les acides et les diastases sont souvent capables de produire les mêmes transformations et leur donnent la même allure, on a parfois appliqué, sans autre formahté, aux actions diastasiques, les lois trouvées pour l'action des acides. Celles qui président à 9 130 ciiAnTiJi: MU rintcrvei'si(»ii du sucre sont [mi cxciiiple assez bien connues par les (ravaux de Willielniy, d'Oslwald. el d'autres savants. On les a considérées comme représentant aussi l'action de la sucrasc. 11 importe de repousser de suite cette assimilation. Etudions pour cela ce cpiil serait juste d'appeler la /oi da ]]"il/it'hin/ . Elle revient à ceci. La (juantité de sucre qui s'iider- vertit à clia(pi<' instant dans une solution sucrée traitée par un acide est proportionnelle à la quantité de sucre présente à l'instant considéré. Cela veut dire que si la (juantité de sucre présent devient dou])le, la quantité de sucre intervertie dans l'unité de temps deviendra double aussi, alors qu'on laisse constantes les autres conditions de l'expérience, nature du milieu, température et dose d'acide. La quantité de sucre intervertie (/ans fu/iité de tenips^ ou la vitesse de la réaction^ auf/niente donc jjroportionnellement à la (juantité de sucre pour une même dose (V acide. Cet acide proportionne son effort au travail à accomplir, et théoriquement, dans les mêmes con- ditions d'acidité et à la même température, des solutions sucrées différentes s'intervertissent dans le même temps, quelle que soit leur richesse en sucre. Voilà la notion exposée en langage ordinaire. Le langage mathématic|ue permet de lui donner plus de précision et de la pousser plus loin. Soit S la quantité de sucre existant à l'origine dans un volume connu, par exemple dans 100 ce. d'une liqueur qu'on intervertit par l'action d'un acide. Soit s la cjuan- tité qui existe encore au bout cFun temps t, compté à partir du commencement de l'expérience, qui est supposée s'accom- plir constamment à la même température. La loi de Wilhelmy nous dit que la variation As du sucre pendant le temps à^ est proportionnelle à s. Si le tenqîs A/ est suffisamment court,' elle est aussi proportionnelle à b^t, de sorte qu'on peut écrire, en faisant précéder la variation ts.s du signe — , pour montrer que la quantité de sucre diminue lorsque le temps augmente, — As := mSii^t où m est la quantité de sucre qui s'intervertirait, dans l'unité LOIS r.i-:.\KPvAij:s di'. lactiox I)i;s diastasks i;ii de temps, clans une solution sucrée eontenaiil l'unité de poids de sucre dans le volume {)i'is pour unité^ et cela dans les mêmes conditions de milieu, de température, et d'acidité, que celles de l'expérience. On tire de là, facilement, en désignant par l le logarithme népérien I.y = — ml + C C étant une constante qu'on détermine facilement en écrivant cju'à l'origine de l'expérience, pour / =: o, la liqueur conte- nait S de sucre. (Jn a donc 1S = C d'où. et lS_l.s=l^=/;^/ s m s On voit tout de suite, sur cette valeur de t, que toutes les phases de l'hydrolysation de solutions sucrées inégalement concentrées s'accompliront dans le même temps, que par exemple elles mettront toutes le même temps à s'intervertir à moitié, c'est-à-dire à arriver au moment où S On aura en effet, pour ^=2,/= -12. Toutes ces réactions marcheront donc du même pas, et, commencées en même temps, se finiront au même moment : c'est ce que nous avions vu plus haut. Mais nous pouvons en plus, ici^ mesurer la valeur de /y^ en évaluant le temps que met une dissolution sucrée à s'intervertir à moitié par exemple. On a alors i:;-_> CIIAI'ITi;!'. Mil c{ rt'xix'ricncc inoiilrc eu cflef ([uo colle valeiii' de tti esl, itidé- nciKJiiiile (le la (|ii;mlilé de suci'e, l<>rs(|iie l'acidilé est la même. De là une première conclusion tjui a pu servir d'ari:ument pour rai)proclicr les acides des diastases : les solutions de sucre les plus concentrées peuvent être interverties par des c|uantités relativement très faibles d'acide. Les acides jouissent donc de la puissance d'action tjuasi-indéfinie que possèdent les dias- tases. D'autres expériences ont montré que la valeur de i/i croit à peu près proportionnellement à la concentration de l'acide, c'est-à-dire à la quantité d'acide contenue dans l'unité de vo- lume. L'unité de mesure la plus commode dans la pratique, pour évaluer la concentration, est la solution d'une quantité d'acide égale à son poids moléculaire évalué en grammes, dans un litre d'eau. Des concentrations égales de divers acides coi'respondent à des volumes égaux d'eau de chaux ou d'un autre alcali nécessaires pour la saturation. On trouve alors que la valeur de m croit un peu plus vite que la concentration pour les acides forts, un peu plus lentement pour les acides faibles. Eu admettant une proportionnalité exacte, on peut écrire n) = lui, expression dans laquelle a représente la concentration de l'acide évaluée comme plus haut, en g^rammes-molécules, et // représente la quantité de sucre qu'intervertirait dans l'unité de temps, et dans les conditions de l'expérience, dans une solution contenant l'unité de poids de sucre par unité de volume, l'unité de concentration de l'acide employé. (iCtte (juantité n est ce qu'on nomme la constante (V inversion. Osiwald l'a déterminée en faisant agir, à 25", 10 ce. de solu- tions normales de divers acides sur 10 ce. de solutions con- tenant de 30 à 10 »/o de sucre. Voici les valeurs numériques de n pour quelques acides, et leurs rapports avec celle de l'acide chlorhydricpie supposée égale à 100, et prise comme terme de comparaison. LOIS (rKM:i5ALi:s \)\: I. ACTION l)i:s l)IASTASi:s l.!.", Afidi^ broinliy(iri(iu(' 24.4 111.4 Aciili' diglycoUiiiic 0..')9 2.7 — iu('tli\glycoliqiio . . U.40 1.8 — citrique 0.38 1.7 — glycérique 0.38 1.7 — fonnique 0.34 1.."; — métliylaoéliiiiii'.. . . 0.30 1.4 — éthylglycoli(iiic.. . . 0.30 1 . i — glypolique 0.28 1.3 — lualique... 0.26 1.3 — lactique 0.23 1.1 — oxyisobutyrique... 0.23 1.1 — succiniquc 0.12 0.5 — acétique 0.00 0.4 — isobutyriqiie 0.07 0.3 broinliy(iri(iu(' 24. 4 111.4 chlorique 22 .6 103. a chlorhydrique 21 .9 100 » nitrique 21 .!) 100 ). éthylsulfurique. . . . 21, .9 100 » éthysnlfonique.. . . . 10 .9 91.2 tricliloracétique.. . . 16 . ij 75.4 sulfurique 11, 7 ;i3.6 dicliloracétique •j. '.) 27.1 oxalique 4 .0 18.0 pyrolartrique 1, .42 6. S phosphorique 1 .36 6.2 nionocbloracétique 1 .06 6.2 arsénique 1 .03 4.8 — inalonique 0.67 3.1 On voit ({lie les constantes d'inversion sont très vai'iables avec les divers acides, et même que le caractère minéral ou organique joue un rôle assez efl'acé. L'acide sulfurique vient par exemple après l'acide tricliloracétique, et l'acide phospho- rique après Tacide oxalique. L'acide acétique se montre d'au- tant plus puissant, d'un autre côté, qu'on introduit davantage de chlore dans sa molécule, et_, en moyenne, les acides orga- niques sont moins actifs que les acides minéraux. Concluons donc de ce qui précède que si les divers acides ont pour carac- tère commun de ne pas tenir compte du poids de sucre présent et de rintervertir dans le même temps, quelle que soit sa quantité, ils diffèrent beaucoup entre eux par l'activité qu'ils mettent à ce travail, et le temps qu'ils y consacrent. Ce sont donc là des forces qui sont très différentes de celles que nous connaissons et que nous sommes habitués à manier. D'ordi- naire, deux forces qui produisent le même effet mécanique dans le même temps sont dites égales. Deux quantités du même acide, qui intervertissent dans le même temps des quan- tités très inégales de sucre, peuvent être égales pondérale- ment. Deux quantités de deux acides différents peuvent être égales au point de vue pondéral ou quant au nombre des molécules, et cependant se montrer très inégales au point de vue de l'interversion. Telles sont, en laissant pour le moment de côté l'influence de la température, les lois générales de l'in- terversion par les acides. |;M CIIAI'ITI'.I'; \iii lOl Condition dune étude précise des diastases. — Si lions Mtulniis iiiaiiilciiiiiil (■oiii[).ii't'r l'.-iction dos dinstasos ;Y celle (1rs acides, la [)i'eiiiièrc coiidiliou est de s'adresser aux .iclioiis diastasiques i'aeiles à mesurer avec précision. Cette condiliou en élimine nii ,i:rand nombre, toutes celles, par exemple, qui s'adressent à la fibrine, i\ l'albumine, à la cel- lulose, bi'ef, aux malières dont la composition initiale n'est pas bien connue, et dont par suite les transformations nous échappent. L'amidon est mieux connu dans sa nature ; on connaît assez l)ien aussi le maUose et la dextrine qui provien- nent de ses transformations sous l'action de Famylase. Mais les divers amidons ne se ressemblent pas, et les diverses parties d'un même granule damidoii ne se ressemblent pas davantage, comme l'a montré Guérin-Yarry, il y a soixante ans. Cette circonstance élimine aussi, dans une certaine me- sure, l'action de l'amylase. Avec des diastases coai^ulantes, la marche de l'action est impossible à étudier. Les diastases oxydantes sont encore trop mal connues. 11 ne reste guère que les diastases qui, comme l'émulsine, donnent des dislocations dont les termes sont connus et faciles à. étudier. Mieux encore, la sucrase se prête à une recherche jirécise, parce qu'on sait pré- parer du sucre pur, dont on peut suivre la transformation, soit au moyen de la liqueur de Fehling', soit au polarimètre. Cette étude a précisément été faite d'une façon très soigneuse par MM. O'Sullivan et Tompson, dont nous n'accepterons pas toutes les conclusions, mais dont les déterminations numériques méritent toute confiance. 103. Expériences de MM. O'Sullivan et Tompson. — l*our étudier la rapidité de l'action de la sucrase sur le sucre de canne, on commençait par faire dissoudre celui-ci dans l'eau chaude, (pi'on laissait ensuite refroidir à la température à la- (pielle on voulait opérer. Cette liqueur sucrée, convenablement acidulée, était ensuite nudangée rapidement à une solution de sucrase préalablement portée à la même température. L'inter- version conimençait. Pour en suivre la marche, on prélevait une i.ois (ii;.M:r,Ai,i:s \)\: Lwcrio.x i)i:s diastasi's i;;;; certaine quantité de liquide (ju'on versait iuiniédiatenieul dans un verre contenant une goutte d'une solution concentrée de po- tasse ou de soude : cela suffit pour arrêter Tinversion. Deux- points sont à signaler dans ce mode opératoire : en premier lieu, la dose d'acide sulfurique ajoutée n'était pas quelconque ; c'était celle qui donnait au phénomène son maximum d'activité, et on la déterminait par une opération préliminaire. En second lieu, la lecture au polarimètre ne se faisait qu'après avoir laissé un quart d'heure de repos au liquide alcalinisé. Ces deux pré- cautions opératoires ont de l'importance, mais pour des raisons que nous n'avons pas à développer ici et que nous retrouverons plus tard. , Cette méthode permettait donc de déterminer divers points de la courbe d'inversion. MM. O'Sullivan et Tompson ont re- commencé l'expérience à diverses températures, en présence de quantités variables de sucrase. Ils ont fait varier aussi la con- centration de la liqueur sucrée, la dose d'acide, etc. Ils ont tou- jours trouvé que la courbe obtenue, rapportée à deux axes dont 20 30 +0 50 60 70 80 90 lûO \ 1 \ \ \ \, \ S \J ^^ \ S^ s "\ "-- — 2 4- 6 3 10 12 14^ 16 18 20 22 24 | Fi g. 6. l'un mesurait les quantités de sucre, et l'autre les temps, était une logarithmique, et pouvait s'appliquer presque exactement sur une logarithmique théorique (fig. 6) tracée avec la condi- tion de ne coïncider avec la courbe expérimentale qu'en deux i::(; CIIAlMTlii: \i ituiiils. .111 départ, el on un poiiil (iiielc(>n(|n(' du parcours. Quand la coïncidence avait lion en ces doux points, elle avait lieu partout. MM. O'Sullivan et Tompson ont vu quelque chose de plus, c'est (jno toutes les courbes obtenues, ramenées à la morne échelle, c'est-à-dire amenées à coïncider au départ et on un [)oint de leur parcours, s'appliquaient aussi les unes sur les autres, ce qui prouve que la loi du phénomène est toujours la même, quelles que soient les circonstances de milieu et de tem- pérature, à la condition seule que toutes ces circonstances soient maintenues constantes pendant la durée du phénomène. Toutes ces propriétés, découvertes par l'expérience, s'accor- daient très bien avec les propriétés théoriques do la courbe que fournit la loi de Wilhelmy : m s Cette courbe est une logarithmique, bien définie quand on donne la valeur de S pour /:=0, c'est-à-dire le point de départ de la courbe, et un autre point, c'est-à-dire la valeur de / pour une valeur connue de -, ce qui permet de connaître ;//. On com- prend donc que O'Sullivan et Tompson aient considéré leurs expériences comme confirmatives du raisonnement cjui nous a conduit plus haut à cette équation, et en aient présenté comme démontré le point de départ, à savoir que l'action de la diastase est, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnelle à la quantité de sucre présent dans la liqueur, et croît ou décroit avec elle. 103. Expériences de Duclaux. — C'était l'assimilation complète avec l'action des acides. Mais nous avons un autre moyen, moins détourné que l'étude de la courbe, de savoir si cette assimilation est possible. Mettons, comme je l'avais déjà fait en 1883, une même quantité de sucrase, 20 milli- grammes, par exemple, dans 100 ce. de solutions contenant 10, 20 et 40 0/0 de sucre, et exposons le tout à une température de 37" : nous observerons que, pendant les premières heures LOIS Gb:XKHAIj;S l)|-: l/ACTIo.X l)i:s 1)1 \ST.\Si:s i;!7 de raction, les quantités de suci-e interverti dans rnnité de temps ne seront pas du tout, comme dans les cas des acides, inégales, et proportionnelles aux nombres 1. 2 et 4, c'est-à-dire aux quantités de sucre présentes dans la iiqueui'. I^iles seront, fin contraire, égales, à quelques milligrammes près, ce qui prouve qu'une quantité déterminée de sucrase produit son efTet toujours le même, sans se préoccuper, comme les acides, de la quantité de sucre présente autour d'elle, et agit comme une force constante cjui, pendant un temps donné, ne peut produire qu'un travail déterminé. Il est vrai qu'elle n'accomplit pas toujours le même travail. Dans les liqueurs ci-dessus, il y a, au bout de quatre heures à 37", environ 5 grammes de sucre interverti. Si on avait mis la même quantité de diastase dans 100 ce. de liquide ne contenant que o gr. de sucre, on aurait trouvé un résidu assez notable de sucre dans ce dernier essai, après le même temps ; c'est que, pour une cause que nous aurons à étudier, l'action se ralentit à mesure qu'elle se complète. Mais, au début, elle marche du même pas, quelle que soit la quantité de sucre présente, et par conséquent n'est pas proportionnelle à la cjuantité de sucre, comme l'avaient trop hâtivement conclu MM. O'SuUivan et Tompson. 104. Expériences de Dubourg. — Ce n'est pas seulement la sucrase qui se comporte ainsi. M. Dubourg (5) a retrouvé les mêmes propriétés pour une diastase de l'urine cjui trans- forme l'empois d'amidon en g-lucose. En la mettant en con- tact avec de l'empois d'amidon à oO'\ et en mesurant après 2 heures et après 24 heures les cjuantités de glucose formées, il a trouvé les chiffres suivants, exprimés en grammes, pour des quantités d'amidon allant croissant comme les nombres de la première colonne. Glucose apr. '2i heures 1,71 1,73 1,70 1,72 1,70 1,73 1,72 Quantité Glucose d'amidon apr. -2 h. 1 gr. 0,34 2 - 0,33 3 — 0,34 4 — 0,32 5 — 0,3G 8 — 0.30 10 — 0,37 |;l.S • CIIAriTlîi: Mil La corislaiico de ces nombres est roinnrquahlo on ce qu'elle se niainlieiil pour deux intei'valles de temps pendant lesquels l'action a été en se l'alentissant de pins en [)ins, (>t ici encore nous trouvons qu'une (jnantité déterminée de diastase produit toujours le méniceirct, (juelle que soit la quantité d'amidon avec ];i(pi(dle on la met en contact. Il faut donc renoncer à l'hypothèse (|ui a servi de base aux calculs de MM. O'Sullivan et Tompson, et qui semble vérifiée par leurs résultats. Il faut accepter leur conclusion, parce qu'elle est conforme à l'expérience, et repousser leurs prémisses, parce qu'elb^s sont en contradiction avec elle. La cliaine du raisonne- ment se rompt donc quelque part, et ce point de rupture est facile à signaler, (i'est quand MM. O'Sullivan et Tompson ad- mettent que, seule, leur hypothèse conduit à une logarithmique. En réalité, beaucoup d'autres hypothèses conduisent à des cour- bes de cette nature. Pour choisir entre ces hypothèses, il faut opérer à l'inverse de MM. O'Sullivan et Tompson ; il faut les soumettre d'abord à l'expérience, puis les introduire dans une équation, si l'expérience les justifie, et chercher si elles con- duisent à une logarithmique. 105. Réaction des produits formés sur l'action de la dias- tase. — Une diastase qui hydrolyserait dans un temps donné une (piantité constante de sucre, comme nous ont paru le faire, au début de l'action, les diastases étudiées plus haut, donnerait une réaction régulière : la quantité de sucre irait, par exemple, en décroissant proportionnellement au temps, et la réaction serait terminée au bout d'un temps facile à calculer, étant connue la (|uantité /// de sucre, qu'intervertit, dans l'unité de temps, et dans les conditions de l'expérience, la quantité de diastase sur huiuelle on opère. Dans un temps t, la quantité de sucre inter- verti serait ml, et si S était la quantité de sucre initiale, la réaction serait terminée au bout d'un temps T tel qu'on ait S = m T, d'où - LOIS (;km;hali:s \)i: laction I)i:s diastasi-.s i;;;) L'expérience est eiitièrenieiit en désaccord avec cette conclu- sion. La réaction n'est jamais celle (jui résulte de cette hypo- thèse ; très active au début, elle se ralentit toujours à la lin. et le temps de l'action est toujours beaucoup plus long que celui qui résulte de l'équation que nous venons d'écrire. Il faut donc qu'à l'action uniforme de la diastase se super- pose une action retardatrice. Comme on s'attache à ne troubler en rien le phénomène, on ne voit guère, a priori, d'autre cause perturbatrice que celle qui pourrait provenir des produits de la réaction. Essayons donc par l'expérience si ces produits ont une réaction réellement retardatrice. Il n'y a pour cela qu'à faire, avec la même quantité de dias- tase et dans les mêmes conditions de température et de milieu, deux expériences comparatives, dont l'une ne contiendra que la matière sur laquelle la diastase doit agir, et lautre cette ma- tière additionnée des produits auxc|uels donne lieu la réaction. Si ceux-ci ont une action retardatrice, la seconde transformation devra s'accomplir plus lentement que la première. Or, c'est toujours ce qui arrive, et non seulement ce fait a été observé depuis longtemps, mais il a été tout de suite rap- porté à sa véritable cause. Payen avait remarqué que l'action de la diastase sur l'empois d'amidon, qui, en général, ne se termine pas et s'arrête à un niveau déterminé, allait beaucoup plus loin lorsqu'on faisait disparaître peu à peu, en le soumet- tant à une fermentation alcoolique, le glucose formé. Payen ne se préoccupait pas, dans son explication, de l'action possible de la levure, et son interprétation a pu être légitimement contestée par MM. O'Sullivan et Kjeldahl. Mais elle est exacte dans ses traits généraux, ainsi que l'ont montré les expériences de M. Lindet. Dans un moût de grains, saccharifié à refus parla diastase, ce savant ajoute, à 62", la quantité de chlorhydrate de pliényl- hydrazine et d'acétate de soude nécessaire pour précipiter non seulement le maltose déjà formé, mais encore tout celui qui pourrait provenir de la saccharification ultérieure du résidu que I iii CM AiTi r.i': Mil la i)r(Mni(~'i'e dii^eslioii a laissé inutlaquc. La moitié environ de (*r résidu disparaît saccharifié dans cos conditions noiivolles. Datis une aiilre expérience portant anssi snr un moût sacclia- rilié à rel'ns, on divise les liquides en deux parties égales dans les([uelles on précipite des quantités inégales de maltose par la phénylliydrazine. En ajoutant à ces deux moitiés des quan- tités égales de diastase, on voit la saccharitication reprendre dans les deux, et marcher plus vite et aller plus loin dans celui dans lequel on a précipité le plus de maltose. En s'adressant à des substances plus faciles h faire disparaître d'une liqueur que les glucoses, on rencontre les mêmes résul- tats. Ainsi, par exemple, dans l'action de l'émulsine sur la salicine, il se forme de la saligénine qui est soluble dans l'é- tlier, et qu'on peut enlever en agitant avec ce réactif le liquide diastasifère. De même pour l'alcool coniférylique produit par l'action de l'émulsine sur la coniférine. Il existe sur ce point deux expériences de Tammann. Dans l'une, de la salicine_, mise à 26'' en présence d'émulsine, avait été hydrolysée dans la proportion de 83 0/0 et ne dépassait pas ce chiffre ; on agite le li(juide avec un tiers de son volume d'éther, pour enlever la saligénine : 24 heures après, la totalité de la salicine avait disparu. Dans une autre expérience, faite toujours à 26", la proportion de coniférine hydrolysée, qui n'avait pu dépasser 42 0/0, a atteint en 24 heures le chilfre de 60 0/0, à la suite d'un traitement à l'éther. On peut, du reste, au lieu d'enlever les matières produites par la réaction, ce qui l'active, ajouter à l'avance ces matières préparées ailleurs, ce qui la retarde. Toutes ces expériences aboutissent à la même conclusion : c'est que les produits de la réaction ont une influence retardatrice. (ïoinme ils augmentent naturellement à mesure que la réac- tion avance, leur influence augmente aussi, et nous sommes naturellement conduits à nous demander si ce n'est pas à cette influence retardatrice qu'est dû le retard croissant de la réac- tion, et la lenteur qu'elle met toujours à se terminer. Nous ])ouvons même aller plus loin et remarquer que l'introduction Lois (ii;.\i:rvALi:s di; i.actio.n I)i;s diasiasi'.s mi de cette force retardatrice doil nous couduii-e à la même courbe logarithmique que celle sui' la(juelle MM. OSullivau et Tonipsoii ont appuyé leur ari^umeutatiou. Tra(;oiis en elfet (iig. 7) la courbe représentative de la loi de décroissance du sucre en prenant comme abscisses les temps écoulés depuis le commencement de l'expérience, et pour or données les quantités de saccharose encore présentes à chaque instant. La courbe part du point S, représentatif de la quantité s \ S-i NT Nh S V -.-,._ 1 r ■ r. i de saccharose initiale, s'abaisse ensuite, rapidement d'abord, plus lentement ^rrs la fin de l'action. A un moment quelconque T, la cpiantité de saccharose non encore transformé est TM=r5', la quantité de sucre déjà interverti peut être représentée par MI = S — s- ; cela posé, la loi de la courbe, si c'est une loga- rithmique, est que la décroissance MN de Fordonnée, quand on passe du temps T au temps Tj. est proportionnelle à la longueur de cette ordonnée, ce qui veut dire, en revenant aux notions concrètes, que la diminution dans la quantité de saccharose est proportionnelle à la quantité de saccharose présent dans la liqueur, ("/est donc, dans cette conception, l'influence décroissante des quantités de sucre non transformé qui com- mande la foi-me de la courbe. Or, cette influence retardatrice pourrait être remplacée par l'influence retardatrice des (juan- \',-2 (:ilAIMT!;|-. Mil tités croissantes de sucre inici'vci'ti, car, la somme MT+MI étani; constante, la loi de décroissance de MT esi la iiicme (jue la loi de croissance de MI. La logarithmique tracée expérimen- talement par MM. O'Sullivan et rom[)Son saccommode donc tout aussi bien de la première conception que de la seconde, (pii a l'avantai^e d être seule d'accord avec rexpériencc. 106. Formule provisoire. — Le langaij;e matliémati(jue permet de préciser ces notions générales, et nous allons pou- voir arriver, en prenant toujours l'expérience pour guide, à une formule de l'action des diastases, autre (pie celle (pie nous avons donnée ))lus haut pour les acides, et plus d'accord avec les faits. Soit à intervertir une solution sucrée contenant une (juantité S de saccharose par nnité de volnme. Appelons /// la quantité de sucre (pie transformerait, dans l'unité de temps, dans les conditions et la température de l'expérience, la quantité de sucrase employée. Nous savons qu'au début de l'expérience, lorsque 1 influence des produits de la réaction est nulle ou en- core faible, l'action a tous les caractères dune action constante, (j[ue les quantités de sucre interverti sont les mêmes j^cndant le même temps, quelle que soit la ({uantité de sucre. Nous pou- vons alors écrire cjue la diminution — Av de la quantité de sucre, si elle ne dépendait (pie de l'action de la diastase, serait proportionnelle au temps, et qu'on aurait : — Av = ?ni^/. L'influence des produits de la réaction est retardatrice, et intervient pour diminuer la quantité m, qui sans cela serait constante, d'une fraction croissante avec la quantité (S — s) de sucre interverti, et qu'on peut, dans une première approxima- tion, lui supposer proportionnelle. En appelant n un facteur qui dépend non de S, mais des conditions extérieures (ju'on maintient constantes, et (]u'on peut dès lors supposer aussi constant, au moins dans une même expérience, la quantité m est donc diminuée de la quantité jjni (S — s), et devient : Lois (ii:M;i5ALi:s \)v: i.actio.x dks diastasiis li;; /// — ///// (S — .s) = /// ; 1 — // (S — s)\. Un a donc, si nos hypothèses sont exactes : — As- ^= )/i\l — /i (S — .s) A/. Ici, une première véritication s'impose. Si cette équation est exacte. As devient égal à zéro, ce cjui veut dire que la réaction s'arrête, lorsqu on a 1 _ ,t (S — >^) = 0, d'où S — .V = - Ceci revient à dire que dans aucune expérience d'interver- sion de sucre, la quantité de sucre interverti ne pourrait dé- passer un certain nombre - . Cette conclusion est entièrement en désaccord ■ avec la réalité. L'expérience apprend en effet, comme nous l'avons vu, (|ue toute interversion commencée se termine, si on lui en laisse le temps. Il y a, il est vrai, des transformations diastasicjues qui ne sont jamais complètes. Mais l'expérience apprend à leur sujet qu'elles s'arrêtent, non pas lorsque la quantité absolue de matière transformée est constante, comme le voudrait l'équation ci-dessus, mais lors- cjue la proportion de matière transformée est constante, ce qui est tout différent. Je ne prendrai pas d'exemple dans l'action diastasique la plus connue sous ce rapport, celle de l'amylase sur l'empois d'amidon, parce que les conditions de l'action sont un peu trop complexes. Mais on peut en demander à l'action de l'é- mulsine sur divers glucosides. Je trouve, par exemple, dans le travail de ïammann visé plus haut, des chiffres qui ont été recueillis pour un autre objets mais qui n'en sont que plus probants pour la thèse que je soutiens. Tammann a fait agir, à 46", une même quantité d'émulsine sur des quantités de sali- cine croissantes comme les nombres 1, 2, 4, 8 et 16, et a trouvé que, au bout de 16 heures et de 24 heures, les proportions de salicine hydrolysée atteignaient les chiffres suivants lii CIlAlMTIih: \lll Salicinc Salicinc h.i (drolysce employée ap. 16 heures. ap. -'i heur 0,ISS 94,2 0/0 94,:2 0/0 0,370 94,. i 94.3 0,752 94,4 94,5 n,:jo3 94,5 9;,4 3,007 9'f,4 94,4 L'aclioli lie s'ai'irt(! donc pas lorsqu'il y a une quantité cons- (ante, mais une proportion constante de salicine décomposée. Gomme c'est la même quantité d'émulsine qui a agi partout, elle était certainement en excès dans les solutions de salicine les plus pauvres, mais l'action n'a pas été poussée pour cela plus loin. Mêmes conclusions pour des solutions de coniférine qui ont été traitées par l'émulsine. Coniférine Con iférine hydr olysée employée. ap. 16 heures. ap. 24 heures. 0,377 43,2 42,3 0,S00 42,0 42,0 Ce sont donc les proportions qui paraissent jouer, quand il s'agit des diastases, le rôle que jodent les quantités absolues quand il s'agit des acides. C'est là une notion qui peut paraître étrange, et nous fait sortir de nos habitudes d'esprit. Mais si l'expérience Fimpose, il faudra bien s'y habituer. Nous sommes confirmés dans cette vue en nous rappelant l'expérience de p. 8, dans laquelle nous avons vu que la même quantité de sucrase, qui donnait o grammes de sucre interverti en 4 heures dans des solutions contenant 10, 20, 40 grammes de sucre, en don- nait monis dans une solution qui n'en contenait que o grammes dans le même volume. C'est que la proportion — 7— du sucre intei'verti au sucre initial était plus considérable dans cette dernière solution que dans les autres. Nous sommes donc con- duits par l'expérience à modifier notre première conception, et à remplacer, dans l'équation écrite plus haut, la quantité S — s ... ^. S — s l)ar la traction — — , ce qui permet d écrire : — A .S' = m (1 — n ^ )A^. LOIS CxÉNÉRALES DR L'ACTION DES DIASTASFS 115 Cette fois, il y a concordance avec l'expérience. La réaction s'arrête lorsque : S — 6- 1 _ ,, __ ^ d'où: ^.Hi^i S n et la valeur de n est môme facile à calculer, on a eu elfct, pour Témulsine et la salicine, et dans les conditions de l'expérience relatée ci dessus : 1 944 ,, , - = -— don // = 1,06. n 100 De même pour l'émulsine et la coniférine : 1 /i2 -=— d'où/? = 2,39. ?i 100 Enfin pour les réactions qui, comme celles de la siicrase sur le saccharose, se terminent toujours, on a .s =^ 0, d'où y^ == 1 . Ici se présente une remarque intéressante. Pour ces réactions, c'est-à-dire quand ?i = 1, l'expression de \s se simplifie, et devient tns Si on la compare avec l'expression correspondante écrite plus haut (100) au sujet de l'action des acides, on voit qu'elle n'en diffère que par Tinh^oduction da rapport - . La diminn- tion de la quantité de sucre dans le temps \t n'est donc pas proportionnelle à la quantité ahsolue de sucre, comme dans le cas des acides, mais proportionnelle à la proportion de sucre encore existant dans la liqueur initiale. Par suite nous n'am'ons pas, comme dans le cas des acides, des actions qui s'accompliront dans le même temps, quelle que soit la dose de sucre, mais des actions qui, étant d'autant plus lentes à chaque instant que les quantités de sucre employé sont plus 10 i;,; CIIAIMTIÎI', VIII fortes, ii-uiil ou aui^iiiciilaul de diin'-o pi-oportioniiellcment à la (loso (lo sucro. Oïl peut (lu l'csle préciser celle notion et la généraliser en se servant du calcul, qui permet, par des voies simples ('( régulières, de passer de Técpuition écrite ci-dessus, et (pii exprime une relation entre des (piantifés infiniment pe- iKes, ;i l'expression des valeurs finies de S et de /. On a en ettet, en ap[)elant, comme plus haut, .v, la quantité de sucre non encore transformé au temps / : S / mnt et m n S — i' 1 — V — : — On voit, dans ces équations, d'abord que nous aboutis sons, comme nous pouvions nous y attendre, à une loga- ritlimi(jue comme avec l'hypothèse de MM. O'SuUivan et Tompson. Dans le cas où y# = 1, la dernière équation peut s'écrire : / = -1 - m s et ne ditl'ère de celle que nous avons écrite plus haut (lOO) que par l'apparition du facteur S, qui n'existait pas dans le cas de faction des acides, et qui nous assure qu'ici la durée de l'action croit proportionnellement à la quantité de sucre. D'une manière gcncrale, si on a plusieurs actions diasta- siques marchant parallèlement dans les mêmes conditions avec des (piaulités égales de diastases et des quantités dif- férentes de sucre, les temps nécessaires pour arriver à des , , S — s proportions égales — — - de sucre transformé seront propor- tionnels aux quantités de sucre présentes, et il en sera de môme naturellement pour les durées totales de l'action. Il est à remarquer que les durées de l'action totale sont toujours données comme infinies par le calcul, qu'il s'agisse des LOIS GENERALES DE L'ACTION DKS DIASÏASES 147 acides ou des diastases. (^omme, dans une loi;aritlimi([ue, la di- minution de l'ordonnée est toujours proportionnelh' à l'ordon- née, elle ne se réduit jamais à zéro. La courbe est asymptote à l'axe des x^ et ne le rencontre qu'à l'infini. Mais prati(jiienient la réaction est terminée quand nos méthodes analytiques deviennent incapables d'en apprécier le progrès, et par consé- quent, pratiquement, la transformation a toujours une tin. BIBLIOGRAPHIE l^oir celle du chapitre suivant) CHAPITRE IX MESTTUE DES CONSTANTES Nous sommes donc arrivés ;\ dos équations qui nous per- mottcnt do comparer à chaque instant les nombres que fournit l'expérience à ceux que fournit le calcul, et par conséquent de voir si les hypothèses que nous avons introduites dans cette étude sont d'accord avec les réalités. Elles se rapportent toutes aux valeurs données à m et à n. Voyons comment on peut calculer ces constantes dans chaque expérience. 107. Étude de la constante n. — On pourrait considérer le problème comme résolu pour n. Nous savons que pour avoir la valeur de ce coefficient, il suffit d'étudier la réaction lors- (juclle est à terme, c'est-à-dire lorsqu'elle est arrivée à la limite qu'elle ne peut pas dépasser, dans les conditions de température et de milieu dans lesquelles on opère. Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est que la valeur de n ne sera une cons- tante que pour des expériences faites dans les mêmes condi- tions, et pourra varier si les conditions de l'expérience chan- gent. Il suffit, pour s'en convaincre, de revenir à la définition de ce coefficient : il représente l'influence retardatrice des pro- duits de la réaction, ou, d'une façon plus précise, la fraction dont est diminuée à chaque instant la quantité m^ définie comme nous l'avons fait plus haut. Si cette fraction était constante pendant la durée d'une expé- rience, on comprend que son influence disparaîtrait ou plutôt deviendrait insaisissable. La réaction serait seulement ralentie mais s'accomplirait suivant la formule : MESURE DES CONSïANTI-:s liO et serait représentée par une ligne droite. Tel serait le cas, par exemple, pour une influence retardatrice existant dès l'ori- gine, et s'exerçant sans subir aucune variation pendant toute la durée de la réactiou. Telle celle du maltose, par exemple, ajoutée au préalable dans de l'empois d'amidon qu'on veut saccharifier. Si la courbe de la réaction était une ligne droite, la présence de ce maltose ne l'empêcherait pas d'être encore une ligne droite, qui serait seulement plus inclinée sur l'axe des temps. C'est au contraire un retard croissant qui nous donne la forme de la logarithmique. Mais ce retard peut avoir diverses origines. 108. Influence des produits de l'action. — Nous avons montré, dans le chapitre précédent, qu'il était imputable parfois aux produits de la réaction, et même qu'il augmentait non pas avec la quantité absolue S — s des produits formés, mais comme leur proportion — -— , et de plus cju'il était j^i'oportion- nel à la valeur prise par cette fraction, qui varie de à 1 lorsque s varie de Sa 0. 109. Influence de l'hétérogénéité de la matière qui se transforme. — Nous verrons bientôt, à propos de l'amidon, qu'il peut y avoir une autre cause de retard et même d'arrêt, lorsque la matière introduite eu quantité S n'est pas homogène, c'est-à-dire est formée de parties inégalement attaquables. Dans ce cas, c'est la partie la plus facilement accessible à la diastase qui est transformée la première. Puis l'action, h mesure qu'elle se continue, s'affaiblit pour deux raisons, d'abord par suite de l'influence retardatrice croissante des produits de la réaction, puis parce que la matière non encore atteinte est formée des parties plus résistantes respectées dès l'abord. Ce défaut d'ho- mogénéité de S n'est pas facile à introduire dans la formule de l'action. Cela n'est heureusement pas nécessaire pour que nous puissions nous faire une idée, en gros, de son influence. i;;0 CIIAlMTr.K IX 110. Influence de la température. — Il est clair, cii outre, (|iie riiilliieiice de la température ne pourra manquer de se faire sentir, sans qu'on puisse j)ourtant en prévoir le sens, sur la valeur de n, qui, représentant une réaction des circonstances extérieures, quelles qu'elles soient, sur une action de diastase, ne peut pas ne pas dépendre de la température ambiante. C'est ainsi qu'il arrivera que des actions qui ne se terminent pas à basse température se terminent à température plus élevée, ou inversement. 111. Réversibilité des phénomènes diastasiques. — Enfin, il y a un dernier cas, c[ue nous aurons à relever lorsque nous nous occuperons de la maltase, où l'influence retardatrice croissante des produits de la réaction pourra tenir à une toute autre cause, à ce qu'on arrive à un état d'équilibre réversible. 11 suffit, pour se faire une idée de ce qui se passe alors, de se rapporter au phénomène tout à fait analogue de l'étliérifica- tipn, si bien étudié par Berthelot et Péan de Saint-Gilles. Quand on met dans de l'eau un éther, il se décompose avec absorption de une ou plusieurs molécules d'eau, et par un mé- canisme chimique tout à fait analogue à celui qui acom pagne l'interversion du sucre : C/tP.C/H'O^ + IPO = C=tPO + C-IVO' éther acétique alcool acide acétique G'^l-P^O" H- IPO = C'^I-P^'O^ +C/1P''0*^ saccharose d-glucose d-fructose Seulement, dans le cas de l'éther, la décomposition s'arrête quand il y a dans le liquide nue certaine proportion d'alcool et d'acide libre. Inversement, si on met dans le liquide cet alcool et cet acide libre, ils se recombinent et donnent une réaction inverse, limitée aussi, comme la première, de sorte que les proportions relatives de l'éther, de l'alcool, do l'acide et de l'eau sont les mêmes, une fois l'équilibre atteint, que l'on soit parti de 1 éther comme point de départ ou du mélange d'alcool et d'acide. La limite commune des deux réactions contraires MESURE DES CONSTANTES i:il est lu même, et dépend des proportions relatives des corps mis en présence. La réaction entre l'acide et l'alcool, lorsqu'on les prend pour j)oint de départ, et qu'on les mélange dans les proportions qui constituent l'éther, c'est-à-dire en proportions moléculaires, ou la décomposition de l'éther, lorsque c'est par ce côté là qu'on arrive à l'équilibre, doit donc s'accomplir suivant la loi loga- rithmique, la limite de la réaction correspondant à une valeur déterminée du rapport — —— , où S — y peut être considéré comme représentant la quantité d'éther déjà décomposée, et S la quantité initiale. Si des actions analogues peuvent se pro- duire pour les diastases^ nous aboutirons là aussi à un état d'écpiilibre, difTérent de cenx que nous avons envisagés jusqu'ici en ce qu'il pourra être atteint de deux côtés, soit par voie de dislocation d'une manière complexe, soit par voie de reconsti- tution des matériaux plus simples provenant de cette disloca- tion. Il pourra donc y avoir des actions diastasicjues aboutissant à une limite et non réversibles. Telles sont d'après Tammann, qui a eu le premier l'idée de les étudier à ce point de vue, les diverses actions auxquelles préside l'émulsine. Mais il pourra aussi y avoir, comme vient de le montrer M. Hill, des actions diastasiques réversibles, une diastase provoquant la dislocation d'un bisaccharide en deux sucres, une autre diastase ou la même provoquant la recombinaison des deux sucres séparés, avec élimination d'une molécule d'eau. Ces phénomènes chimiques, réversibles à la faron des phé- nomènes physiques, ne sont possibles, comme on sait, qu'à une condition, c'est qu'à la température où ils s'opèrent, la réaction d'équilibre ne dégage que peu ou pas de chaleur. Si elle n'en dégage pas, l'état d'équilibre est sensiblement indépendant de la t^fip^érature : c'est le cas de l'éthérification. Si elle en dé- gage peu ou en absorbe peu, l'état d'équilibre varie avec la température. Tel est le cas pour les actions de diastases. MM. Brown et Pickering ont, en effet, mesuré d'une façon précise la chaleur d'hydrolysation pour le saccharose interverti j52 CIIAlMTin-: IX uiw 1.1 siioraso. et celle de raniidoii soliible saccharifié par la diaslaso du malt. Nous verrons, à propos de l'histoire particu- lirro de chacune de ces diastases, comment ils ont opéré. Je me coii lente ici de donner leurs résultats. Ils ont trouvé les jinnd)rcs suivants exprimés en petites calories : Pargr. Pour Ci2H220ii(3/i3) 2,6 889 11,21 3833 Chaleur de transform. de l'amidon soluble en maltose. » du saccharose en sucre int. . . . Le nombre est faible pour l'amidon. On peut en conclure que la réversibilité sera théoriquement plus facile pour lui que dans le cas de l'inversion du saccharose, et pour ce dernier plus facile que dans le cas de la fermentation alcoolique du sucre interverti, où la chaleur de transformation, exprimée au moyen de la même unité, serait de 33.000 environ. En résumé, c'est l'action terminée qui nous donne n ; c'est l'action à ses débuts qui va nous donner m. lis. Mesure de la constante m. — Considérons, en effet, l'action à ses débuts, au moment où le facteur /i (S — .s) est encore négligeable. Pendant quelque temps l'action progresse proportionnellement au temps, et on a : — ^s = mAt La valeur de m a, dans ces conditions, une représentation géométrique très simple. Soit, en etiet, SA [ï\^. 8) la courbe de l'interversion. Dire que l'ordonnée diminue proportion- nellement au temps, c'est dire qu'à l'origine, sur une certaine longueur SM, la courbe se confond avec une ligne droite ST. On Aoit alors c[ue : en appelant a l'angle de la droite ST avec l'axe des temps. 11 est d'ailleurs évident que la droite ST est la tangente à la courbe, h son origine. Nous arrivons donc à cette conclusion que la valeur du coefficient m, qui, seul, dans l'équation de MESURE DES CONSTANTES 153 la logarithmique, mesure l'action de la diastase, est la tan- gente de l'angle que fait avec l'axe des temps la tangente à l'origine de la courbe d'interversion. Le tracé empirique d'une tangente comporte toujours beau- coup d'incertitude, surtout sur une courbe déterminée par points. Il arrive heureusement, d'ordinaire, que la courl)e se confond assez longtemps avec sa tangente pour qu'on puisse déterminer deux ou plusieurs points du parcours commun, ce qui revient à dire que l'action à ses débuts reste proportion- nelle au temps pendant une période suffisante pour que l'on puisse faire plusieurs déterminations. Si elles sont concordantes, c'est-à-dire si elles s'échelonnent sur une même droite, le tracé de cette droite sera facile. On sera d'ailleurs averti du moment où intervient l'influence perturbatrice des produits de la réaction par celui où la courbe se détachera nettement de sa tangente à l'origine. On trouve, disséminées dans divers mémoires, même dans ceux qui ne les cherchaient pas, des preuves de cette pro- portionnalité de l'action au temps. Mayer et moi l'avons, je crois, observée les premiers indépendamment l'uu de l'autre. Mayer s'est servi d'une solution très étendue de sucrase, qu'il a mélangée à une solution de sucre de canne à 10 0/0. Il a dé- -l-ii CIlAlMTIil': IX tciluilié iiniiK'diatenieul, puis à divers intervalles, les qucintités totales de sucre interverti, et il eu a déduit les quantités de sucre iiilerverti [)ai' heure pendant chacun des intervalles consi- dérés. L'expérience a donné les chitfres suivants : Sucre inter' i-erU pour 100 Temps en tolalilé par heure 1 » 1 heure 1,6 » 17 h. 1/2 18,2 1,0 22 h. 1/2 23,4 1,0 44 h. 39,8 0,8 95 h. 66,2 0,5 120 h. 74,4 0,33 145 h. 83,2 0,33 On voit que, pendant les 20 premières heures, la quantité de sucre interverti par heure est à peu près constante, et que la pro[)ortionnalité n'existe plus dès qu'il y a environ 2o 0/0 du sucre interverti. J'avais trouvé de mon côté que la limite était 8 0/0 pour des solutions à 30 et 40 0/0 de sucre. Mais l'impor- tant n'est pas le moment où la proportionnalité cesse, c'est qu'elle existe pendant une durée assez longue pour qu'on puisse faire plusieurs observations concordantes propres à assurer la valeur de m. Nous pouvons trouver, dans le mémoire cité d'O'Sullivan et Tompson, un autre exemple, intéressant parce que la transfor- mation y a été rapide. Les nombres qui suivent se rapportent à l'inversion, à 15", 5, d'une solution à 20 0/0 de saccharose, con- venablement acidulée. Le tableau donne les intervalles des prises et les proportions de sucre interverti. Au début 0, oj 'o de sucre interverti ap. 5 minutes 3,1 — \Ty — 9,8 — 30 — 19,2 - 57 — 33,6 — 90 — 45,8 — 120 — 58,5 150 — 67,4 — 210 — 79.8 240 - 84,4 — 270 — 87,3 — 430 — 95,1 1 470 — 00.2 48 lieures 100,U MESURE DES CONSTANTES . 155 Nous avons doiiiié la série à peu près complète des détermi- nations comme exemple d'une étude bien faite, et pour montrer qu'une action qui marche vite à ses débuts peut être longue à se terminer. Pour le moment, nous ne prenons cle ces chift'res que les premiers, qui montrent que pendant la première demi- heure, et jusqu'à ce qu'il y a eu environ 20 0/0 du sucre in- terverti, l'action a été à peu près proportionnelle au temps. La quantité de sucre interverti par minute dans les condi- tions de Texpérience qui précède, ou la valeur de nu est facile à calculer. La liqueur contenait par 100 ce. 20 grammes de sac- charose dont 3,1 0/0, soit gr. 62, ont été intervertis pendant les 5 premières minutes ; cela donne gr. 124 par minute. On trouverait de même gr. 13 pour le premier quart d'heure. gr. 128 pour la première demi-heure. Puis les nombres dé- croissent de plus en plus, mais ils sont assez bien déterminés pour cette première période. Nous pouvons donc désormais tabler sur une détermination assez précise de la valeur de m. Elle est ici égale à gr. 127. 113. Influence de la quantité de diastase. — Eu simpli- fiant, comme nous venons de le faire, l'étude de l'action d'une diastase, et en la réduisant à celle de l'inclinaison d'une droite sur l'axe des temps, nous allons pouvoir rendre intuitives quelques notions importantes que le calcul viendra du reste confirmer. Soit S T (fîg. 9) la tangente à l'origine de la courbe d'interver- sion d'une quantité OS de la saccharose. Le point T auquel elle vient couper l'axe des temps est la durée / qu'aurait le phéno- mène s'il n'était pas troublé par l'intervention des produits de la réaction, et s'il marchait constamment avec sa vitesse originelle. On a en efiet : OS s m = tcjrj. = -^=-. Imaginons maintenant que, sans rien changer à la tempéra- ture et aux conditions de l'expérience, nous ayons opéré sur un d;jC) CIIAPITIIK IX poids tic sucre double, dissous dans la même quantité de liquide et avec la môme quantité de diastase. Notre courbe partira d'un point plus élevé S', tel (pie OS' = 2 OS. Et comme l'action d'une diastase an dépari ne dépend .00 » 2,57 » On voit que tant que l'action reste à ses débuts, la quantité de sucre produit reste proportionnelle à la quantité de diastase. Cette loi ne se vérifie pas pour toute la durée de la réaction, mais nous savons qu'elle ne peut plus être vraie dès qu'inter- vient l'action perturbatrice des produits foi'més. Ce qu'il faut alors comparer, ce ne sont pas les quantités d'action pendant le même temps, mais les durées de quantités d'action égales. C'est pour avoir oublié cette notion essentielle que Kjeldahl, Mayer, ont échoué dans leurs tentatives pour mettre en évi- dence cette proportionnalité. C'est parce que MM. O'Sullivan et Tompson avaient adopté le mode d'évaluation signalé plus haut qu'ils ont pu vérifier la loi dans des limites beaucoup plus étendues. Ils ont en effet mesuré^ aux températures de 15°, 5 et de o()°,o, les durées nécessaires pour qu'une solution de sucre arrive au zéro dans l'appareil de polarisation, en présence de quantités variables de sucrase. Ce passage par le zéro correspond, nous l'avons dit, à l'interversion de 74 0/0 du sucre. Voici les nom- bres qu'ils ont obtenus : en A, ce sont les nombres bruts, 11 |,;.2 CIIAIMTIÎI''. IX ôvaliK'S en inimités ; en J{, on trouve les produits des deux nombres qui représentent la quantité de sucrase et la durée de l'aclion. Les solutions sucrées étaient ;ici(l:ilées de façon à donner Fiiction la plus rapide possible. n'iiipcralure. Sucrase. A B 'i5o,r; 0,15 gr.immcs. 283 niiiuites. 424,5 » » 0,45 — •V.,8 — 426,6 » » 1,50 — 30,7 — 460,5 560,5 0.0345 — 157,6 — 54,4 » » 0,0722 — 74,8 — 54,0 On voit que, surtout pour la température de 56", le produit ;/// de la quantité de diastase par la quantité d'action est con- stant. Or, quand, comme dans ce cas, il y a eu intervention des produits de la réaction sur sa marche, il faut, d'après l'équation : mt = - 1 S il — .S — s pour que le produit ml soit constant pour des quantités — ; — d'action égale, que u le soit aussi. Voilà donc vérifiées deux des hypothèses sur lesquelles nous avons basé toutes nos déductions. 118. Etude de la présure. — Cette proportionnalité inverse entre la dose de diastase et la quantité d'action se vérifie très bien aussi, et sans tant de difficultés, pour la présure : elle se vérifierait sûrement aussi pour les autres diastases coagulantes, parce que, avec elles, les produits de la réaction ne peuvent reiitraver, puiscpi'ils prennent l'état solide. La difficulté est de trouver un terme délini à la réaction. Avec le lait, on y arrive assez facilement quand on le coagule dans des tubes à essai ou des flacons allongés. Le lait forme, une fois coagulé, une masse solide qui reste adhérente au vase quand on le renverse. Dans un vase plat, le moment de la coagulation peut être aussi exactement apprécié en enfonçant dans la masse la lame d'un couteau ou le doigt. La boutonnière formée doit MESURE DES CONSTANTES iCV.i avoir des lèvres nettement coupées, et le liquide qui s'y réunit doit être transparent. Quand on opère à température constante, et qu'on ajoute à du lait des quantités inégales de présure concentrée, on obtient pour la durée de la coagulation des chitl'res variables qui sont en raison inverse des quantités de présure introduites, comme l'avaient remarqué, les premiers, MM. Segelcke et Storch. L'expérience suivante donne une idée de la précision avec laquelle la loi se vérifie. Dans mes expériences, la présure employée était de la présure de Hansen, de Copenhague. On en a mis la même quantité, 1 ce, dans les volumes de lait indiqués, en ce, dans la première colonne. La seconde donne les durées de coagulation de ces mélanges divers à la température de 36°, o. La troisième donne le produit mt de la proportion de diastase par le temps de coagulation. ileurs de m. T. de coag ;uIalion. Produit mt t/24,000 240 minutes. 100 1/12,000 44 — 275 1/8,000 30 — 266 1/6,000 21.30" 270 1/4,000 15' 266 t/3,000 iV 273 1/2,000 7.30" 266 1/1,500 6.20' 240 i/500 4.20" 120 4/250 3.30" 80 1/173 3.20" 40 On voit que la loi se vérifie bien pour des volumes de lait compris entre 2.000 et 12.000 fois le volume de présure, mais qu'en deçà et au delà de ces limites, elle cesse d'être exacte. Cela tient à des causes diverses connues sur lesquelles je reviendrai. Pour le moment, ce qui doit nous frapper, c'est que la loi se vérifie d'une façon aussi précise pour une action dias- tasique aussi différente de celle des diastases liydrolysantes. Lœrcher est arrivé aux mêmes résultats en ajoutant à du lait des solutions étendues de présure, employées aux doses de 0,01 ce. à 1 ce, dans 10 ce de lait chauffé et maintenu à 37". Voici les nombres obtenus rangés en série. La série de I(i', CIIAI'ITIJI': IX (li'oilo est olitcnuc avec des proportions de présure décuples de celle de gauche, et on a calculé pour chacune des expérien- ces le produit mt. Doses de Temps de Pioduil Doses de Temps de l'roduit présure coagul. mt. présure coagul. lut 0,01 c. c. non ol)s. 0,1 c. c. 4:5 4:^0 0,02 245 min. 490 0/2 24,5 490 0,03 155 465 0,3 16 480 0,04 126,5 485 0,4 12,5 500 0,05 92 460 0,5 10 500 0,06 78 468 0,6 8,75 525 0,07 69,25 485 0,7 8,16 561 0,08 63 504 0,8 7,5 600 0,09 56 50 i 0,9 6,7 603 0,10 43 430 1,0 6 600 Il y a dans ces nombres des irrégularités singulières, le phénomène étant certainement régulier et continu, mais on voit encore que, dans la zone moyenne, pour des proportions de présure qui ne sont ni trop fortes ni trop faibles, la loi se vérifie bien. 119. Expériences de O Sullivan. — Nous pouvons enfin donner une vérification en bloc de la formule générale . s , m n , S 1 — ;^ - en recourant à des expériences de O'Sullivan faites dans des conditions où on pouvait ne pas s'attendre, a priori, à voir une telle loi apparaître. Ce savant a observé, et c'est un point sur lequel nous reviendrons, qu'une levure de Bass fraîche et saine, mise en suspension dans l'eau, n'y laisse pas transsuder de sucrase, ou presque pas. Mise en contact avec une solution de sucre, elle l'intervertit pourtant, et même avec quelque rapidité ; mais cette interversion est un phénomène intracel- lulaire, ou au moins ne s'accomplit qu'au contact de la cellule, car si on filtre le mélange avec assez de soin pour qu'aucun globule de levure ne traverse le filtre, toute interversion s'ar- MESURK DKS COXSTAXTKS lOo rète dans ]e liquide filtré. Il ne contient donc pas de sucrase soluble. De plus^ pendant les premières heures du contact de la levure et du sucre, il n'y a pas d'alcool produit. On peut donc admettre que tout se passe comme si, en introduisant de la levure dans de l'eau sucrée, on y introduisait autant de centres d'action diastasique qu'il y a de cellules. En maintenant celles-ci en suspension par un courant d'air, qu'on peut du reste remplacer par un courant d'acide carbonique, on assure leur égale répartition dans le liquide et l'homogénéité du système. La levure hydrolyse peu à peu le sucre à l'aide de la diastase toute faite qu'elle contient, et ne semble pas en fabriquer de nouvelle dans un liquide où elle ne rencontre que du sucre. Quoi qu'il en soit^ on voit apparaître, dans ces con- ditions nouvelles et singulières, la loi écrite plus haut. Elle se simplifie en ce que, pour le sucre et la sucrase, la valeur de /i, comme nous l'avons vu, est égale à l'unité. On a donc l'équation : m s Chose curieuse, M. O'Sullivan ne songeait pas à vérifier cette formule dans ses essais, mais bien la formule : m s à laquelle le conduisait sa conception du phénomène (102). Il a donc mesuré, à divers intervalles, t, S, .s", et de ces mesures il a tiré les valeurs de m. Dans sa conception et d'après sa formule, ces valeurs eussent dû croître avec la proportion de levure, et être indépendantes des doses de sucre comme elles le sont dans le cas des acides. Il trouve au contraire, et il remarque lui- même qu'elles varient en raison inverse des quantités de sucre, la quantité de levure étant la même, de sorte qu'on a : , /// m = - . S C'est donc en réalité la formule que nous avons proposée (pii ressort de l'expérience, et non celle de O'Sullivan. iOfi CIIAPITIIK IX Poui' donner une idée de l'approximation avec laquelle elle se vérifie, nous allons citer les résultats de deux expériences comparatives faites avec la même levure, mise en contact avec des solutions de sucre à des titres variés : 5, 10, 20, 30 0/0. Dans chacune de ces liqueurs, on mettait gr. 5 et 1 gramme de levure, qu'on maintenait en suspension à l'aide d'un courant d'air. Au bout de 30, 00, 120 minutes, on prélevait un échan- tillon qu'on étudiait au polarimètre. On avait donc, pour chaque cas, les valeurs de *f. S, s, et on en tirait, pour chaque expé- rience, trois valeurs assez concordantes de ?)i' f t S m = - 1 - . t s C'est la moyenne de ces valeurs de m' qui est donnée ci-des- sous pour les 3 liqueurs sucrées additionnées de gr. 5 et de 1 gramme de levure. Séries Sucre Levure Valeur de >«' Valeur de »;'S = 7)1 5 o/o Ogr.5 0,0027 0,000135 1 Kr. 0,0057 0,000285 10 o/o 0?r.5 0,0013 0,0001.30 t pr. 0,0026 0,00026 20 o/o 0?'-.5 0,0007 0,000140 1 gr. 0,0012 0,00024 30 o/o 0g'-..5 0,00035 0,000105 1 P-. 0,0006 0,00018 5 o/o 0gr,8 0,0045 0,00022 10 o/o 0g"-,8 0,0022 0.00022 20 o/o 0g>-.8 0,0010 0,00020 X On voit que la loi apparaît nettement an travers de la com- plication de l'expérience et de la délicatesse des mesures. La quantité m croît prop')rtionnellement à la quantité de levure ou de diastase. La vérification est moins bonne pour les solu- tions sucrées à 30 0/0. Mais O'Sullivan remarque que pour cette concentration, la cellule de levure se contracte et réduit son volume de 1/5 environ. En outre la liqueur est visqueuse. Il n'est donc pas étonnant que l'action diastasique faiblisse dans ce cas. Ce qui est étonnant, c'est qu'une loi faite et écrite pour une réaction entre des substances solubles se retrouve aussi exacte MKSIIRK DFS CONSTANÏKS 107 pour une réaction où entrent dos cellules vivantes. Ceci nous prouve que tout ce qui précède est vrai, non seulement dans le domaine de lu chimie^ mais dans celui de la physiologie, et qu'il y a des échang-es cellulaires qui peuvent se comporter comme des réactions purement chimiques. ISO. Expériences de Moritz et Glendinning, — Enfin, je signalerai une dernière conséquence, d'accord à la fois avec la théorie et avec l'expérience. Supposons que dans une action diastasiqne où ?i est plus grand que l'unité, et où la valeur maximum de S — \ est donnée, comme plus haut, par l'expres- sion : S — 6- i_ S )i on ajoute, une fois la réaction arrêtée à ce terme, une quantité nouvelle de la substance transformable par la diastase. Il est clair que la réaction va reprendre, et que la portion ï ajoutée va se tranformer jusqu'à ce qu'il en reste une quantité finale / telle que : T — ^ _^ 1 T ~n de sorte que la réaction s'arrêtera de nouveau à son terme initial, si on maintient constantes les conditions dans lequelles elle s'accomplit du commencement à la tin. On a donc ici le fait curieux d'une diastase qui reste inerte aussi longtemps qu'on voudra, dans la première partie de l'expérience, alors qu'il reste encore la quantité s de matière à transformer, et qui recom- mence à agir lorsqu'on lui donne à digérer de nouvelle matière en tout analog'ue à s. C'est au moins ce qui résulte de nos formules. Or la réalité du fait résulte d'une foule d'observations déjà faites, parmi lesquelles je relèverai comme les plus concluantes celles de MM. ]\Ioritz et Glendinning sur la saccharification de l'amidon. Une fois cette saccharitication à terme à une température quel- conque, par exemple 52", ils la partagent en deux moitiés dont 108 CIIATITIîK IX ruiic ost réservée pour ranalysc. Dans l'autre, ils mettent une quantité d'empois d'amidon égale à celle qu'elle contenait pri- mitivement, et recommencent la saccliariiication h 52". Il n'y a de diastase que la moitié de celle qui existait primitivement, et qui semblaiT; inerte. La saccharificatiou recommence pourtant. Au bout de 2 heures on opère sur ce second liquide comme sur le premier, c'est-à-dire avec le quart de la diastase initiale, et le quart de l'empois d'amidon initial. Les saccharifications deviennent de plus en plus lentes, car la diastase travaille de plus en plus en présence des produits de son action, mais elles aboutissent au même terme, ainsi que le montrent les chiffres suivants, qui sont les pouvoirs réducteurs de la matière en solution dans les liquides, rapportés à ce qu'ils seraient si cette matière était du dextrose. Toutes les corrections ont été faites pour le sucre appointé par le malt, et les autres petites causes d'erreur du procédé opératoire : lie Conversion 48,7 2e — (faite avec la première) 48,6 .3« — (faite avec la seconde) 48,4 121. Diastases réversibles. — Ceci suppose évidemment que la limite atteinte, c'est-à-dire la valeur de n, est indé- jiendante de la concentration de la liqueur. S'il arrive que n augmente avec la concentration, et il faut bien qu'à partir d'un certain degré elle augmente puisque des liqueurs con- centrées ne s'intervertissent plus que faiblement, il y aura une limite à l'action de la diastase pour un certain degré de con- centration. Admettons qu'elle soit de 90 0/0. Sitôt cette limite atteinte, l'addition d'une nouvelle quantité de matière hydro- lysable sera sans ctfet. L'addition d'une nouvelle quantité d'eau élèvera la limite puisqu'elle diminuera la concentration : l'addi- linri d'une nouvelle quantité de la matière hydrolysée l'abais- sera [)uis(ju'ellc augmentera la concentration. Or, pour qu'elle l'abaisse et la fasse passer, par exemple, à 80 0/0, il n'y a guère qu'une voie ouverte, c'est que 10 0/0 de la matière déjà hydrolysée reprennent l'état avant l'hydrolyse, c'est-à-dire que MESURE DES CONSTANTES 169 raction marche en sens inverse. Ce sont les mêmes phénomènes que dans l'éthérification, que nous avons déjà signalés plus haut. Dans une liqueur où l'éther a atteint un certain degré de décomposition, une addition d'eau augmente ce degré, une addition d'alcool et d'acide en proportions équimoléculaires l'abaisse, c'est-à-dire qu'une partie des acides et de l'alcool an- ciennement produits, ou nouvellement ajoutés, ce qui revient au même, se recombinent à l'état d'éther. Telle est, sans doute, la chaîne des raisonnements qui ont conduit M. Hill à sa brillante découverte de l'action des dias- tases réversibles, sur laquelle nous reviendrons à propos de l'action de la maltase. On voit, en tout cas, que ce fait nou- veau et important rentre tout naturellement dans le cadre des notions que nous venons de développer. En résumé, il m'a paru que les formules que je propose comprenaient et expliquaient tous les faits connus. Elles sont en outre assez simples, malgré leur complication apparente, et en outre elles reposent sur des notions faciles à saisir. C'est pour cela que je les propose avec confiance aux savants que préoccupent les difficiles questions de diastase, qui ont englobé l'étude des toxines et des A^enins, et n'en sont devenues que plus urgentes à résoudre. BIBLIOGRAPHIE WiLHELMY. Pofig. Ann. 1" S., t. 81, p. 41R. OSTWALD. Journ. f. prakt. Ckemie, Ile s., t. 29, p. 285. O'SuLLiVAN et ToMPsoN. Iiivertase, contribution à l'iiistoire d'un enzyme. Journ. ofchem. Soc. t. Il, 1890. DucLAUX. Microbiologie, p. 165, 1883. DuBOURG. L'amyiase de l'urine. Thèse de Paris, 1889. Payex. Ann. de ch. et de phys. IV^ S., t. IV, p. 286. O'SuLLIVAN. Jonni. of. chem. Soc, t. 324, p. 493. KjeldahL. Comptes rendus du laboratoire de Carlsbenj, p. 148, 1879. LiNDET. Observations sur la saccharification par la diastase. Comptes rendus de VAc. des sciences, 4 mars 1889. Tammann. Sur les ferments non figurés. Hoppe-Seyler's Zeitschrift, 1892. Barth. Ber. d. d. chem. Geselhch., t. 11, p. 474. 170 CIIAPITIIK IX PaschUTIN. 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Si les produits de la décomposition étaient éliminés au fur et à mesure, et si les autres, causes de retard n'existaient pas, l'action diastasique serait proportionnelle au temps et à la quantité de diastase, et on aurait, en se servant des notations du chapitre précédent, la relation : — ^s =z — arf^f, où — \-^ est la diminution, pendant le temps A^, de la matière décomposable par la diastase, d la quantité de dias- tase évaluée au moyen d'une unité arbitraire de jjoids ou de volume, et a la quantité de matière que peut transformer dans l'unité de temps, dans les conditions et à la tempé- rature de l'expérience, cette unité de poids, arbitrairement choisie, de la diastase. A cette action de la diastase vient s'opposer l'action crois- sante des produits de la décomposition, qui retarde de plus en plus le phénomène et lui donne les allures d'une courbe lo- garithmique. Si même cette action inverse est assez puissante, elle peut arrêter la transformation avant qu'elle ne soit com- plète, et c'est là un fait que nous retrouverons; c'est la va- leur du coefficient ;? qui donne à la courbe de l'action, non sa forme générale qui est toujours celle d'une logarithmi- 17:) CIlAl'ITr.K X (|ii('. mais ses allures i)ar(iculières. Klle a donc une grande iinpnrljiiice dans le ])liéiioni("'ne. Cela posé, nous voyons que l'influence de la température sur les actions diastasiques est nécessairement double aussi. Elle peut se manifester soit sur la valeur de «, ou sur celle de n, et nous sommes obligés naturellement de faire séparé- ment ces deu\ études. 1S2. Influence de la température sur la constante a. Méthodes de mesure. — Deux moyens simples se présen- tent de mesurer les variations de a avec la température. Si on se borne aux premiers temps de l'expérience, à la période pendant laquelle l'action retardatrice des produits formés est encore négligeable, nous avons vu que la courbe se confond avec sa tangente à l'origine, et qu'on a : S — s=a.d.t en appelant S — y la quantité de matière transformée dans le temps / pendant cette période ; on aura donc : S — .v d.i et cette formule nous donne tout de suite un procédé opé- ratoire. On mettra des quantités égales de diastase en contact pendant le même temps avec une quantité de matière liydro- lysable assez considérable pour que la transformation n'en atteigne environ, pendant ce temps, que 1/10 à 1/5 suivant les cas, et on mesurera la quantité d'action S — 6 à diverses températures. La valeur de a sera proportionnelle à S — s. Une variante, moins facile à appliquer, consiste à s'arrêter au contraire quand il y a la même quantité S — s de matière transformée, et à évaluer le temps nécessaire. La valeur de a est aloi's en raison inverse des temps employés à produire une même quantité d'action à diverses températures ; cette re- marque lie, comme on va le voir, cette première méthode à la seconde, que voici.. INFLUENCE DE EA TEMPERATURE 178 Elle consiste à ne pas se [)1'(''occii[)(M' d'arrêter l'action avant qu'elle ait cessé d être proportionnelle au l(Mnps. Supposons pour simplifier que nous nous adressions à une action dias- tasique qui se termine, et pour laquelle /< =r 1 . Nous savons qu'alors on a : S - S / = — l - a.fl s d'où on tire S , S « = — 1 - d.t s De cette formule on peut déduire aussi un mode opératoire. On fera agir des quantités égales de diastase sur des quan- tités égales de matière transformable à diverses températures et pendant le môme temps. La valeur de a sera alors pro- portionnelle au logarithme népérien ou ordinaire du rap- port - à ces diverses températures. Nombreux sont les cas dans lesquels cette loi a été appliquée d'une façon inexacte. Ainsi par exemple on a souvent calculé la valeur de a comme proportionnelle à la quantité S — s de matière transformée à diverses températures : cela revient, comme on voit, à confon- dre des nombres avec leurs logarithmes, car / - = /S — Is. s Cela n'est permis que lorsque les nombres sont très voisins, c'est-à-dire au commencement de l'aclion, et alors nous re- tombons sur notre formule de tout à l'heure. Mais on n'a plus ce droit quand la transformation est un peu avancée. Il y a un autre moyen d'opérer, c'est de s'arrêter dans tous les cas lorsque —a pris une valeur déterminée, toujours la même, et à mesurer les temps nécessaires pour cela. C'est la méthode que nous avons vu adopter par MM. O'SuUivan et Tompson. Elle revient évidemment à celle que nous indiquions tout à l'heure, mais elle est beaucoup plus générale, puisqu'elle n'im- plique aucune restriction sur le niveau auquel il faut arrêter 17i CHAPITRE X l'action de la diastasc. Elle s'ai)pli(]iie même, comme on le voit, facile m eut, aux cas où n est plus grand que l'unité. Vovons maintenant ce (jue donne rapplication de ces mé- thodes. iNous ne prendrons dans cette étude générale que les cas où les résultats sont nets et précis. 11 faut bien com- prendre les cas simples avant d'aborder les cas compliqués, qui iigureroni mieux dans les histoires particulières des dias- tases qui les présentent. 133. Présure. — iXous commençons par la présure pour deux raisons. D'abord l'importance industrielle de la coagula- tion du lait par la présure a fait étudier ce phénomène avec soin, et donne de l'intérêt aux nombres trouvés. Puis l'action de la diastase présente ce caractère que ses progrès sont dif- ficiles à apprécier, tandis qu'on voit très bien c[uand elle est arrivée à bout. La présure dans le lait reste inaperçue aux premiers moments de son introduction. Puis le licjuide de- vient de plus en plus muqueux, et il finit, quand la tempé- rature est convenable, par se prendre en une masse porce- lanique dont nous avons donné plus haut (118) les caractères. C'est à ce terme qu'on s'arrête par convention. 11 est facile à apprécier, et on se retrouve alors dans les conditions vou- lues tout à l'heure. La valeur de «, à diverses températures, est en raison inverse des temps nécessaires pour amener à bonne coagulation. Les premiers nombres un peu précis, introduits dans la science à ce sujet, l'ont été par M. Fleischmann, qui a opéré sur un lait additionné de un millième de présure à diverses températures. Le tableau ci-dessous donne les durées de coa- gulation de ce lait avec cette présure et les diverses valeurs de a calculées en fonction de la valeur à 41" prise comme étant égale à 100. INFLUENCE DE LA TEMPERATURE 175 Durée Températures de coagulation. Valeurs de a. Observations. min Aucune coagulation ne! te. Coagulurii ti'ù.s inou. Coagiilum à peu près hou. (ioaguluin l)on. Sérum limpide. Températures habituelles de coa- gulation dans les laiteries. loo M )) 20 32,17 \H 2o 14.00 44 30 8,47 71 31 8.13 74 3-2 7.79 77 33 7,47 80 34 7,19 83 3o 6,9o 86 36 6,74 89 37 6,5o 92 38 6,39 94 39 6,26 96 40 6,15 98 41 6,06 100 42 6,12 98 43 6,24 96 44 6,44 93 45 6,74 89 46 7,16 84 47 7,72 78 48 8,44 70 49 10.00 60 30 12,00 3C Température du maximum d'action. Sérum trouble. Id. Sérum trouble, coagulum floconneux. Masse gélatineuse. Ces résultats divers sont traduits dans la courbe ci-jointe (fig. 10), où le maximum d'action, avec décroissance plus ra- pide d'un côté que de l'autre, apparaît très nettement. Ces chiffres mettent nettement en évidence un maximum de la valeur de a au voisinage de 41°. Je dis « au voisinage », parce (jue la température d'un maximum est toujours difficile à apprécier. Puis ce maximum n'est pas nécessairement le même avec divers laits et diverses présures. Martiny l'avait trouvé voisin de 40°. MM. Segelcke et Storch l'avaient, au contraire, fixé à 41''"25. Nous rencontrerons des variations analogues à propos d'autres diastases, et nous verrons qu'elles n'ont pas plus d'im- portance. Ce qui importe, c'est l'existence de ce maximum. A mesure qu'on s'en éloigne, dans un sens ou dans l'autre, l'activité de la présure diminue ; entre 50° et 60°, il y a encore coagulation, mais elle est de plus en plus imparfaite. Le liquide finit par n'être plus que visqueux. Au delà de 60% toute coagu- lation disparait, et ne reparait pas alors même qu'on refroidit 170 CHAPITRE X le li(jiii(lo poin- le ramener aux températures les plus favoraljles. La présure a été détruite par l'élévation de température. Mais nous allons revenir tout à l'heure sur ce fait. Au-dessous de 20", nous voyons que la présure est inactive, ou du moins n'agit qu'après un temps très long. En opérant à 15°, 100 % \ 80 10 60 \ \ 50 1 M 30 20 10 1 T 16 2 -> Ji 7 Ai 1 S 60 Fi g. 10. M. Fleischmann n'a obtenu aucune coagulation, ou plutôt le lait s'est peuplé de microbes avant de s'être coagulé par la présure. En opérant avec des liquides stériles, j'ai vu ensuite que du lait pouvait être conservé pendant quelques semaines, à 8" ou 10°, en présence de doses de présure qui le coagulaient rapidement lorsqu'on le ramenait à 35°. Il n'est donc pas douteux que, à basse température, la présure reste inerte en présence du lait, sans pourtant se détruire, à moins qu'inter- viennent des phénomènes d'oxydation sur lesquels nous revien- drons plus tard. A haute température, elle est inerte parce qu'elle se détruit. 134. Sucrase. — La sucrase va nous présenter des phéno- mènes analogues. Au sujet de la température, nous avons IMM.l K.XCK 1)1': LA H-.M l'Kl'.ATniK 177 une première série d'essais dus à Kjeldahi, et (jui toiul)eiit sous le coup de la critique que nous avons faite tout à Ihcure. Kjeldahi faisait agir, pendant une heure, 10 ce. dune môme solution de sucrase sur 50 ce. d'une même solution de sucre à diverses températures comprises entre et 70°. Il y a eu interversion à toutes les températures, sauf à 70". Seulement la proportion de sucre interverti dépassait dans nombre de cas celle pour laquelle on peut admettre la proportionnalité entre Factivité de la diastase et la quantité d'eliet produit. Kjeldahi donne heureusement tous les renseignements nécessaires pour qu'on puisse corriger ses chiffres en leur appliquant la formule générale indiquée plus haut. Les proportions de sucre interverti à diverses températures sont relatées dans le tableau suivant sous la rubrique . (^n a mis à côté la valeur correspon- dante de -, de 1 - , et de a calculé en fonction de sa valeur s J? maximum d'après la formule exacte, et d'après Kjeldahi. Tempéra turcs s s Où •4 l,0i 18 13 1,15 30 23 1,30 40 34 1,51 45 41 1,69 48 44 1,78 50 45 1.82 52,5 45,5 1,85 55 45 1,82 60 3't 1,51 65 5 1,05 70 s 1 Valeurs exactes Valeurs de a S de a. d 'après Kjeldahi. 0,017 6 10 0,060 23 29 0,1 13 42 50 0,179 67 74 0,228 85 90 0,250 93 97 0,260 97 99 0,267 100 100 0,260 97 99 0,179 07 7i 0,021 7 H 0.000 Un voit que la courbe des vraies valeurs de a (^lig. 1 1 ) est différente de celle qu'on obtiendrait en considérant, comme le faisait Kjeldahi, ces valeurs comme proportionnelles aux proportions de sucre interverti à diverses températures. MM. O'Sullivan et Tompson ont refait des expériences sur le même sujet au moyen de la méthode indiquée dans le cha- 12 17H CIIAPITRK X uitic l\, f'esl-à-dii'O eu incsuraiil les temps iiéccssaii'cs à (livcises fciiipi'ralurcs [xuir airivoi- à la neutralité opti([uc, ce (pii con-ospond, comme nous l'avons vu, à l'interversion d'une l'raclion conslanle, 74 pour 100, du sucre introduit. On a opéré, ion 90 80 7" 60 .10 m Jû îû 10 / •\ 1 \ 1 \ ' \ / / / / \ ^ y \ \ to !o io i,o 50 eo ■ ya 1 Fig. 11. dans les expériences qui suivent, avec la nienie solution sucrée, additionnée de quantités égales de la mêmesucrase. Le tableau donne, en minutes, les temps t nécessaires pour arriver au point zéro, et les valeurs de a, rapportées à sa valeur maxi- mum : péralures t a 1440 4 15,3 398 13 29,S 155,5 33 4S,0 73,8 70 55,0 51,8 100 60,0 80,4 64 (iC* résultats sont représentés Graphiquement dans la fîg\ 12. Les deux courbes ci-dessus, tout en ayant les mêmes allures générales^ ne se confondent pas, et la série des valeurs de a n'est pas la même dans les deux séries d'expériences. Cela tient peut-être à ce que MM. O'SuUivan et Tompson n'avaient pas assuré Lidentité exacte de tous les mélanges exposés à diverses températures. Pour des raisons que nous apprendrons à connaître plus tard, ils avaient fait varier la dose d'acide sulfu- INFLUENCE DE LA l'I.MPKRATlRE 179 riqiie introduite dans le mélanine, et les cliitlï'cs consignés au tableau sont ceux de la proportion dacide sulfurique pour la- quelle la réaction marchait le plus vite. De là une cause de variation tjui se trouve superposée à celle qui est due à la teni- Wû 90 io 7a M 50 ie io Zû 10 /\ \ ^ / / ^ / 10 SO iO i/o 50 60 /^ 1 Fig. 12. pérature et qu'il n'est pas facile d'en séparer. La chose n'en vaut pas la peine du reste, car cette correction faite, il est pro- bable que la marche des chiffres ne coïnciderait pas entière- ment avec celle des chiffres de Kjeldahl. Rien ne nous assure a priori que deux sucrases différentes calquent exactement leur action l'une sur l'autre ; c'est du reste là une question que nous retrouverons quand nous serons en mesure de la traiter. 135. Température optima. — La température du maxi- mum d'action, moins nettement déterminée dans ces expé- riences que dans celles qui précèdent, tombe pourtant à peu près au même niveau, entre 52,5 et 55°, et voilà encore une influence (|ui peut modifier la courbe des valeurs de a. N'insis- tons pas et remarquons seulement que nous trouvons encore ici un maximum très net d'action au voisinage d'une tempé- rature un peu incertaine, mais supérieure sûrement à la tem- pérature du maximum d'action de la présure. Des faits analogues, mais moins nets, ont été relevés pour les i.sd ciiAriruK x aiili-es diasiasos. Toutes présentent une iempéi'aturc de maxi- mum d'action, se détruisent lorsqu'on les cluuiH'e au delà de cette température, de façon à ne plus retrouver leur ancienne activité lors(pr<)n les ramène à la température la plus favorable. Maintenues au-dessous, elles se conservent et se retrouvent intactes lors(]u"on les amène aux températures quelles aiment le mieux ; elles peuvent môme supporter des températures très basses. M. Miquel a constaté (jue les solutions d'uréase peuvent se congeler et tomber de quelques degrés au-dessous de zéro sans s'affaiblir sensiblement. De sorte qu'en somme, bien que la courbe de l'action de la température soit une courbe continue, elle traduit certainement des actions différentes en deçà et au delà de la température optima. 126. Variations dans la température du maximum d'ac- tion. — Ajoutons à cela que cette température optima n'est pas constante pour une même diastase. Voici par exemple les résultats trouvés pour celle cjui a été la plus étudiée, et qui est la mieux connue, l'amylase du malt ou de la salive. Kjeldahl donne 4G" pour température du maximum d'action de la diastase de la salive. Roberts la trouve beaucoup plus basse, entre 30" et 45°. Chittenden et Martin, en opérant sur de la salive neutralisée, fixent le maximum vers 40°, parfois vers 40°. La courbe dressée par Liutner et Eckhardt pour la diastase du malt présente un plateau qui a son point le plus élevé à 50^ s'abaisse un peu jusqu^à 55", et beaucoup jus- qu'à 62". Le maximum d'action est donc voisin de 50". Szilagyi retrouve ce chiffre de 50'^ pour une diastase de malt, préparée par la méthode de Liutner. Avec une diastase autrement pré- parée, Osborne trouve que la température de 50" est déjà nuisible. -Nous retrouverons bientôt linterprétation la plus naturelle de ces faits, ('.ontentons-nous pour le moment de les énumérer l)onr montrer que la courbe que nous étudions a quelque chose de flottant, qui éveille l'idée de la superposition de plusieurs actions dans le phénomène total. INFI.rKNCE DK LA TI'.MPKi^ATIIÎI'. i,SI On ne trouve rien de pnreil dans liiiversion |)ar les acides, qui nous a déjà servi de terme de comparaison. Cette inversion s'accélère à mesure que la température s'élève, comme pour les diastases ; M. Van-t liotï" a môme montré que la vitesse d'inver- sion était une exponentielle du temps, el Arrhenius a proposé la formule : c " ~ ^" (Il = (lo <' "" Ou (ix. et (Iq sont les valeurs, à la température / et à zéro, de la constante a que nons connaissons, / et /„ les températures absolues, c'est-à-dire comptées à partir de 273" ; c représcute la moitié de la chaleur latente qui devient libre par gramme-mo- lécule de la substance transformée par l'action de l'acide. Cette formule est d'accord avec les expériences de Urech et Spohr. On voit en outre que la variation de vitesse, d'une température à l'autre, est indépendante de la nature de l'agent, qui ne figure à aucun titre dans la formule, et cette conséquence a été vé- rifiée par Willielmy et Spohr. La formule semble donc exacte. Or. elle ne comporte aucun maximum, et l'action croit même très rapidement à mesure que la température s'élève. Le phénomène est donc lout différent de ce qu'il est avec les diastases. Or, avec les acides,, l'agent d'inversion ne se détruit pas pendant l'action, tandis que nous avons vu qu'il y avait destruction de la diastase par la chaleur. Nous voilà donc amenés à nous demander si le Oottement que nous avons si- gnalé dans les allures de la courbe et la place de son maximum, et; si ce maximum lui-même ne seraient pas dus à l'effet de la chaleur sur la diastase. Etudions donc ce C[ui se passe quand on chauffe, non pas comme tout à l'heure le mélange de dias- tase et de matière hydrolysable, mais la diastase seule. Nous pouvons même remarquer de suite que le problème, dès que nous voulons le décomposer, devient triple et comporte l'étude de l'action de la chaleur : 1" siu' la diastase ; 2" sur la substance hydrolysable, et 3" sur le mélange des deux. Etudions séparé- ment ces trois actions, dont les deux premières se superposeid, mais ne s'ajoutent pas néoess;iirement dans la dernière. iH2 CHAPITIIE X li37. Action de la chaleur sur les diast ises seules. — Nous prendrons coninic exemple de cette action l'nréase, d'abord ])arce cpie l'action de la chaleur est assez bien connue sur cette diastase, à la suite des expériences de Miquel ; en second lieu parce quelle ne s'accompagne, au moins en appa- rence, d'aucun phénomène de coagulation venant introduire dans le phénomène une influence étrangère à celle qu'il s'agit d'étudier. En cultivant dans un bouillon nutritif convenable diverses espèces d'urococc/fs qu'il a appris à isoler et h étu- dier, Miquel obtient après quelques jours, en filtrant la cul- ture au travers d'une cloison poreuse, un liquide limpide, brillant, contenant de l'uréase. Il suffit de mettre ce liquide au contact dune solution d'urée pour que celle-ci commence de suite à se transformer en carbonate d'ammoniaque. L'action devient plus rapide à mesure que la température s'élève, et c'est à 49 ou 50° cju'elle atteint son maximum. Dès lors, la méthode à suivre pour évaluer l'action de la température sur la solution d'uréase est théoriquement bien simple. 11 suffit de prendre deux quantités égales de liquide diastasifère, qu'on porte à des températures variables, ou à la môme température pendant des temps variés. On addi- tionne ensuite ces liquides d'une même quantité d'urée, on porte les deux mélanges à la température optima de l'ac- tion, et on applique l'une des méthodes que nous avons exposées plus haut. M. Miquel ne s'est malheureusement as- treint à en suivre exactement aucune, et se contente d'ap- précier la puissance de la diastase comme le faisait Kjeldahl, par la quantité d'urée transformée dans un temps donné. De plus, tout en donnant beaucoup de détails, il omet le plus souvent celui (jui permettrait de calculer ses résultats, comme nous l'avons fait plus haut pour ceux de Kjeldahl : il n indique, en etl'et, pas toujours la teneur en urée des liquides sur lescpiels il opère, et ne dit pas que cette teneur soit constante dans toutes ses expériences. Pantin ses résultats sont un peu incohérents, parce qu'il ne s'est astreint à au- cune série d'expériences régulières, épuisant pour une môme INI'MEXGK DI'. I,.\ TK.MPi:i;.\Tl'RK 183 diastase rcfl'ot do diverses toiiipéraliires, on do diii-ôos di- verses dVxpnsitioli à une même tempépature. Iaï combinant pourtant tous ces résultats, voici ;"i (|U('1I(' synthèse ils con- duisent. 1S8. Résultats de M. Miquel. — A une température voi- sine de 0°, la variation dans ht puissance de la diastase est lente. Après cinq jours de conservation dans la glace fondante, un liquide qui pouvait hydrolyser, dans un temps donné, à 49-50°, 20 gT. 7 d'urée, en hydrolysait encore 20 gr. 2. A mesure qu'on élève la température, l'uréase en supporte de moins en moins bien l'action Le temps minimum qu'elle peut y passer, sans en soufï'rir aucun dommage, diminue, et le temps qui s'écoule entre le moment où elle commence à être atteinte et celui auquel elle est détruite diminue aussi. On trouve, par exemple, qu'une solution d'uréase, exposée pen- dant 2 heures et demie aux températures indiquées dans la première ligne du tableau qui suit, a transformé ensuite, au bout de 2 heures à 49", les quantités indiquées d'urée par litre, dans une solution d'urée à 4 0/0. Températures de chauffage. . . 14" 40" 4G"o Sl^S Quantités d'urée transformées , 18,9 13,3 12,7 6,4 gr. La diminution du titre, faible de 14 à 40° et môme h 46°o, semble donc s'accentuer entre cette dernière température et celle de ol^o. Mais, si on prolonge l'expérience, on peut avoir des etl'ets plus marqués à des températures inférieures. Une autre solution d'uréase, maintenue pendant lo jours vers 43", était complètement inactive au bout de cet inter- valle. Quand on dépasse 60°, l'action est plus rapide. Voici un tableau qui répète le précédent, et où les nombres ont la même signification, sauf que la durée du chauffage était de 10 minutes. Températures de chauffage. . . 64" 66" 70" 75o Quantités d'urée transformées . 13,6 6,1 3,6 0,0 La destruction est donc rapide, et sa vitesse croît rapide- 1S4 CIIAlMTni- \ ment avec la Icmpéraluir, car après 25 iniuutcs de cliauf- fa^-e à 70°, une autre solulion d'uréase avait perdu toute action. Imi syntlK'tisaiil tous ces résultats un peu disparates, comme on voit, ou peut se représenter schématiquement le pliéuomèue comuie il suit. Portous, sur deux axes de coor- données, les températures T eu abscisses, et en chaque point élevons une perpeudiculaii'c [)roportlonnelle à la durée / de séjoiu- de la diastase à cette température, jusqu'au moment où elle commence à être atteinte, nous aurons une courbe de même forme que la première, placée au-dessus d'elle, allant en s'en rapprochant de plus en plus, parce que l'inter- valle vertical )ini, à une certaine température, entre les deux courbes, représente le temps nécessaire à la destruction d'une même quantité de diastase à cette température, et va en di- INFLUENCE DE EA TEMPEP.ATri*.!': 185 niinujint de plus eu plus. U.ctte secoiide courbe rejoiudi'a l'axe des températures à faible distance de la première. Entre les deux courbes, nous aurons ce (jue nous pourrons appeler la zone de destruction de la diastase, zone dans lafpielle nous pourrons toujours compenser, par une élévation de tempéra- ture, l'efTet d'un trop court séjour à température plus basse, et inversement. Il est bien entendu que cette zone de des- truction, de même que les courbes qui la limitent, sont rela- tives à l'écbantillon étudié. Elles varient suivant la nature et la composition du liquide diastasifère. M. Miquel a même cru pouvoir relever une influence de l'âge de la diastase, qui deviendrait plus solide en vieillissant. Mais elles ont par- tout les mêmes allures générales. 139. Température mortelle. — Il y a une première con- clusion à tirer de ce qui précède, c'est qu'il n'est pas pos- sible d'assigner une température de destruction de la dias- tase si on n'assigne pas en même temps la durée d'exposition. C'est une conclusion identique à celle que nous avons trouvée dans le tome I (150) au sujet des microbes, et nous conser- verons pour les diastases ce terme de température mortelle que nous avons adopté pour les ferments, et qui est plus juste qu'on ne pourrait le croire, car la température qui dé- truirait les diastases d'un microbe lui couperait ses moyens d'existence et serait mortelle pour lui. Pour étudier cette température mortelle, il faudrait théo- riquement porter brusquement la diastase à cette tempéra- ture, et voir au bout de combien de temps de séjour elle serait détruite. Je ne sais pas d'expérimentateur qui ait abordé la question par cette voie. La méthode la plus généralement suivie a été de chauffer graduellement une solution de dias- tase, qu'on éprouvait de temps en temps au point de vue de sa force, en prélevant à diverses températures des échan- tillons qu'on maintenait au froid jusqu'au moment de les faire agir, dans les mêmes conditions, sur la sul)stance qu'ils 186 ciiAPiTnr, \ pouviiient liydrolysri'. Dans cot oi'dro de rccliprcbes, les plus précises sont celles de MM. O'SuUivan et Tompsoii. 130. Expériences de MM. O'Sullivan et Toinpson. — Une solution de suci-ase est placée dans un bain-niarie, qu'on chauli'e rapidement, en atiitant constamment le bain et la solution de façon à uniformiser aussi vite (]ue possible les t(Mnpéiatures. A diverses températures indiquées par un tber- momètre plongé dans la solution de sucrase, on prélève un échantillon de 1 ce. qu'on refroidit immédiatement. Ces échantillons sont ensuite étudiés par les méthodes indiquées ci-dessus (134). Il est facile, dès lors, en comparant les va- leurs diverses de «, données par l'expérience, à la valeur de a à 15", de savoir quelle est la loi de diminution de a avec la température, dans ce mode de chautfage. Le tableau sui- vant indique, dans la colonne A, ce qu'il reste, à différentes températures, de la valeur de a supposée égale à 100 à la température de Jo". Dans la colonne B, sont indiqués d'autres chiffres sur lesquels nous reviendrons tout à l'heure. Températures A B réalisées (sans suci-e) (avec sucre) 13» 100 100 35» 91,7 100 40« 7G,S 100 45» 30,0 100 500 2,0 100 :jr)« 0,0 100 GO» 0,0 100 Go» 0,0 88 70» 0,0 34 70° 0,0 0,0 Kii evauiinanl seulement la colonne A, on voit qu'un chauf- fage rapide à oo" de la sucrase la détruit complètement lors- ([u'cUe est en solution dans un li(-uide sans sucre. 131. Expériences de Lôrcher sur la présure. — Lor- clier a trouvé des résultats analogues au sujet de la présure. Il prend une solution de présure dans un liquide contenant à la INFLTK.NCK \)K LA TK.MPÉliA'lllîl-; 187 fois un peu de glycérine et un peu (l'acide, et le cbaufle à diverses températures en opérant simultanément sur un échan- tillon pareil, neutralisé au préalable. Puis il fait agir ces divers échantillons sur du lait. Les temps de coagulation sont en raison inverse des valeurs de a dans ces divers lots. 11 trouve (pie 10 minutes de chautfe à 45° affaiblissent déj<à la. présure. La résistance dépend de la nature de la solution. La présure supporte plus facilement l'effet de la chaleur en solution acide qu'en solution neutre, en solution glycérinée cju'en solution acide. Après 10 minutes à 65" ou 70", toute hi présure est détruite. A 38''-40'', après 48 heures, on constate déjà un léger affaiblissement. On trouverait enfin des résultats du même ordre pour l'amy- lasc qui, à 65", éprouve en quelques minutes un affaiblissement sensible, et cju'un court séjour à 75''-76° détruit complète- ment. En résumé, lorsqu'elles sont chauffées seules, les diastases se détruisent par la chaleur à des températures variables, parfois inférieures à celles de leur maximum d'action, comme pour Furéase, tantôt égales ou à peu près, comme pour la sucrase, tant()t notablement supérieures comme pour l'ainylase. Il n'y a donc aucune relation étroite entre la température mortelle d'une diastase et sa température optima. Cette conclusion n'est pas faite pour nous surprendre, depuis que nous savons cjue la température de destruction est varialde avec la nature du li- quide. C'est ce que Lôrcher a prouvé pour la présure. C'est ce qu'on savait déjà pour la sucrase. Biernacki avait montré cjue la salive fraîche non filtrée perdait son action amylolytique à 75", la salive filtrée à 70% la salive étendue de 10 fois son poids d'eau à 60°. En ajoutant des sels à cette solution, on relève à 65" la température mortelle, et à 70° en ajoutant de la peptone. Nous reviendrons tout à l'heure sur cette influence du milieu où se fait le chauffage. Tirons seulement de ce qui précède cette conclusion qu'on n'a aucun droit de considérer comme diffé- rentes des diastases qui, bien qu'agissant de la môme fa«}on, ré- sistent à des températures différentes. La résistance dépend à la 188 CHAPITP.I': X fois de la diaslase ci du milieu, elirest par suite pas caracté- ristique de la diastase. 13S. Action de la chaleur sur la substance soumise à l'action de la diastase. — Voyons maiiitenaiit si la chaleur n'agit pas aussi sur la substance soumise à l'action de la dias- tase. 11 est clair qu'en cherchant de ce côté, nous ne trou- verons rien pour les substances sohibles. On ne voit pas quel etret pourrait produire la chaleur sur du sucre, par exemple, ou de l'urée en solution. Cependant, MM. O'Sullivan et Tompson ont trouvé que pour la régularité du phénomène et la commo- dité des mesures, il était préférable de dissoudre à chaud le sucre sur lequel on opérait. On évitait ainsi les phénomènes de multirotation. Mais cela ne touche en rien le fond du phé- nomène. I)"un autre côté, pour lurée, l'action de la chaleur amène à elle seule ime faible décomposition qui s'ajoute à celle de l'uréase, lorsqu'on fait agir celle-ci. Mais ce sont là des actions latérales que je me borne à viser en passant. C'est évidemment en cherchant du côté des substances coagu- lables ou décoagulables, qui ne sont jamais en solution par- faite, qu'on a le plus de chance de trouver un effet particulier de la chaleur. Dans le lait, par exemple, la chaleur agit sur la caséine, et peut la rendre plus ou moins sensible à l'action de la présure. Avec l'albumine, la tibrine, la chaleur a aussi une action propre, entravant ou aidant l'action de la pepsine ou de la trypsine. Enfin, avec l'amidon, nous savons qu'à l'état cru il est très difficilement attaquable par la diastase qui le dissout facilement à l'état d'empois. Il y a donc là toute une gamme d'actions que nous devons étudier avant de passer à l'étude plus complète de l'action de la chaleur sur le mélange de diastase et de matière hydrolysable. 133. Etude du lait. — C'est un fait connu depuis long- temps que le lait bouilli est moins sensible à l'action de la présure. Lorcher a fait à ce sujet quelques mesures. Il a vu que cin(| minutes de chauffe à 80" augmentent de moitié la IXILCKNCK Dl^: LA TI'.MIM'.lîA'n lll'. I-Sl) diu'ée de la ooagulalioii, (>l ;i 100' la doiiblcMit. M. de Freii- deni'oicli a vu aussi (juc, après un court ehauU'age à 08", le lait se coagule aussi bien et aussi vite que s'il n'avait pas été pasteurisé. Mais si on continue plus longtemps le chauf- fage, il exige de plus en plus de présure pour se coaguler dans le même temps. A 70'\ il perd plus vite la propriété de se coaguler. C'est juste à ce niveau qu'il éprouve le chan- gement de g'oùt que j'ai signalé, et qui est dû à ce que la caséine, jusque-là en suspension, commence à prendre l'état de flocons visibles, état sous lequel elle ne réagit plus sous l'action de la présure comme elle le faisait auparavant. 134. Etude de 1 amidon. — Le elobule d'amidon se l'orme, comme nous l'avons vu (61), par une série de dépôts concen- triques de matière autour d'un noyau central, l'amyloplaste. Les couches amylacées qui se recouvrent ainsi les unes les autres semblent être à des états d'hydratation variés. Au moins est-ce ainsi qu'on explique, peut-être arbitrairement, les varia- tions de réfringence cpii permettent de les voir au microscope formant des zones concentricjues autour du noyau central, lors- c[ue que celui-ci, par suite d'une circonstance quelconque, ne s'est recouvert cjue d'un côté et est resté voisin de la surface. Dans tous les cas, ce sont les couches les plus extérieures qui sont les plus résistantes : c'est ce dont témoignent des obser- vations déjà anciennes cj[ui datent de Raspail, en 1830, et que Guérin-Varry a précisées en 183o. Ce savant a constaté que tant qu'on ne dépasse pas, eu chauf- fant^ la température de oi", le granule d'amidon reste in- tact. On ne relève aucun changement au microscope, et le liquide dans lequel il baigne ne se colore nullement par l'iode après fil t ration. De oo" à 59-60'\ on voit apparaître sur un nombre de plus en plus grand de granules^ des fentes radiales irrégulières (lig. 1 i), qui partent de préférence de l'amyloplaste, de ce qu'on ap[)<'- lait autrefois le hile, et semblent provenir d'un effort inté- rieur qui aurait fait éclater le granule. En même temps, le lîiO CIIAIMTRI-: X li(|iiileii de plus en plus foncé sous laetiitn de l'iode. Au voisinage de 00% en dehors des grains étoiles par des lentes, on en voit dans lesquels la l'ente a donné issue à des Fig. 14. — Glolniles d"cLmi(loii (;liaiifr(''s à 51"-o;j" sans aiiiylasc * avec amylase (i"api-rs GiK'iin-Varry. masses membraneuses ({ui s'étalent irrégulièrement dans le li- quide en s'y gonflant. Quelques granules sont ainsi devenus complètement gélatineux et diffus. Dans d'autres, on aperçoit encore des formes plus nettes, rappelant l'ancien contour du globule, et qui sont évidemment des couches extérieures non encore distendues par l'eau et géïatinisées. Enfin, à GS-Gi", les grains se sont tellement gonflés qu'ils remplissent tout le li- quide, dont la coloration sous l'action de l'iode est uniforme et intense (fig. 15). En refroidissant, le liquide donne une masse Fig. li). — Globules (i'aiiiidoii chauffi's à (J3"-G4" sans amylase avec amylase d'après Guériii-Variy. plus ou moins fluide. C'est la température de gélatinisalion. Au microscope, cet empois n'est pas encore tout à fait homogène. On y trouve encore des formes globulaires, des ombres de globules amylacés. Ce sont les couches extérieures de certains granules plus résistants que les autres. Ces ombres sont peu visibles, attendu (ju'elles sont noyées dans une niasse gélati- I.XFIJ i:\CI-; DE LA TK.Ml'I-.liATniK 191 nisée, i^i peu près de même réfrin.eenee (jirdles. Pour les bicu apercevoir, il faut chauffer l'anjidon nf»ii dans l'eau [)ui'e, mais dans de Teau additionnée dun peu de diastase. En comparant tout au long- de rcxpérience léchantillon avec diastase et réchantillon sans diastase, on voit qu'ils se comportent exactement de la même façon. L'étoilement, la rup- ture des granules se font exactement à la même température. Seulement, dans l'échantillon avec diastase, toutes les mem- branes cjui sortent par l'orifice ouvert dans le granule ont à peine le temps de faire leur apparition et se dissolvent tout de suite. Leur dissolution se fait même à l'intérieur du granule ouvert, de sorte qu'au lieu de ressembler à un vase d'où sort en bouillonnant une masse demi-iluide, il ressemble à un vase qui se vide. Ses couches extérieures persistent les dernières et ce sont elles qu'on aperçoit encore au microscope [ûg. 15). dans l'échantillon avec diastase, lorsqu'est dépassée la tempé- rature de gélatinisation. Il est à peine nécessaire de dire cj[ue, pour cet échantillon, il n'y a pas formation d'empois par re- froidissement, les membranes ayant été dissoutes. En s'arrêtant à un degré convenable, on a un liquide à peine louche, dans lequel, si on n'a pas trop prolongé l'action des hautes tem- pératures, on peut trouver, à l'état de précipité flottant, les masses tégumentaires des granules ; celles-ci peuvent dispa- raître à leur tour si on chauffe davantage ou plus longtemps. Naegeli a fait depuis des observations du même ordre, et conduisant à la même conclusion. Le moment n'est pas venu de discuter les interprétations à donner à ces faits. Bornons- nous à remarquer qu'ils démontrent en tout cas ceci, que le globule d'amidon est une masse hétérogène, sinon au point de vue chimic[ue, du moins au point de vue physique, et que ses diverses parties sont inégalement résistantes, soit à l'action de la chaleur, soit à celle des réactifs. Nous pouvons en conclure aussi, sinon avec certitude, du moins avec une grande vrai- semblance, que ces différences ne s'effacent pas au moment où nous ne les apercevons plus, car le microscope, qui seul nous les montre, est très mal fait pour les observer. \\)-2 Cil AI Mil! K X 135. Différences entre les divers amidons. — A cette lircinirre iiolioii. il faut en ajouler une autre, c'est que les amidons tics diverses plantes sont aussi différents entre eux. Baranetzky a fait voir (jue l'extrait de malt n'agit pas à la température ordinaire sur lamidon de pomnjes de terre non gélatinisé, mais agit plus ou moins sur les autres amidons. Lintner a donné les chiffres suivants pour les proportions centésimales de l'amidon attaqué, lorsque, sans le gélatiniser à l'avance, on le traite par le malt à dilférentes tempéra- tures. Puinme de Icirc •"•g<-' Mail vert Mail louraillé. . Fromenl Riz Maïs On voit qu'il ne se dissout pas les mêmes quantités des divers amidons aux mômes températures, et même que la marche générale de ces nombres ne témoigne d'aucun parallélisme, ce qui met encore plus en évidence l'individualité des amidons. On voit aussi que leur résistance à la diastase n^a aucun rap- port avec la température de gélatinisation, car l'amidon de [)omme de terre, qui forme empois à Go", est à toutes les tem- pératures, même à celle de la gélatinisation, plus résistant que l'amidon d'orge qui se gélalinise à 80°. De même l'amidon de riz, qui se gélatinise à 80° comme lamidon d'orge, est trois fois plus résistant que lui à 65°. Quelles conclusions tirer de ce qui pi'écède ? C'est, d'abord, que la chaleur peut, dans certains cas, modifier beaucoup la substance sur laquelle porte l'action de la diastase. En second lieu, (pie l'étude de l'action de l'amylase sera néces- sairement plus compliquée que celle de toute autre diastase agissant sur une substance homogène, et devra nous conduire à Teir iporat lires 55* d'atlaquc Température de gélatinisation ."(Û" l'iO" 05° 0,1 5,0 52,7 90,3 65» I2,t S3,3 92,8 96,2 80» 29,7 5S,6 92,1 96,2 )) 13,0 56,3 91.7 93,6 )) )) 62,2 91,1 94,6 71-S0" 6,6 9,7 49,7 31,1 80» 2.7 » 18.5 54.6 75» IXI'Ll ll.NCK DE LA TK.MI'KRA'IM lU: 193 des lois plus compliquées. Retenons pour le moment l;i pre- mière conclusion, nous trouverons ])ienlôt à utiliser la seconde. 136. Interprétation du maximum observé à propos de l'action des diverses diastases. — Avec les notions que nous venons d'acquérir, nous pouvons maintenant essayer d'interpréter l'existence d'un maximum dans la courbe d'ac- tion des diverses diastases. Nous avons vu que les acides ne manifestent pas de maximum, et nous savons qu'en iiénéral, ils sont résistants à l'action de la chaleur. Les diastases, au contraire, y sont sensibles, et de là doit résulter l'existence d'un maximum d'action. Imaginons, en effet, que nous tracions sur la même feuille de papier et à la même échelle les deux courbes d'action de la diastase et de destruction de la diastase que nous avons séparées plus haut. Précisons même. En prenant les abscisses comme températures, portons d"a])ord en ordonnées les valeurs de a telles que nous les avons définies, c'est-à-dire les quantités de matière que peut transformer, dans les conditions et à la température de l'expérience, la quantité d de diastase mise en œuvre. Nous obtenons une courbe A (fîg-. 16) rapide- ment croissante avec la température, et qui si la quantité d de diastase ne variait pas, se modèlerait sans doute sur la courbe d'action des acides. Supposons-la prolongée par la pensée, au delà de la limite à laquelle l'expérience oblige à l'arrêter d'ordinaire. Traçons maintenant, sur la même feuille, la courbe figura- tive de Taction destructrice de la chaleur sur la diastase seule, et, pour ne pas changer notre mode de représentation, tra- çons-la de la façon suivante : convenons d'une unité de temps, qui sera celle de l'action diastasique dans l'essai qui précède, et d'une température d'essai, qui sera par exemple la température optima. Prenons toujours comme abscisses les températures, portons comme ordonnée, à chaque tem- pérature, les quantités de diastases qui restent dans le li- quide, après une durée de chauffage à diverses températures 1.3 i94 CIIAPITIIE X rualo à la diiirc clioisie pour riiiiifé do fc'iii])S, la quantité de diastase étant évaluée, comme nous savons le faire, par- la (luantité de matière transformée pendant le même temps, f.'pxt-à-dire au moyen de la même unité que a. Nous aurons, en su[)posant que la quantité de diastase initiale corresponde à une ordonnée initiale OD, une courbe telle que DB, la perte étant faible pour les températures ordinaires et allant en ''croissant rapidement ensuite. Cette seconde courbe vien- dra nécessairement couper la première, et la superposition des deux actions se traduira, ainsi qu'il est facile de le comprendre, par une coupure de rextrémité de la courbe A et la production d'une courbe résultante OMC, avec un maxi- mum M tel que celui que révèle l'expérience. Nous comprenons aussi, avec cette explication, que ce maxi- mum ne soit pas fixe, les deux courbes qui le fournissent par leur superposition variant indépendamment l'une de l'autre, tout en conservant leurs allures générales. La courbe A dépend surtout de la réaction acide, neutre, ou alcaline des liquides, suivant les cas. La courbe B dépend un peu aussi de ces in- tluences, mais aussi de beaucoup d'autres, par exemple, de l)liénomènes de coagulation ou d'oxydation, qui sont sans effet sur la courbe A. 11 n'est donc pas étonnant cpie le maximum INFLUENGI-: l)K LA TEMPÉRA TCIIK 195 se déplace uii peu poiii' la iiK^nc diaslasc l'onctioiiuaiit dans des conditions difle rentes. IST. Influence de la destruction de la diastase pendant l'action qu'elle produit. — Avec les notions (pie nous venons d'acqnérii', nous avons le devoir de nous retourner vers ce que nous savons déjà, et de signaler une cordradiction entre des conclusions qui sendjlent également assises sur l'expérience. Nous avons admis, dans le chapitre VllI, pour établir les for- mules fondamentales do l'action des diastases, que celles-ci ne se détruisent pas en agissant, et nous avons tiré de cette pré- misse une loi logarithmique que nous avons reconnue exacte. D'un autre côté nous venons de voir que les diastases se détrui- sent constamment sous l'action de la chaleur et parfois à des températures inférieures à celles du maximum d'action, en tout cas à des températures voisines de celles pour lesquelles a été établie la loi logarithmique. Ces deux conclusions semblent contradictoires, et si la diastase se détruit, la loi de sa destruc- tion doit intervenir dans la loi de son action, de sorte que la loi logarithmicjue a le droit de surprendre. On pourrait montrer, pour répondre à cette objection, que la loi logarithmique persiste alors même que la diastase se détruit sous une influence quelconque, à la seule condition C[ue la cjuan- tité détruite soit proportionnelle au temps. Or cette condition est toujours réalisée, ou du moins tout près de l'être, dans des phénomènes aussi lents que ceux que nous étudions. Mais il faudrait pour cela un petit calcul, très simple du reste, dont nous pouvons faire l'économie. Il est plus simple de remarquer que nos vérifications expérimentales de la loi logarithmique ont été faites avec des diastases très stables. Cela suffit pour établir la loi. De plus, on ne peut pas conclure de la façon dont la diastase résiste à la chaleur lorsqu'elle est chaullee dans de l'eau pure, à la façon dont elle résiste quand elle est chauffée, comme dans les expériences qui nous ont servi à établir les lois générales de l'action diastasique, en présence de la substance qu'elle doit transformer. \\n; CIIAI'ITI!!': X (î'cst le inoniciit do nous i-epoi'ter au tableau de p. 1S5, où se Irouveuf insci'its, à côté des chiffres ({ui Iraduisent la l'ésistaiicc ;i I;i chaleur de la suci'ase cliautlee dans l'eau, ceux qui indi- (juent sa résistance eu présence d'une solution de sucre, On y voit (jue dans Teau la diastase se détruit entièrement quand la température s'est élevée à b'ô°, tandis qu'il n'y en a encore au- cune partie de détruite quand le chauflage a lieu en présence du suci*e. Il faut, dans ce dernier cas, monter de 10" pour aperce- voir un commencement d'action, et de 20" pour détruire toute la diastase. On peut remarquer en échange que la destruction totale, qui se fait sur un intervalle de 20" quand il n'y a pas de sucre, se fait sur un intervalle de JO" quand il y en a, et est par conséquent plus rapide, une fois qu'elle est commencée. On ne peut donc pas conclure, de phiiiu^ des résultats trouvés pour le chauffage dans l'eau, à l'inexactitude des lois de l'action diastasique. Ces lois persistent, bien qu'il y ait des cas oii elles peux ent être troublées par des phénomènes de destruction de la diastase. Mais il ne faudrait pas, comme on l'a fait si souvent, prendre ces derniers cas comme des cas simples, et les étudier comme normaux. Il ne faut pas prendre l'exception pour la règlC;, car alors, la règle devient l'exception. Nous avons aussi visé plus haut en passant une question sur laquelle nous pouvons maintenant revenir. Peut-on arguer des difFérenc(^s de résistance à la chaleur de diverses sucrases, ou de diverses amylases pour les différencier les unes des antres? Par exemple, l'amylasc de la salive et celle du malt, qui ne se comportent pas de même quand on les chauffe, sont-elles une seule et même amylase? 138. Comparaison de divers échantillons dune même diastase. — La première précaution à prendre, quand on se pose cette (piestion, est de ne comparer que des diastases au même degré de concentration, IJiernacki nous ayant montré que la résistance d'une diastase à la chaleur dépend de son degré de dilution. Pugliese a comparé, en tenant compte de ce fait, la diastase de rorge, celle de la salive, et la takadiastase qu'on IXFfJ'EXCE l)K I,.\ TlvMPKPvATir.!: lî)7 tii'c des cultui'es à' Euro/iuin oriza'. Il autisoptisc les soliilioiis amylolytiques avec un peu de toUiol. et les amène au môme 'degré de concentration, en égalisant par tâtonnement le temps que mettent les trois liqueurs à faire disparaître la colorabilitt'* de l'empois d'amidon par l'iode. La méthode ne serait bonne que s'il était bien démontré que c'est la même diastase qui liquétie l'amidon, et qui le saccliarifie ; or, nous verrons bientôt qu'on a le droit d'en douter. Pugliese prend une autre pré- caution. L'extrait de malt et la salive contienucnt. outre l'amy- lase, de la maltase, tj'ansformant le maltose en glucose, et pouvant amener à des erreurs dans les dosages de sucre, car le glucose a un pouvoir réducteur beaucoup plus grand que le maltose. Il faut donc éliminer cette maltase. On profite pour cela de ce que la maltase se détruit beaucoup plus rapidement en présence de l'alcool que l'amylase. Le précipité des deux substances ne contient plus que de l'amylase, lorsqu'après l'avoir laissé un temps suffisant en présence de l'alcool on le sépare et on le reprécipite par l'alcool après l'avoir dissous dans l'eau. On s'en aperçoit en ce qu'en le faisant agir sur de rem})ois. et en traitant le produit de l'action par la phé- nylhydrazine acétique, on n'observe au microscope que des cristaux de maltosazone et pas de glucosazone. Faisant alors agir sur de l'enq^ois à ÎÎ6", 43", 55", ces dias- tases purifiées et amenées au même degré de dilution, Pugliese relève quelques différences dans la marche des courbes repré- sentatives de l'action, mais au bout de 20 heures environ le terme atteint est le même. Cela prouve que si la quantité que nous avons appelée a est un peu différente pour ces diverses li- queurs, la quantité désignée par ri est la même. Et voilà certai- nement nne ressemblance, dont le caractère nous apparaîtra mieux quand nous aurons vu tout ce qu'il y a, dans le cas de l'amidon, derrière cette constante ti. Si on opère sur des diastases inégalement concentrées, des différences apparaissent, qui s'accusent à mesure que la tem- pérature s'élève, et qui nous ramènent aux résultats de Hiernacki sur l'influence de la dilution. C'est ainsi (jue, à 13% 1î»8 CHAPITRK X lu diastasc la plus conccntréo, celle de la salive, n'est pas in- fluencée, tandis que celle du malt et de Ynirolnin) sont déjà afiaiblies. On voit j)ar là avec (piel soin doivent être faites ces comparaisons pour (ju'on puisse eu tii-er (]uel(|ue conclusion probante. Les mêmes observations s'appli(|uent aux expériences faites pour couijjarer les diastases provenant d'animaux divers. Ainsi Fick, Murisier, lioppe-Seyler, ont pronvé que le suc gastrique artificiel, préparé par macération des muqueuses gastriques de divers animaux à sang froid, grenouille, truite, brochet, était encore actif à 0°, et avait son maximum d'action à 20", tandis que le suc gastrique de l'homme et des animaux à sang chaud a son optimum au-dessus de 35". La différence semble frap- pante. Elle s'évanouit un peu quand on songe que le suc gastrique de la grenouille ou des poissons est très faible, et qu'il y a par suite une influence de la dilution. Avant de tabler sur ces difl'érences, il faudrait savoir si elles persistent quand on dilue le suc gastrique de l'homme au niveau de celui de la grenouille. Cette dilution, si elle s'accompagne d'une oxydabi- lité plus grande, peut abaisser la température du maximum d'action. En d'autres termes, il n'est pas démontré que le suc gastrique de la grenouille ne se soit pas adapté aux conditions de son fonctionnement ordinaire^ et ne s'accommode mieux des températures basses que le suc gastrique des animaux à sang chaud, mais il n'est pas démontré non plus que cette adaptation ait eu lieu, ou soit plutôt le fait de la diastase que celui des conditions de milieu dans lesquelles fonctionne cette diastase. Il faut égaliser autant que possible les conditions de la compa- i-aison pour conclure, et nous verrons bientôt que ce n'est pas seulement la dilution qui joue un rôle, mais aussi la nature et la quantité des matières en solution. 139. Influence de la dessiccation. — Avant de quitter ce sujet, nous avons à chercher comment se comportent, vis-à- vis de la chaleur, les diastases desséchées. C'est Hufner qui a montré le premier qu'une diastase, la trypsine pancréatique IXI-LTENCR l)l'. LA TIl.MPKIîATI lil-: l'.lM pouvait supporter, ([uaud elle était sèelie, un ('hauliago au delà de 100" sans se détruire, et Kuhnc, eu constatant que cette trypsine cliautfée ne donnait [)as d'iiidol quand on lui faisait dissoudre des matières albuminoïdes, en avait conclu que rindol qu'on observe dans les conditions ordinaires était dû à rinfluence des bactéries. Salkowski constate ensuite que la trypsine chauffée fournit les mêmes produits que la tryp- sine ordinaire, et qu'il faut chauffer entre 160 et 170" pour la détruire. Cette notion a peu à peu été étendue à d'autres diastases, à l'émulsine par Hufner, à la pepsine et à la plas- mase par Al. Schmidt, de sorte qu'elle a paru être une notion générale. Finkler a constaté le fait pour la pepsine, et a prétendu que déjà, un chauffage à 40" l'empêche de donner de la pep- tone avec de la fibrine. Elle s'arrête, d'après lui, à la produc- tion de syntonine, si loin qu'on continue l'action. Mais Sal- kowski a montré que lorsqu'on sèche bien la pepsine, on peut la chauffer 3 ou 4 heures à 160" sans qu'elle manifeste aucune différence avec de la pepsine non chauffée, tant dans la rapidité de sou action sur la tii)rine, que dans la nature des produits formés. Les diastases sèches sont donc très résistantes. Nous avons relevé des faits analogues à propos des microbes et de leurs spores, et nous les avons rapprochés alors de ceux que M. Ghevreul nous a enseig-nés à propos de l'albumine, qui peut être chauffée à l'ébullition lorsqu'elle est sèche, sans cesser d'être soluble dans l'eau et de fournir des solutions se coagulant au voisinage de 66". Les diastases, qui sont aussi des substances coagulables, peuvent se comporter comme l'albumine. Mais elles ont une autre raison de se comporter autrement en présence et en l'absence de l'eau, c'est qu'elles sont en général très oxydables, et que l'oxydation en est plus facile eu solution qu'à l'état solide. Nous verrons, de plus, que lorsqu'elles sont à l'état de précipité, ou adhérentes à certains corps solides, elles résistent mieux à l'action de la chaleur. Concluons de tout ce qui précède (jue toutes ces -2(»(» CIIAPITIÎK \ acliuijs Cil loi'iii(| lies suiit des ;ictioii,s eontiiif^eiites, utiles ù connaître, mais peu faites pour l'oiiniir des caractères dis- tinctifs. BIBLIOGRAPHIE FLEISCHAIAW. Dus Moll.-rri'itrrscil , lîriUlSWick. WifcWeg Cl lils. KJEf.DAHL. Meddeli'her fra Cur/shcnj Labonitoriel. Copenhague, 1879. O'SULLIVAN et ToMPSON. Journal «f tke rheni. SocieUj, 1890, p. 834. C'HITTENDEN et MARTIN. JalireshericlU f. Thierchemie, t. XII, p. 26-3. LiNTNER et ECKHARDT. Journal f. prakl . Chemie, N. S. t. XLI, p. 91. SZILAGYI. Chemiker Zeituwj, t. XV, p. 349, 1891. OSBORNE. Jahreshericht f. Thierchemie, t. XXV, p. 612, 1895. BlERXACKI. Zeitschr. f. Biologie, t. XXVIII, p. 49. Urech. Ber. d. d. chem. Gesellsch, t. XVI et XVII. Spohr. Zeilschr. f.pliijs. Chemie, t. Il, p. 195. MlQUEL. Annales de Micrographie, t. VII, p. 895. SalkoWSKI. Virchow's Arckiv., t. LXX et LXXf. HUFNER. Jahrbitch. f. prakl. Chemie, N.S. t. XVII, et Pfhiiier's Arehiv. t. XL BaginsKI. Zeitschr. f. phijs. Chemie, t. VII. IvUHNE. Unlersuch. d. phjjs. Insl. zu Heid.e/berg, t. I. Al. Schmidt. Cenlralbl. f. med. Wissensc'i, 1876, n" 29. FiNKLER. Pfliiger's Arehiv., t. X et XIV. E. Salkowski. Virchow's Archir., t. LXXXI, p. 552. PUGLIESE. Pfluger's Arehiv., t. LXIX, p. 115, 1897. BouRQUELOT. Les ferments soin blés. Paris 1896. GuÉRIN-VaRRY. Ann. de ch. et de phijs., t. LX, 1835, p. 32. DE FreudeNREECH. Ann de Micrographie, Septembre 1897 CHAPITRE XI INFLUENCE DE Là CHALEUR SUR LES TOXINES ET ANTITOXINES Nous avons signalé en commençant les analogies très étroites qui existent entre les diastases en général, et cer- taines toxines et antitoxines. Nous allons retrouver ces ana- logies au sujet de l'action de la chaleur. Mais nous avons d'abord à nous préoccuper du procédé de mesure. Au lieu de disséminer dans les chapitres j^récédents ce qui est relatif à ce sujet, il a paru meilleur de le condenser dans celui-ci, et c'est par là que nous allons commencer. 140. Méthodes de mesure. — Nous n'avons plus, au sujet des toxines et venins, les ressources trouvées dans l'étude des diastases. Nous ne savons pas ce que sont ces diastases, mais nous les connaissons par l'efTet qu'elles produisent sur un corps déterminé, le sucre, l'amidon, et nous prenons, pro- visoirement la mesure de cet efiet pour la mesure de la cause. Avec les toxines, cette dernière ressource nous manque. Nous les distinguons en gros les unes des autres par la nature des symptômes qui accompagnent leur action, mais nous n'avons pas de mesure entre ces symptômes, qui ne s'ajoutent pas comme des quantités arithmétiques, et se refu- sent, par conséquent, à toute numération. Le thermomètre, dont les indications sont physiquement des quantités mesurable^s, peut servir, mais seulement dans une certaine mesure, à apprécier la gravité des symptômes. Il en est de même de l'état du pouls, du nombre de mou- vements respiratoires, et des autres moyens physiques ou chimiques de diagnostic que la médecine met en œuvre. Mais on sait qu'il n'y a aucune proportionnalité entre les indications -20-2 CIIAIMTP.K XI (raiicmi iiislriiinciil et le degré d'atteinte de rorgaiiisine, qu'en particulier, au moment où celui-ci est le plus menacé et la mort imminente, il y a souvent contradiction entre la réa- lité et les apparences. On en est donc réduit à indiquer en gros, sans pouvoir la nombrer, la gravité des symptômes. Il n'v en a qu'un sur lequel on puisse tabler, c'est la mort de l'animal intoxiqué. Avec ce terme de com.paraison, nous allons retrouver quel- ques-unes des déductions relatives aux diastases. Des quan- tités de diverses dilutions d'un même toxique qui tuent dans le môme temps des animaux de même espèce, de même taille, de même poids, et de même état de santé apparent, peuvent être considérées comme contenant la même quantité de toxic|ue, et on peut, par conséquent, exprimer par des nombres leurs degrés divers de concentration en fonction de l'un d'eux pris pour unité. Si la mort n'a pas lieu dans le môme temps, mais dans des temps voisins, on peut aussi admettre, sans trop d'im- prudence, que les concentrations sont en raison inverse des temps nécessaires pour amener la mort. Mais il est dou- teux que cette loi soit encore vraie lorsque ces temps sont très différents, par exemple, doubles l'un de l'autre. On sait môme qu'il y a certains poisons qui, rapidement toxiques à un certain degré de concentration, sont tolérés et éliminés à des concentrations plus faibles. On sait aussi qu'il n'est pas indifférent d'inoculer, au même point ou en une seule fois, une certaine dose de toxique, ou de la fractionner en doses plus faibles qu'on inocule en des points différents, ou à di- vers intervalles. C'est que l'organisme inoculé n'est pas une masse inerte. Il réagit, se défend, et ses réactions dépen- dent du mode d'attaque. Elles varient avec lui : par contre, elles ne varient guère, d'un animal normal à un autre, quand le mode d'attaque est le même, et c'est sur cette quasi-cons- tance que nous pouvons tal)ler, de même que nous tablions sur la quasi-constance des réactions inconnues qui condui- INFUŒNCK DK J.A CHALKIR 20S sent à la coagulation d'un échantillon de lait pour apprécier la force de diverses présures. En représentant donc par Q la quantité d'action qui cor- respond à la mort d'un animal d'une espèce et d'un poids déterminés, nous pourrons encore appliquer la loi contenue dans la foruiule ou (I représente cette fois la concentration de la toxine, éva- luée comme nous l'avons dit plus haut, t la durée des phéno- mènes qui se déroulent du moment de l'intoxication à la mort, et a un facteur variable d'une toxine à l'autre, qui sera d'autant plus grand que la toxine amènera la mort sous un poids plus faible et dans un temps plus court, et que nous pourrons par conséquent considérer comme représentant la puissance de la toxine ou du venin mis en œuvre. Il est bien entendu qu'algébriquement, cette formule ne se tient pas debout. 11 n'y a aucune commune mesure entre la quantité du premier membre et celles du second. A propos des diastases, nous avions dans le premier membre une certaine quantité S — s de sucre hydrolyse ou d'amidon saccharifié , évaluée au moyen d'une unité que nous retrouvions au second membre. Ici Q est la quantité d'action ou de travail qui aboutit à la mort : elle n'est pas mesurable. Elle correspond pourtant, lorsque d et / varient peu, à une somme d'actions toujours la même, et cela nous suffit pour assurer l'exactitude de la for- mule dans ces conditions. Lorsque (f et t varieront davantage, il ne faudra plus considérer la formule que comme approxima- tive. Avec cette précaution nous pouvons faire un pas de plus. 141. Mesure des effets de la chaleur. — L'animal sur lequel nous étudions les effets des toxines étant un animal à température constante, nous ne pouvons pas faire ce que nous avons fait au sujet de la présure, mesurer les temps de mort de divers animaux inoculés à des températures ditférentes. Mais 20i CIIAIMTP.I-: XI nous |)()U\oiis, eoiiiiiic à ])r(»p()S de la présure, étudier les effets de la chaleur sur la toxine senle, avant de l'injecter dans les tissus. C'est ici que nous trouvons les ressemblances c|ue je signa- lais tout à l'heure. 11 en est pour les toxines comme pour les diastases, et les deux courbes de notre figure 13 qui donne une idée de l'action de la chaleur sur la diastase de l'urée peuvent aussi bien servir à caractériser l'effet de la chaleur sur les poisons sécrétés par le microbe de la diphtérie, celui du tétanos, ou sur les venins de serpents. A chacjue tempé- rature, il y a une certaine durée d'exposition que la toxine supporte sans faiblir, mais au delà de laquelle elle est un peu atteinte. Cette durée de séjour (jui la laisse intacte va en diminuant à mesure c[ue la température s'élève : c'est celle (|ui est représentée par la marche de la courbe a. A chaque température, à partir du moment où l'action d'affaiblissement est commencée, elle aboutit à une destruction complète en un temps d';iutant plus court que la température est plus élevée. De là, une seconde courbe, cpii s'abaisse encore plus rapide- ment (pic la première et qui pratiquement vient se confondre avec elle à une certaine Icmpévalui'e mortcUo^ celle à hujuelle une courte exposition annihile les propriétés mortelles de la toxine. Ce terme est naturellement moins net qu'à propos des dias- tases. Une toxine qui cesse de pouvoir tuer un animal, au bout d'un certain temps d'exposition à une certaine température, ne cesse pas par là brusquement d'être offensive et d'ame- ner des désordres parfois encore graves chez l'animal auquel on l'inocule. Mais l'expérience montre que ces désordres s'at- ténuent très vite au delà de la température mortelle, de sorte que celle-ci reste encore assez bien déhnie. Quelquefois les symptômes se perpétuent en changeant de nature. C'est alors un indice qu'il y avait dans la toxine chauffée deux toxines dif- férentes superposées, et (jue le chauffage permet de disso- cier, comme il nous permettra de dissocier l'amylase (jui liquéfie l'empois d'amidon et la dextrinasc qui le sacchari- iM'i.iKxci-: \)V. \..\ cil \i,i:i lî 205 fie. Passons en revue quelques exemples de ces actions di- verses. 143. diauffage de la toxine diphtérique. — J)ans leur jîremier mémoire sur la diphtérie^ Koux et Yersiu se deman- dent quelle est la nature du poison diphtérique, et s'il faut le rapprocher des diastases, ou bien des alcaloïdes qui résistent à l'action de la chaleur. Ils montrent que un liquide de culture fdtré, qui tue im cobaye de poids moyen quand on le lui in- jecte sous la peau à la dose de 1/8 de cent, cube, ne fait plus mourir des animaux de même espèce et de même taille quand on leur en injecte 1 ce. après chauffa,ee de 2 heures à 08". Le liquide n'est pourtant pas encore absolument inoffensif, car chez le cobaye il amène de l'œdème au point d'inoculation, et tue facilement encore les petits oiseaux. Le même liquide, porté pendant vingt minutes à 100°, peut être introduit à la dose de 313 ce. dans les veines d'un lapin sans lui causer aucun ma- laise immédiat, tandis qu'avant le chauffage, 0,o ce. en injec- tion sous- cutanée ou intraveineuse amenait sûrement la mort. Ce chauffage à 100% fait dans des tubes scellés et presque rem- plis, afin d'éviter que l'action de l'air vienne s'ajouter à celle de la température, n'amène dans le liquide aucun précipité ni même aucun trouble. La toxine est pourtant détruite en pres- que totalité. Je dis pres<{ue, parce que les animaux qui ont reçu dans le tissu sous-cutané ou dans les veines de fortes quantités de liquide chauffé, finissent toujours par succomber au bout d'un temps plus ou moins long, sans doute parce que certains de leurs éléments anatomiques finissent par con- denser les minimes quantités de toxine éparses dans le liquide chauffe et qui de la région inoculée ont passé dans la circula- tion générale. 143. Chauffage de la toxine tétanique. — ALM. Vaillard et Vincent ont soumis à la même méthode d'investigation le poison que Knud Faber avait découvert dans les cultures du bacille du tétanos, et (ju'il avait vu se détruire par un chauffage -206 CIlyVriTHE XI à ().')". Ils ont vu quiin liquide lilti'é, qui tue l'apidemcnt un eol);ive à la dose de 1/200 de cent. cul)e, est déjà considcra- hleuient all'aihli (juand on le cliaufle (mi vases clos pendant 10 minutes à 00", ou 20 minutes à ()2". Il met 4 à 5 jours à tuer un animal auquel on l'inocule à la dose de 1 cent, cube, alors (ju'il le tuait en deux fois moins de temps à une dose 200 fois moindre. Si la foi-mule que nous avons établie plus haut s'étendait encore à ce cas, la valeur a serait iOO fois plus petite après chauffage qu'avant. Un chaullage de 30 minutes à (Jo", en vases clos, rend le poison tétanique tout à fait inactif, et les cobayes, auxquels on en injecte 1 ce. et pins, n'éprouvent aucun trouble immédiat ou ultérieur. L'action de la chaleur est plus complète qu'à propos du poison diphtérique. 144. Mesure de l'activité dune toxine. — L'étude des toxines a pris une telle importance, que bon gré, mal gré, il a fallu, quelles que fussent les imperfections de la doctrine, ar- river à un moyen dévaluation. Plusieurs ont été proposés. Le plus simple est la définition de l'unité toxique telle qu'elle a été proposée par Roux et Vaillard pour la toxine tétanique, et dans laquelle le travail que nous avons représenté par Q est considéré comme proportionnel au poids de l'animal. Si on convient, comme à propos de la présure, d'une certaine durée d'action représentée par le temps écoulé entre le moment de l'inoculation et celui de la mort, la toxicité d'un venin, ou d'une toxine, sera représentée par le nombre de grammes ou de kilogrammes d'animal que l'unité de poids de cette toxine sèche pourra tuer dans le temps pris pour unité. Cette défi- nition est calquée, comme on voit, sur celle de la force d'une présure, et aurait la même sûreté si la proportionnalité entre la (juaniUc (V animal et la quantité de toxine était aussi bien démontrée qu'entre la quantité de lait et celle de présure. Quoi qu'il en soit, cette convention est commode, et fournit des chiffres qui sont intéressants alors môme qu'on ne les prend pas au pied de la lettre. Ainsi une toxine tétanique provenant INFLUEXCK DE LA CIIAr.ErR 207 d'une culture en bouillon possède, après IH à "20 jours, une puissance telle que 1/100 de milligTanime dé cette toxine pré- cipitée, desséchée et remise en solution dans l'eau, tue dans les délais normaux, auxquels on est oblige de laisser un peu d'élas- ticité, un cobaye de oOO er. Sa toxicité sera donc représentée par le rapport de ces deux cbilFres, c'est-à-dire par 50.000.000. Un cheval de 500 kilos meurt sûrement avec une dose de 6 milli- grammes. Ici, la toxicilé est représentée par 80.000.000 envi- ron. Avec une dose de 1/1000 de milligramme on tue une souris de 20 grammes. Yis-à vis de cette espèce de souris, la toxicité est de 20 millions. On trouverait des chitFres du même ordre pour la toxine diph- térique. Pour les venins ils sont à la fois plus variables et plus petits, même pour les venins les plus actifs. Ainsi d'après M. Cal- mette, il faut environ 0,25 mgr. de venin de /laja tripiulicuis pour tuer dans le délai convenu 1 kilogramme de lapin. Ici la toxicité est de 4 millions. Elle est de même, pour le lapin : de o.4o0.000 pour le venin ù'Hoplocephalus >) 800.000 » ûePseudec/iis » 2.50.000 » AQPeUasberus Le cobaye est plus sensible que le lapin, et il suffit par exem- ple de 0,15 mgr. de venin de vipère pour tuer, en 12 heures, 500 gr. de cobaye. Sa puissance est donc ici de 3.300.000 alors qu'elle était de 250.000 pour le lapin. Par contre, il y a des espèces moins sensibles. Yis-à-vis du chien par exemple, la toxicité du venin de cobra est de 650.000, tandis qu'elle est de 4.000.000 vis-à-vis du lapin La valeur de la quantité a varie donc d'une espèce à l'autre, mais elle peut aussi varier pour une même espèce suivant cer- taines influences, parmi lesquelles nous trouvons en première ligne celle de la chaleur. 145. Chauffage des venins. — MM. Phisalix et Bertrand, en chauffant une solution à 1/5000 de venin de vipère dans l'eau glycérinée, avaient vu que la puissance du venin diminuait -j(KS CII.MM l'I'.l': \l crantant [)liis (|iic la loin|)(''i'atiu'o (^st plus élevée, on la durée du chauffage plus longue à une même température. (î'est à partir de 75" (jue Taction devient manifeste. Un quart d'heure de séjour à celte température annihile presque la toxine : il suffit de 5 minutes à 80°. Calmette a repris ces expériences sur d'autres venins plus ac- tifs, (iclni de C()I)ra rr/yy^^/ perd sa virulence après 20 minutes à 90". Celui iyWo ploie phaliis est un peu plus résistant. Il est encore un peu toxique après 10 minutes entre 100 et 102° ; il ne devient inoffensif qu'après 15 minutes. Celui do PscudeiJiis est détruit entre 99 et 100" ; celui de vipère entre 95 et 91". Ces écarts sont minimes, mais ils deviennent plus considérables si on opère le chauffage sur des solutions plus diluées. Ainsi 1 mil- ligr. de venin de cobra, en solution au 1/10000, devient inoffen- sif pour le lapin après 10 minutes à 90". Avec le venin de vipère dilué, M. Calmette a retrouvé à peu près les chiffres de Phisalix et Bertrand, les petites différences qui persistent éfant de celles que peuvent expliquer les différences dans les conditions du chauffage. Je n'insiste pas pour le moment sur les différences d'effet pro- duites parle chauffage. Le toxine ou le venin qui ont cesse de pouvoir tuer l'animal inoculé ne sont pas pour cela devenus absolument inoffensifs, et amènent parfois un œdème plus ou moins volumineux. 11 faut savoir aussi (pi'ils peuvent encore tuer l'animal d'expérience, lorsqu'on augmente énormément la dose, ou bien lorsque cet animal n'est pas un animal normal, et a subi antérieurement une maladie ou une inoculation qui l'a affaibli dans une certaine direction, tout en le fortifiant dans une autre. 11 y a là des notions qui sortent un peu du terrain sur lequel nous devons rester dans ce livre, et que nous retrouve- rons ailleurs. Je me contente pour le moment de conclure que les effets de la chaleur sont les mêmes sur les diastases, les toxines elles venins. 11 y a une autre remarque à faire. Nous avons vu que toutes les diastases sont détruites avant l'ébullition. Voici que nous trouvons des venins qui résistent à 100", et nous trouverions i.M'Li i:.\(;i': di: la ciiaij-uu m) des cliith'cs encore plus élevés si nous nous adressions à des toxines végétales telles que Ydliritic et la ririnr, extraites de Ydinus jtrr(ntorui'< et du l'iein commun. Ces toxines végétales sont une transition vers les alcaloïdes végétaux, tels que la stry- chnine, la morphine, la quinine, dont les dissolutions résistent à l'ébullition et sont très peu altérables sous l'action de la cha- leur. L'activité de ces alcaloïdes est comparable à celle des toxines bactériennes. Il suffit de 3 milligr. de chlorhydrate de strychnine pour tuer un chien de Jo kilos, ce qui donne pour la puissance toxique de ce sel, mesurée comme nous l'avons fait plus haut, le chiffre de 5 millions. Le mécanisme de la mort est, en outre, comme nous le verrons, à peu près le même dans ces divers cas. 11 est donc impossible de séparer les toxines des alcaloïdes végétaux, et cette notion nous permet de ne pas nous préoccuper des différences relevées au sujet de l'action de la température. Nous verrons du reste qu'il y a des cas où les dias- tases les plus fragiles sujiportent rébullition, de sorte que, même de ce côté, les différences que nous avons signalées s'at- ténuent. L'essentiel est d'avoir montré que l'action de la chaleur a partout la même marche, quels que soient les degrés de l'é- chelle thermométrique sur lesquels elle se manifeste. 146. Sérums antitoxiques. — Xous n'en avons pas ter- miné avec ce sujet, et il nous reste à l'étudier pour ainsi dire à rebours, et en nous mettant cette fois du côté de l'organisme inoculé. Quand il ne succombe pas à l'intoxication, il sort de l'épreuve revêtu d'une qualité nouvelle, qu'on peut renforcer chez lui, par l'accoutumance, et qui aboutit à hi mitlu'idatisa- tion quand il s'agit des poisons, de même que l'accoutumance bactérienne aboutit à l'immunité. Nous n'avons pas à nous occuper des mécanismes divers qui commandent ce changement de propriétés cellulaires. Nous n'a- vons qu'à les envisager dans leurs résultats d'ordre chimique dont le plus curieux, le plus imprévu, et jusqu'ici le plus im- portant résulte de la découverte de Behring. C est l'apparition, dans le sang des animaux vaccinés soit par des cultures bacté- -_)|o ciiAi'iTiii-: XI rionnes, soil par leurs loxines, tle propriétés à la fois préven- tives et thérapeutiques. L'expérience est très nette avec la toxine tétanicpie. I^renons- cn une dont 1 inilligr. suffit poui' tuer une souris, uiélangeons- la avec seulement 1/100 de son volume du sérum provenant d un animal solidement immunisé contre le tétanos, et nous ver- rons que l'inoculation du mélange à une souris restera inoti'en- sive. Le poison semble donc neutralisé comme dans une vérita- ble réaction chimique, dans une véritable saturation, car si on ajoute moins de sérum, la toxine reparait d'autant plus active que la pi'oportion de sérum ajoutée est [)lus faible. Déjà, à cette limite, la puissance protectrice du sérum semble énorme. Nous allons tout de suite pouvoir l'évaluer en fonction de la puissance de la toxine. Vis-à-vis de la souris, nous avons vu ({ue la toxicité pour la toxine tétanique était de 20 millions. Si un certain volume de sérum neutralise 100 fois son poids de toxine, il peut préserver de la mort un poids d'animal repré- senté par 100 fois 20 millions ou par 2 billions. Ce mode de notation n'est pas tout à fait celui qui a été proposé par Behring-, mais il s'accorde, comme on voit, avec les principes généraux qui nous ont servi à l'évaluation de la puissance des diastases. Nous mesurerons donc l'activité d'un sérum par la quantité né- cessaire pour préserver 1 gramme d'à minai contre l'inoculation de la dose mortelle de la toxine correspondante. Ainsi, un sérum sera actif au dix millionnième lorsque 1 gr. de ce sérum suffira à immuniser 10.000 kilogrammes de souris, par exemple, ou 500.000 souris de 20 gr. Chacune de ces souris pourra être ren- due réfractaire à la dose de toxine mortelle par l'inoculation de 1/500.000 de cent. cube. L'activité des sérums ainsi mesurée est énorme. On obtient avec le cheval des sérums antidiplitéri- ques dont l'activité dépasse dix billions, et Roux a obtenu des sérums antitétaniques dont l'activité dépasse un trillion. Il y a nécessairement un peu de flottement dans ces chiffres, car, malgré les apparences, la neutralisation de la toxine n'a aucun des caractères d'un phénomène chimique. Buchner a vu qu'une toxine qui est neutralisée pour la souris est encore ac- INFLUENCK DK J.A CHALE TR 211 tive sur le col)ayc. Roux a vu que le mélange de toxine et de sérum, dans lc(|uel on a abaissé la proportion de sérum jusqu'à la limite qui le rend inolfensif pour le cobaye, n'est pas inoiien- sit" pour tous les cobayes inoculés, alors même qu'ils ont même apparence de santé et ont le même poids. Si on élève la propor- tion de sérum de façon à rendre ces mélanges sûrement inof- fensifs à la dose de 1 ce, ils ne le sont plus à la dose de 3 ce. Il n'y a donc pas saturation ou destruction de la toxine, et il semble que les efiets en soient seulement mastjués par une autre substance apportée par le sérum dans le mélani:e. C'est là l'hypothèse la plus généralement adoptée aujourd'hui comme explication. On admet une antitoxine antagoniste de la toxine, et un antivenin antagoniste du venin. Nous n'avons pas à nous préoccuper en ce moment de l'ori- gine de ces antitoxines chez l'animal immunisé. Pour les uns, elles dérivent des réactions des cellules normales des tissus ; pour les autres, elles ont surtout leur origine dans les leuco- cytes, et c'est cette dernière théorie qui a pour elle le plus grand nombre des faits observés. Les leucocytes sont très ri- ches en diastases diverses, précisément parce qu'ils ont des pro- priétés digestives et phagocytaires très énergiques, et plus on va, plus on voit que leur mode de réaction vis-à-vis des toxines solubles se confond avec leur mode de réaction contre les es- pèces vivantes c[ui sécrètent ces toxines. Mais nous devons nous borner pour le moment à ces notions générales, et revenir à notre objet qui est de nous demander si ces antitoxines existent et si elles sont assimilables aux diastases et aux toxines. l-éT. Action de la chaleur sur les antitoxines. — On n'a sur ce point que quelques renseignements épars, tirés de l'é- tude de l'action de la chaleur. Lorsqu'un liquide protecteur quelconque, soit contre une inoculation bactérienne, soit contre une injection de toxine ou de venin, perd sa puissance par un cliauffage à une certaine température, l'hypothèse adoptée pour expliquer son action avant chauffage conduit à conclure que l'action de la chaleur a détruit eu elle la -2\-2 CIIAIM'I'Iti; XI siihsiiiiico iniiimiiisaiilc aiilitu.\i(jMC ou auliveniincusc. .Nous \(>ri()iis hicutol, (jiiaïul nous aurons étudié l'aclion des maté- riaux i)r(''S('nls dans le licjuido sur les efiets de la diastase ou de la toxine ((ui y est contenue, que cette conclusion peut être tout à l'ait fausse, et qu'en modifiant la nature ou la propor- tion de certaines substances latérales à la diastase ou à la toxine, par exemple, des phosphates alcalins ou alcaliuo-ter- l'cux, la chaleur peut conduire aux mêmes résultats qu'en agis- sant sur la diastase ou h» toxine elle-même, mais nous accepte- rons pour le moment les faits avec l'interprétation qu'on leur a donnée. Il nous suffit, jusqu'à plus ample informé, d'avoir fait cette réserve. 148. Alexiiies de Bucliner. — Les alexiiies de Buchner sont plutôt des substances bactéricides qu 'antitoxiques, mais nous ne pouvons les faire sortir de notre cadre, les inocu- lations bactériennes agissant surtout par leurs sécrétions toxiipies. lîuchner a vu que ces alcxines se comportent, sur beaucoup de points, comme les diastases. Elles n'agissent que lorsqn'elles sont en présence des sels qui les accom- pagnent d'ordinaire. Elles faiblissent dès qu'on enlève ces sels par la diastase ; elles reprennent leur action lorsqu'on les restitue. Elles suspendent leur action, sans pourtant se dé- trnire. (juand on al^aisse la température. Elles la perdent quand on les chautfe à 55". Buchner a renoncé à les isoler et à caractériser par conséquent leur nature. Cependant, il les croit de nature albuminoïde. 149. Extraits leucocytaires de Jacob. — Dans ses re- cherches, iiuchner avait eu l'occasion de remarquer qu nn sérum inactif, au point de vue de l'action des alexines, deve- nait actif lorsqu'on y introduisait et qu'on y laissait macérer des leucocytes. Ce fait et le rôle important que ^Metchnikotf assigne aux globules blancs dans l'établissement de l'immu- nité, a conduit Jacob à étudier un « extrait leucocytaire » qu'il prépare de la façon suivante. Du sang, recueilli dans la caro- iM17 superposent des effets de dilution, et éventuellement des trans- formations chimiques produites sous l'influence des agents employés. Dans l'ensemble on dit qu'elles s'atténuent, que leur inoculation à des doses mortelles devient de plus en plus inotl'ensive, et qu'avec quelques précautions on peut mithri- datiser des animaux- avec des toxines atténuées, de façon à les rendre moins sensibles à l'action des toxines. Nous n'avons pas à entrer ici dans l'étude physiologique de ces faits. Il nous suffit de les considérer comme fournissant un moyen d'exa- miner et même d'évaluer les effets de la chaleur ou ceux de l'électricité sur les toxines mises à l'essai. 153. Action des courants continus. — MM. Smirnow, Kriiger, d'Arsonval et Gharrin ont fait agir des courants conti- nus sur diverses toxines bactériennes. M. Smirnow a opéré avec la toxine diphtérique, qu'il a fait traverser par des courants fai- bles longuement prolongés. Il se produit naturellement des dé- compositions électrolyfiques auxquelles M. Smirnow n'attache pas d'importance, mais qui sont pourtant redoutables parce que le liquide toxique contenant des chlornres, il se forme au pôle positif des hypochlorites et du chlore, corps vis-à-vis des- quels les toxines sont très fragiles. Les résultats fournis par l'inoculation à un animal de la toxine électrolysée, dépen- dent à la fois et du degré d'affaiblissement de la toxine et des effets oxydants des hypochlorites provenant de l'électrolyse. Il n'y a là aucun effet discernable de Télectricité. MM. D'Arsonval et Charrin ont fait de même traverser par le courant régulier d'un accumulateur de la toxine diphtérique et de la toxine pyocyanique contenues dans un tube en U portant dans sa courbure un tampon d'ouate hydrophile empê- chant le mélange des liquides des deux branches. L'intensité du courant était de 20 milliampères, sa densité de 10- milli- ampères par centimètre carré, et la différence de potentiel entre les deux électrodes de 20 volts. La durée du passage a été de 65 minutes. L'expérience terminée, on a recueilli séparément les liquides des doux branches. On a trouvé qu'ils contenaient ^18 ClIAlMTin'. \II tous deux uiu! toxine all'aiblie, et celle du pôle positif seinlilait même l'être moins ([ue l'autre pour la toxine diphtérique. Les deuv li(jni(les inoculés étant ditï'ércnts lun de l'autre, en ce qui concerne non seulement la toxine, mais aussi leurs autres éléments, il n'y ci encore rien à tirer de cette expérience au sujet des actions de l'électricité. L'action d'un courant intermittent à haut potentiel, fourni par une bobine d'induction de quantité, n'a pas été plus mani- feste sur de la toxine pyocyanique. Le courant passait toujours dans le môme sens dnns le tube, ,^■ràce à l'introduction dans le circuit de la bolïine d'un micromètre à étincelles. Au bout d'une demi-heure, à raison de 60 étincelles par seconde, la quantité totale d'électricité écoulée était de 7 coulombs. Il y en avait eu 78 dans l'expérience précédente. Ici, il y a encore eu atténuation de la toxine dans les deux branches, et MM. d'Arsonval et Charrin se sont sentis encouragés à essayer l'action des cou- rants de haute fréquence, en remarquant que la bobine avait diminué l'action chimique, mais augmenté ce qu'ils appellent Fébranlement moléculaire de la culture. Ils se sont servis pour cela d'un solénoïde traversé par la décharge oscillante d'un condensateur actionné périodiquement par un transformateui' à basse fréquence. Aux deux extrémités du solénoïde viennent s'attacher deux tils de platine qui plon- gent dans le tube en U contenant la toxine. Celle-ci se trouve dès lors traversée par des courants oscillants présentant environ 200.000 renversements par seconde. De ce traitement, la toxine leur a paru sortir très atténuée, et capable, lorsqu'on l'inocule à nn animal, de lui permettre de résister ensuite plus facilement i\ l'inoculation de la toxine neuve à dose mortelle. M. Phisalix a trouvé que le venin de vipère subissait aussi, sous l'influence du môme traitement, une atténuation qui en faisait un vaccin. L'action chimique est à peu près absente dans ces conditions. Mais l'intensité (7o0 milliampères) et la densité du courant (250 milliampères par cent, carré) sont beaucoup plus gran- des que tout à l'heure, et réchauilement a été tel qu'il aurait porté à l'ébullition en quelques minutes le liquide du tube en LXFLUENCI-: DE T/KLKCTIJICITh: Sl'll LKS DIASTASKS 219 U, s'il n'avait pas été combattu. L'a-t-il été assez ? Il semble que non, d'après les expériences de M. Marmier. 153. Expériences de M. Marmier. — Ce savant s'est servi du dispositif employé par MM. d'Arsonval et Charrin. Un courant alternatif passe dans le primaire d'une bobine Carpentier gi'and modèle. Le secondaire de la bobine est relié aux armatures extérieures de deux grandes jarres et à un micro- mètre à étincelles, entre les boules duquel on souffle l'arc. Les armatures intérieures de ces condensateurs sont reliées par nu solénoide. Des deux extrémités du solénoïde partent, en dérivation, deux fils amenant le courant aux deux extrémités du tube contenant la toxine. Le nombre des oscillations était d'en- viron 500.000 par seconde. Pour éviter l'élévation de température, on a introduit la toxine dans un tube étroit, et en verre mince, qu'on maintenait dans la glace ; ce n'était pas encore suffisant. Il fallait en outre in- terrompre fréquemment le passage du courant, de façon à per- mettre la difïusion dans la glace de la chaleur produite. M. Marmier a étudié par cette méthode des venins et des toxines. Le venin était un mélange de venins de Cobra, de Bothrops lanceulatiis de la Martinique, à'HopIocepha/us d'Australie et de Pseudechis jiorphi/nacus d'Australie. Ce mélang-e n'est pas mo- difié par le chauffage jusqu'à 90'^ ; mais, à partir de cette tem- pérature, il perd prog-ressivement de son activité. Ce venin fut soumis à l'action des courants à haute fréquence avec un potentiel explosif de 20.000 volts. Mais il avait une grande résistance, et, malgré cette force électromotrice considé- rable, il ne laissait passer, comme courant efficace, que 08 mil- liampères par cent, carré. Après 25 minutes il fut inoculé à des lapins et ne se montra nullement affaibli ou atténué. Une deuxième expérience, faite avec des courants plus in- tenses, aboutit au même résultat. Il a été fait de même plusieurs expériences avec la toxine diphtérique, en employant des courants dont les densités ont 2^0 CIIAlMTlir; MI varié do 1 10 à OOd milliainpèi'es par cent, carré. En prenant les pi'écaulioiis indiquées contre réchauffement, il ne s'est jamais produit le moindre abaissement de toxicité de cette substance, et c(da, malgré de .^-randes dépenses d'énerg-ie et des forces éloctromotrices qui ont atteint plus de 30.000 volts. 11 en a été de même pour la toxine tétanique. Concluons donc que même les courants à haute fréquence sont sans action sur les toxines et les venins, et qu'on ne connaît encore aucune influence de l'électricité sur ces substances et sur les diastases. C'est la conclusion à laquelle nous étions déjà arrivés au sujet des microbes. BIBLIOGRAPHIE G. A. Smirnow. Ueber die Beliandiung der Diphtérie mit Antitoxinen, die ohne VermitteJung de.s thierischen Organisnuis darstellbar sind. Bcrliner klinische Uoc/tcnscAri/^ 23 juillet 1894, p. 683. G. A. Smirnow. Ueber die Behandlung der Diphtérie mit kiinstlich darges- lellten Anliloxinen. Berliner klinische Wochenschrifl, 1895, p. G45 et 675. S. Xrûger. Ueber die chemische Wirkung der Elektrolyse auf toxische iind immuni-sirende Bacteriensubstanzen. Drutsclw viediciiiisclw Wochenurhrlfl, 23 mai 1895, p. 331. D'Aksonval et Charrin. Action des courants à haute fréquence sur les toxines bactériennes. Comptes rendus, Acniléinie des Sciences, 10 février 1896, et Comptes rendus, Société de biologie, 1896, pp. 96, 121, 153. Phisalix. Atténuation du venin de vipère par des courants à haute fré- quence. Comptes rendus. Soc. de bioloyie. 1896. p. 233. A. MAUMiia!. Les toxines et l'électricité. Ann. de l'Institut Pasteur, 1896, t. X, p. 409. CHAPITRE XIII ACTION DE LA LUMIÈRE SUR LES DIASTASES Nous avons vu, dans les chapitres qui précèdent, que l'action de la chaleur et de rélectricité se méhuige toujours, dans une mesure variable, de retiet de l'oxygène. Il en va être de même pour les elïets de hi lumière, d'ordinaire superposés à une oxy- dation. Pour rendre aussi méthodique que possi])le l'exposé de ces faits complexes, j'étudierai dans ce chapitre l'action simul- tanée de la lumière et de l'oxygène qui interviennent ensemble dans la grande majorité des cas, non seulement (piand on fait agir les diastases à l'air libre, mais encore souvent quand on les fait agir en vase clos, ou même en présence de l'acide carbo- nique. Il ne faut pas oublier, en effet, que la diastase étant très active sous un poids très faible, n'a pas besoin de beaucoup d'oxygène pour devenir inactive, et que celui qui reste dans un liquide qu'on n'en a pas complètement débarrassé par une ébul- lition dans* le vide, peut parfois être suffisant. 154. Expériences de Do^wnes et Blunt. — La première expérience ayant mis en évidence une action destructive de la lumière sur les diastases, est due à MM. Downes et Blunt, aux- quels on doit aussi d'avoir inauguré l'étude de 1 intluonce de la lumière sur les bactéries. Ces savants ont constaté qu'une macé- raiion filtrée de levure de bière devenait incapable d'intervertir le sucre après une exposition de durée suffisante au soleil. Quand on prend des dissolutions de sucrase plus pures, je veux dire plus débarrassées de matière organique étrangère que celle dont se servaient MM. Downes et Blunt, on trouve que leur fragilité à la lumière est très grande. En me servant de la sucrase de Yasporyilhis nif/rr ou d'une présure provenant de la macération 2^2 CIIAPiriiK Mil dans Vcun (l'une iim(|ueiiso IVaiclic, j'ai toujours vu (|ue[([ues heures d'expositiou au soleil enlever presque toute leur force à CCS dissolutions de présure ou de sucrase, et, en étudiant de plus près ce sujet, j'ai observé des faits curieux. Une dissolution de sucrase dans de l'eau qu'on a laissée ex- posée au soleil s'oxyde et s'affaiblit plus vite que si elle est faite dans de l'eau ayant séjourné à l'obscurité. 11 y a inéme plus. 11 suffit c[ue le flacon où l'on introduit la dissolution ait été exposé au préalable au soleil pour cjue raffaiblisse- ment y soit plus rapide que dans un flacon laissé à l'ombre. Voici quelques nomljres qui donneront une idée du phéno- mène. <)n a exposé, à 37°, o nùlligramnies d'une sucrase neutre et très pauvre en sels minéraux, provenant d'une cul- ture d'aspergillus, avec l8'',5 de sucre. L'eau et les flacons avaient été, au préalable, placés dans des conditions diverses suffisamment indiquées au tableau suivant. Les nombres con- tenus dans les deux dernières colonnes sont les quantités de sucre transformées au bout de 15 heures dans deux essais comparatifs mis en expérience en même temps. 1" essai '2* essai Liquide laissé à l'oliscurilé, tlacon à robseurilé.. O^-'^OGG 0j-'i',064 — au soleil, — à robseurilé. . ,046 ,0i6 — à l'obscurité, — au soleil ,040 ,0io Cette espèce d'emmagasinement de l'action solaire dans l'eau persiste encore après 24 heures de séjour de l'eau à l'obscurité, mais, au bout de 48 heures, il a disparu. Avec la présure, on peut constater des faits analogues, et c'est avec raison (ju'on recommande de conserver à la cave les bou- teilles noires où on vend les présures commerciales, et de ne les laisser jamais débouchées. Pendant la préparation de ces pré- sures, on observe un fait qui est sans doute en relation avec ce que nous venons de découvrir, c'est ce qu'on appelle la rctro- gradation. Une présure qui, au moment où l'on vient de la fa- briquer, peut, par exemple, coaguler 15.000 fois son poids de lait, ne peut plus en coaguler que 8 à 10.000 parties quelques ACTION DK LA M':\lli:P,i: Sril LKS niASTASES 223 semaines après. 11 y a probablement là, comme nous l'avons dit plus haut, un fait d'absorption lente de l'oxyiièjie dissous dans l'eau. Cette intervention de l'oxygène est, en effet, toujours gra- duelle : elle se fait plus lentement dans les liquides fortement chargés de sels, et c'est pour cela que^, pour la bien observer, nous avons été obligés de nous adresser, plus haut, à une su- crase aussi pure que possible. Mais elle n'est jamais absente, et il faut toujours se tenir en garde contre elle. M. Fernbach a confirmé depuis ces résultats au sujet de la sucrase, en y ajou- tant quelques faits nouveaux. Tout d'abord, la luniih-c solaire n'a aucune ac/ion sar la su- crase dans II' ride, quelle que soit la réaction du milieu. On a pu laisser des tubes exposés au soleil pendant le mois d'août tout entier, sans avoir vu leur a-ctivité diminuer. Une constatation analogue avait été faite par M. R.oux pour le poison de la diph- térie, sans que cependant l'expérience eût été prolongée pendant aussi longtemps. Il y a donc action de l'oxygène, et conformément à cette no- tion, l'expérience montre aussi que la destruction de sucrase est plus rapide dans un vase plat que dans un tube à essai où la surface exposée à l'air est restreinte. De plus, la résistance à l'action combinée de l'oxygène et de la lumière est plus grande dans un liquide alcalin que dans un liquide neutre, et dans ce dernier que dans un liquide acide. En exposant au soleil un li- quide diastasifère additionné (A) de 1/5000 d'acide acétique, (C) de 1/11.000 de soude, et (B) laissé tel quel, M. Fernbach a trouvé, pour la diminution centésimale de a, de ce que nous avons appelé (113) Yaetivifé, les chiffres suivants : B (neutre) C (alcalin) 36 0/0 32 0/0 ol » 45 » La nature de l'acide employé pour aciduler la liqueur semble n'avoir aucune importance. 155. Etudes de G-reen. — C'est ici le moment de revenir Durée de l'insolation A (acide) 2 h. 30' 00 0/0 4 h. » n » '2'2\ CIIAIMTIII'. Mil aux ('(niclusions do MM. lîrowu ci Morris, (jiic nous avons rencontrées au clin[)itrc lY, et qui attribuaient les variations ol>servées dans la (juantité de diastase des feuilles à des eauses physiologiques, à des actions de cellules vivantes. Nous avons vu qu'on ne s'expliqnait pas facilement ainsi pourquoi il y avait une diminution constante de la diastase après une période d'éclairement. Au contraire, ce phénomène s'expliquait Jjien par une action de la lumière. Green a cherché si l'expérience concordait avec cette manière de voir. Il a commencé par employer les mêmes procédés opératoires (]ue Brown et Morris. Les feuilles de P/u/sro/ns mh/aris étaient cueillies de bon matin et étendues sur des châssis, le pétiole plongeant dans l'eau. Chaque feuille comporte trois folioles assez grandes, dont chacune était couverte à moitié d'un papier noir jus(ju'à la nervure médiane. Puis le tout était exposé à la lu- mière. Le soir, on tuait rapidement les feuilles au moyen des vapeurs de chloroforme ; on les desséchait vers 35", et on mé- langeait avec des volumes égaux d'amidon solublc des poids égaux des parties éclairées et non éclairées, pulvérisées fine- ment. Après une exposition de ar la dernière. M. Green, qui n'a songé à incriminer que les matières albuminoïdes, bien moins abondantes pourtant, d'or- dinaire, que les matières gommeuses ou hydrocarbonées, se contente, pour étudier l'influence du suc cellulaire, de comparer les pertes dans une solution de diastase additionnée on non d'un peu d'albumine. Dans une expérience faite sur la salive, le lot sans albumine avait perdu 00 0/0 de sa diastase, et celui avec albumine seulement 18 0/0 comparativement au lot conservé le même temps à l'obscurité. La protection conférée par la présence de l'albumine n'est pas douteuse et elle aug- mente avec la proportion d'albumine présente. La protection produite par la chlorophylle est plus difficile à étudier, parce que les seuls dissolvants qu'on connaisse à cette substance^ l'alcool, la benzine, sont déjà, par eux-mêmes, tellement absorbants pour les rayons qui détruisent la diastase, que l'adjonction de chlorophylle ne produit aucun effet. Mais on peut aborder le problème par une autre voie dans laquelle M. Green a trouvé quelques-uns de ses résultats les plus intéressants. 15*7. Effet des diverses parties du spectre. — Jusqu ici, nous avons opéré sur l'ensemble des radiations de la source lumineuse, en y exposant les plaques de gélose nues, ou les diastases contenues dans un flacon à parois de quartz. Opérons comparativement dans un vase de verre qui arrête en grande partie les radiations ultra- violettes. Nous observerons une augmentation au lieu d'une diminution dans la quantité de diastase ; cette augmentation a été de 33 0/0 après un éclai- rement de 20 heures par l'arc de 2.000 bougies. x\u soleil, l'augmentation est plus faible mais sensible, à la condition pourtant qu'on ne pousse pas trop loin l'expérience, car lorsque l'exposition à la lumière, quelle qu'elle soit, dure trop long- temps, on finit toujours par aboutir à une destruction de la ACTION DE LA LUMIERE SUR LES DIASTASES 227 diastase. Toutefois, temporairement, il y a dans la lumière des radiations qui semblent la favoriser tout d'abord, si plus tard elles lui nuisent. Pour étudier la place qu'occupent dans le spectre visible ces radiations utiles, il n'y a qu'à éliminer les radiations nuisibles en se servant de flacons de verre pour contenir les diastases et cl fractionner les radiations visibles au moyen d'écrans colorés. M. Green s'est servi de ceux de Landolt. Le rouge était obtenu en superposant une solution d'hexaméthylpararosaniline à 30 milligTammes par litre à une solution à 10 0/0 de chromate neutre de potasse. Pour l'écran orangé, on superposait trois solutions, l'une de sulfate de nickel à 30 0/0, l'autre de chro- mate jaune à 10 0/0, la troisième de permanganate de potasse à 2 0/0. L'écran vert était fait d'une solution de chlorure de cuivre à 60 0/0 superposé à une solution de chromate neu- tre de potasse à 10 0/0. Le bleu était donné par du sulfate de cuivre ammoniacal, dilué jusqu'à ce que les radiations transmises atteignent la limite des radiations de l'écran vert. Enfin, les rayons infra-rouges étaient tamisés au moyen d'une solution d'iode dans le sulfure de carbone. Gomme ils inter- venaient avec toutes les autres solutions colorées servant comme écrans, il a fallu corriger de leur influence les effets observés au travers de ces écrans. Il est clair que cette correction est un peu incertaine, et même que l'ensemble de ces observations peut sembler mal défini. Les écrans ne laissent pas passer les radiations dans les proportions de leur mélange normal dans la lumière solaire, ou de leur mélange, du reste variable, dans la lumière de l'arc. Mais c'est d'une distribution de qualité le long du spectre, et non d'une distribution de quantité, dont nous nous préoccupons pour le moment. 158. Résultats de M. G-reen. — Voici les résultats de M. Green, résumés dans un tableau qui donne les longueurs d'onde extrêmes correspondantes aux divers écrans, et l'aug- mentation ou diminution centésimale de diastase salivaire, ob- servée pour une même durée d'exposition derrière ces écrans, -2'2H ClIAPITlîE XIII comparativement à un échantillon tout pareil conservé dans l'obscurité. Augmentation ou diminution Longueur d'onde centésimale Partie du spectre correspondante de la diastase Infra-rouge Su p. à 720 a -j- 10,8 Rouge. ..\ 7^20-040 ' -|- 53,5 Orangé 040-585 -j- 4,7 Vert.... 58.5-500 — 15,7 Bleu 500-430 + 20,8 De ces chiffres, nous pouvons tirer de suite une conclusion relative aux rayons ultra-violets. INous avons vu ([uh nu, ou derrière des lames de quartz, l'effet de toutes les radiations est destructeur. Nous voyons ici que les rayons infra-rouges et toute la partie visible du spectre est utile, sauf une bande dans le vert. Nous pouvons donc conclure que ce sont les rayons chimiques et ultra-violets qui sont surtout nuisibles. L'étude de la transmission au travers du verre aurait pu nous conduire à la même conclusion, qui est d'un autre côté d'accord avec ce que nous savons (V. chapitre XXII, t. I) sur les ra- diations nuisibles aux bactéries, et qui appartiennent aussi à l'extrémité la plus réfrangible du spectre. Laissons, pour le moment, de côté cette question de sur- production de la diastase sous rinfluence de certaines radia- tions. Nous y reviendrons (Chap. XX) en traitant de ce qu'on a appelé proenzymes ou prodiastases. Occupons-nous seulement des rayons nuisibles. La bande placée dans le vert doit d'abord attirer notre attention en nous ramenant à la chlorophylle qui, précisé- ment, n'absorbe pas cette bande nuisible, tandis qu'elle ab- sorbe tout ou partie des bandes utiles. Elle ne semble donc pas être, au moins dans la partie lumineuse, une protection bien efficace pour la diastase qui l'accompagne dans les cel- lules. Mais n'oublions pas que la chlorophylle absorbe puis- samment aussi les radiations chimiques. Elle peut donc servir de protection de ce côté, et en effet on constate que l'ex- trait diastasifère de feuilles de PhaseoliLs vii/garis, toujours ACTION ])i: LA LTMIKI?!' Sf T» Li:S niASïASES 229 un peu coloré en vert, est plus résistant à la lumière que l'extrait de malt et la salive. 1Ô9. Spectre d absorption des liquides diastasifères. — En somme, la diastase, môme la plus transparente^ a un spectre d'absorption, arrête au passage certaines radiations de préférence à d'autres. En prenant comme quantitatifs les nombres de Green, qui ne sont que qualitatifs, on peut tra- cer une courbe (fig. 17) traduisant les effets de cette absorp- tion. On voit qu'elle s'élève à partir de l'infra -rouge, atteint son maximum dans le rouge, s'abaisse dans l'orangé, devient SB M 30 io X ^, / / s \ / \ / \ (' ■'"' "~^- -., 1 \ \ / Y *» \ / <. 3X1 \ S, / ^ y \ 7 i 6 8 6 J 6 g 6 f 6 Z 6 6 8 S 6 S « 5 2 5 u 8 jf 6 J, * 4 ^ f S 9 \ Fis. 17. négative dans le vert, se relève un peu dans le bleu pour de venir bientôt négative dès qu'on arrive au violet et surtout à l'ultra-violet. Ce tamisage des rayons par la diastase s'ac- compagne d'une action chimique d'oxydation, à laquelle pren- nent évidemment part ceux qui sont absorbés. Il en résulte que une solution de diastase est plus ou moins protectrice pour une autre solution de diastase, placée à son arrière, dans le sens de la transmission de la lumière, ou autrement qu'une solution de diastase est plus transparente pour les rayons utiles et tamise une lumière plus favorable au développement de la diastase. C'est une conséquence que Green a vérifiée en se servant 230 CHAPITRE XIII (le cellules à deux compartiments accolés ruii derrière rauti'c et fermés par des lames de quartz. La diastase du premier compartiment A doit protéger celle du second B. En efl'et, dans une expérience,, la perte, par rapport à un échantillon identique conservé dans Tobscurité, a été de oO 0/0 dans le premier compartiment et de 6 seulement dans le second. On peut s'étonner qu'une diastase, qui est toujours en pro- portions minimes, exerce une protection aussi efficace. Mais ce n'est pas à la diastase seule qu'il faut l'attribuer. Pour le prouver, Green n'a eu qu'à comparer l'effet de la même salive, avant et après une courte ébullition qui y détruit la diastase. Dans le premier compartiment A (fig. 48) d'une cellule double, il met de la salive normale, et dans le premier com- partiment A' d'une autre cellule, de la môme salive bouillie. B' A Fiff. 18. En B et en B', derrière A et A' respectivement, il met de la salive normale, et cherche ce que devient la diastase de ces divers compartiments après 9 heures d'exposition à la lu- mière électrique. Comparativement à une diastase identique conservée le même temps dans l'obscurité, il trouve les chiffres suivants : en B, les rayons tamisés paf A ont donné une augmentation de 43 0/0 en B' » A' » 34 0/0 Ici, grâce sans doute à une moins grande intensité lumi- neuse, la perte constatée tout à l'heure derrière l'écran se transforme en gain. L'écran, en éliminant les rayons nuisi- bles, avait laissé passer les rayons utiles. Mais on voit qu'en A' la diastase bouillie et filtrée ne s'est pas comportée très ACTION DE LA LUMIERI'. SI 11 LES DIASTASES 231 différemment de la diastase non bouillie, et son effet, comme tamis, n'est pas uniquement dû à la diastase qu'elle contient, puisque, cette diastase disparue^ sinon comme matière, du moins comme diastase, il n'y a aucun changement nettement appréciable. L'effet semble donc dû surtout aux matériaux non diasta- siques contenus en solution. En effet, en comparant, par la même méthode, l'effet d'un écran de salive bouillie à celui d'un écran d'eau pure, Green a vu que pour la même durée d'exposition, de la salive normale, derrière le premier écran, avait gagné 24 0/0 et perdu derrière le second 94 0/0 de sa diastase. Nous voyons en résumé combien sont complexes et va- riables les conditions qui président au fonctionnement de l'action solaire sur les diastases. Nous n'avons pourtant pas encore étudié les accroissements produits par certaines radia- tions. En envisageant seulement celles qui détruisent la dias- tase, on voit à quelles influences légères elles obéissent par- fois. Nous avons à ajouter un dernier trait à ce que nous avons dit. M. Green a trouvé, au sujet des diastases, des faits ana- logues à ceux que l'on connaît depuis Draper, sous le nom d'inducf/o/i photochimique., et que j'avais relevés moi-même, dans mes études sur l'action chimique de la lumière solaire. La destruction provoquée par la lumière se continue après que l'éclairement a cessé. Ainsi la perte en diastase d'une solution d'amylase du malt a été de 42 0/0 après 10 heures d'exposition à la lumière électrique, par rapport à une solu- tion identique non éclairée. Ce qui restait des deux liquides fut abandonné à 1 obscurité pendant 6 semaines, au bout des- quelles la diastase toujours restée à l'obscurité était intacte, tandis que l'autre avait presque totalement disparu. Nous pouvons dire de suite que cet effet continuateur apparaît aussi pour l'augmentation produite par les rayons bleus. Dans les deux cas, les changements provoqués par l'éclaire- ment, et qui commencent pendant qu'il dure, continuent 232 CHAPITRE XIII après qu'il a pris fin. Et ceci augmente encore la complexité du plirnomène auquel préside l'action de la lumière, puis, que ce qui commence le jour peut se continuer la nuit. Ce sont des conclusions analogues à celles qui ont terminé l'é- tude de l'action de la lumière sur les bactéries, et plus nous irons, plus nous verrons que la dissociation entre les cel- lules vivantes et leurs diastases devient difficile ou impossible. BIBLIOGRAPHIE DowNES et Blunt. Pfocedinijs of the R. Society, t. XXVI, 1877 et t. XXVIII, 1878. DucLAUX. Microbiologie, 1883, p. 172. Eoux. Ann. de Vhulitut Pasteur, t. II, p. 629,1888. Fernbach. Ann. de VInstUul Pasteur, t. III, p. 473, 18S9. Reynolds Green. l'Idl. Tram, ofthe Royal Society, 1897, p. 167. DucLAUX, Ann. de l'Institut National agronomique, 1887. CHAPITRE XIV INFLUENCE DES ACIDES ET DES ALCALIS SUR LES DIASTASES Les influences en apparence distinctes des acides et des alcalis gagnent à être étudiées simultanément, parce quelles forment une chaîne continue. La barrière qu'on dispose pour les séparer et les distinguer est en effet bien artificielle. A quel moment une solution alcaline qu'on additionne de doses croissantes d'acide commence-t-elle à devenir acide ? Cela dépend du réactif employé. Un pnpier de tournesol ne mettra pas la barrière au même point qu'un papier à la phénolphta- léine, et, surtout s'il y a des phosphates, telle liqueur acide au premier sera encore alcaline pour le second. Cette remarque, qui simplifie notablement l'étude, a généralement échappé aux savants qui se sont occupés de ce sujet, et qui ont étudié les acides ou les bases séparément, depuis les doses les plus fortes jusqu'aux doses faibles et nulles. Leurs expériences se rejoignent donc par un bout. Nous n'avons qu'à les rappro- cher de ce côté, en tenant compte pourtant de ce que, mal- heureusement, les essais faits au-dessus et au-dessous de ce point ne sont pas comparables, n'ayant pas porté sur les mêmes diastases. leo. Moyens d'études. — Convenons d'abord d'un moyen d'étude et de classement. Pour apprécier l'influence de diverses doses d'acide ou d'alcali sur la marche de l'action, nous pren- drons naturellement des quantités égales de diastase. que nous ferons agir à la même température sur la même quantité de la substance qu'elles peuvent transformer, et nous pour- rons alors appliquer les moyens que nous avons indiqués (I93j pour mesurer a, c'est-à-dire : ou bien mesurer les temps 234 CIIAPITHK XIV nécessaires pour produire la même quantité d'action, auquel cas les valeurs de a sont en raison inverse de ces temps ; ou bien, en nous en tenant aux débuts du phénomène, mesurer les quantités d'action accomplies dans des temps éeaux: auquel cas les valeurs de a sont proportionnelles à ces quantités d'ac- tion. Ces précautions n'ont pas été prises par tous les expé- rimentateurs, dont les déterminations manquent parfois, de ce fait, de signification bien précise. Quand cela sera possible, nous les ramènerons à la précision, comme nous l'avons fait plus haut au sujet de Faction de la chaleur sur la sucrase, dans les expériences de Kjeldahl. 161. Action des acides. — Le sens général des phénomènes a été donné, dès l'origine de ces études, par les travaux de Kjeldahl sur la sucrase. En ajoutant des doses faibles et crois- santes d'acMe à une solution de sucre de cannes additionnée de sucrase^ ce savant a vu que l'hydrolysation se trouvait ac- tivée d'abord, ralentie ensuite par l'augmentation de l'acide jusqu'à un certain niveau, au delà duquel l'action s'accélérait à nouveau. Nous pouvons de suite faire abstraction de cette dernière partie du phénomène, dans laquelle c'est l'acide seul qui agit, ou du moins qui a le rôle prépondérant. La diastase est alors inactive ou à peine active. Il ne reste donc ti son compte que ceci : de faibles doses d'acide exaltent son action. De plus fortes l'atiaiblissent. Il demeure entendu que pour ces diverses doses, l'action de l'acide seul se superpose toujours éventuellement, à l'action de la sucrase, et que nous aurons à nous préoccuper de les distinguer. Cette observation faite sur la sucrase de la levure a une portée générale. Toutes les diastases qui se montrent plus ac- tives en présence des acides, même la pepsine qui en de- mande de grandes quantités, ont une dose optima qui leur convient le mieux. En deçà et au delà de cette dose, elles se montrent moins actives. Nous retrouverons, à jiropos de cha- cune des diastases ; l'étude de ces doses. Pour le moment, INFLUENCE DES ACIDES ET DES ALCALIS 235 nous ne nous occupons que de ce qu'il y a de général dans cette étude. 163. Action des alcalis. — Si maintenant, prenant une so- lution faiblement acide ou môme neutre de sucrase, nous y ajoutons des doses croissantes d'alcali, nous voyons que sa puis- sance diminue graduellement. J'ai vu qu'avec un millième de soude caustique, une solution de sucrase d'aspergillus devenait environ 25 fois plus faible. La courbe décroissante à partir de la dose d'acide optima continue donc à être décroissante après le passage par la neutralité, et comme le mot neutra- lité correspond à une zone qui peut se déplacer suivant le réactif choisi, ainsi que nous l'avons montré plus haut, nous pouvons conclure, dores et déjà, qu'il n'y a aucune disconti- nuité dans la courbe, et que le phénomène n'est pas troublé par le passage au zéro. Cette conclusion peut être corroborée par des mesures pré- cises, dues à M. Fernbach, qui a opéré avec de la sucrase d'aspergillus, en solution dans de l'eau additionnée d'une trace d'essence de moutarde, qui la protège contre l'invasion des microbes. Les expériences se faisaient en mélangeant des quantités égales de ce liquide avec des volumes égaux d'une solution de saccharose à 40 ou oO 0/0, et en laissant pendant 1 heure au bain-marie à 56°. Au sortir du bain-marie, les tubes étaient refroidis rapidement et additionnés d'un léger excès de potasse, qui suspendait toute action. Après 1 heure d'action, les quantités de sucre transformées ont parfois atteint 35 cen- tigrammes pour une quantité totale de 80 ou 100 centigrammes de sucre présente; on ne peut donc pas prendre les quantités de sucre interverties comme proportionnelles aux valeurs de rt, mais ce que nous demandons à l'expérience, c'est de dé- montrer seulement la continuité. Or elle résulte des nombres suivants. Le liquide initial avait, comme toujours, une certaine acidité due à l'acide oxa- lique produit par Ya^pergillus, et supportait l'addition de quantités mesurables de soude, étendue au 1/5000, avant de 236 CHAPITRE XIV bleuir un papier de tournesol très sensible. Jusqu'à l'essai 4, la réaction était sensiblement acide. A partir de l'essai 7 la réaction était faiblement alcaline. La marche des nombres, est régulièrement décroissante. N"' (l'ordre So ude ajoi des expériences 1 en ce. 2 0,5 3 1 4 1,5 5 2 6 2.S 7 3 8 3,5 Soude ajoutée Proporlion corres- Sucre interverti pondante de soude en centigrammes, en millionièmes. 3,3 6,6 9,9 13 16 19 23 3.-i,i 31.8 25,4 17,6 12,1 7,1 5,3 3,9 La marche de ces nombres est approximativement repré- sentée par la courbe de la fig\ 19, où la zone de neutralité est comprise en N, entre les deux lignes pointillées, qui la séparent de la zone d'acidité Ac, et de la dose d'alcalinité A/. On voit que la diminution du côté de l'alcali est plus lente que l'augmentation du côté de l'acide. Voyons d'abord ce qui arrive quand on augmente, au delà de la limite indiquée, la proportion de soude. L'action devient rapidement très faible, et on arrive bientôt à une dose telle que l'action est nulle, si longuement qu'elle soit prolongée. La diastase non seulement n'agit pas, mais se détruit peu à peu, car on ne la fait pas re- INFLUENCE DES ACIDES ET DES ALCALIS ^87 paraître en acidulaiit le liquide, pour peu que le contact avec l'alcali ait été prolongé. En tout cas, l'alcali arrête l'action. Aussi avons-nous vu MM. O'Sullivan et Tompson et M. Fern- bach se servir de la soude ou de la potasse pour arrêter brus- quement l'action de la sucrase. La liqueur prend tout de suite, vis-à-vis de la liqueur de Fehling, un titre qui ne varie plus, et qui correspond à la quantité de sucre interverti présente. Son degré polarimétrique continue à diminuer après l'addi- tion d'alcali qui arrête le phénomène diastasique, ainsi que l'ont observé MM. O'Sullivan et Tompson. La variation est même parfois notable : elle est d'autant plus lente que la dose ajoutée d'alcali est plus faible. Mais lente ou rapide, elle abou- tit au même point, et le terme auquel elle correspond alors est le même, qu'on l'évalue par la rotation polarimétrique lors- quelle est arrivée à l'état stable, ou par un dosage à la liqueur de Fehling, ou par une détermination cryoscopique, ces deux dernières épreuves pouvant suivre de très près l'addition de l'alcali. La diminution polarimétrique n'est donc pas due à une continuation dans l'action de la diastase, mais à la multi- rotation connue du dextrose, phénomène tout à fait indépen- dant de ceux que nous avons à étudier. 163. Maximum d'action dans le cas des acides. — Reve- nons maintenant aux acides, plus intéressants au point de vue théorique et au point de vue pratique, et suivons l'efTet produit sur la diastase par des doses croissantes. Nous allons voir que pour tous les acides, nous arrivons à un maximum, comme dans le cas de l'action de la chaleur. Nous avons seulement une précaution à prendre. L'acide, lorsque sa proportion dépasse un certain chiffre, ne se borne pas à augmenter l'effet de la diastase, il intervient pour son propre compte comme agent d'inversion, et il faut autant que possible séparer ces deux actions, si on veut se renseigner sur la première. Cette séparation n'est pas facile, pour des raisons théoriques que nous connaissons déjà. L'inversion par un acide, nous l'avons vu, ne dépend pas de la dose de su^ 238 CHAPITRE XIV elle ne dépend que la dose d'acide. L'inversion par la dias- tase dépend, au contraire, à la fois et de la dose de diastase et de la dose de sucre. Quand elles se superposeront, leur somme ne sera pas la somme des actions séparées, pnisque elles ne suivent pas la même marche. Le sucre disparaissant plus vite dans une liqueur où la diastase et l'acide agissent simultanément, la loi de l'action diastasique ne sera pas la même que dans un liquide où la diastase commanderait seule à la transformation de ce corps. On peut cependant admet- tre que tant que l'acide n'a qu'une faible part dans l'action totale, on peut l'évaluer de la façon suivante. 164. Métliode de mesure. — On fera toujours une expé- rience de comparaison : à coté du tube dans lequel on fait agir la sucrase et l'acide sur un poids déterminé de sucre, on en mettra un autre, destiné à mesurer la quantité de sucre inter- verti par l'acide seul, et contenant la même dose d'acide et la môme quantité de diastase bouillie. 11 faut se servir de diastase bouillie et non d"eau distillée, parce que le liquide diastasifère contient des éléments qui peuvent accélérer ou retarder l'action de l'acide, et qui, présents dans le premier tube, doivent aussi se trouver dans le second. En fait, M. Fernbach, qui a inauguré cette méthode, a toujours trouvé une diffé- rence de 1 à 2 centigrammes entre les résultats fournis par l'eau bouillie et par la diastase bouillie, comme si cette dias- tase contenait des substances légèrement retardatrices sur l'action de l'acide. Il a en outre opéré sur un liquide aussi neutre que possible. Enfin, comme il opérait en présence de 2 gr. 5 de sucre, les quantités de sucre interverti, quand elles ne dépassent pas 30 à 35 centigrammes, sont k peu près pro- portionnelles à la valeur de a pour la dose d'acide correspon- dante. 165. Résultats. — Cela posé, voici les chiffres trouvés pour quelques acides, dont les doses sont indiquées en millionnièmes, ou en milligrammes par litre. Les quantités Q de sucre sont, INFLUENCE DES ACIDES ET DES ALCALIS 239 en centigrammes, les quantités de saccharose interverti en une heure à la température de 06'', déduction faite de celle (jue l'acide intervertit à lui seul dans les conditions que nous venons de définir. ies d'acide Acide sulfurique Acide oxalique 2o U = = S9 Q = 41,6 SO 29 45,*7 400 29,1 4*7 200 26.3 43,5 500 13 36,2 1.000 21,1 2.000 » 3,7 4.000 » On a marqué en chiffres gras les chiffres du maximum, ou ceux (jui le comprennent entre eux. Pour l'acide sulfurique ce chiffre est probablement inférieur à 25 millionièmes. A cette dose l'acide n'intervertit pas sensiblement de sucre pour son compte. Pour l'acide oxalique, une autre expérience a montré que le chiffre du maximum était voisin de 66 millionnièmes. Cette dose d'acide n'intervertit pas non plus le sucre pour sa part. Voici maintenant des acides pour lesquels les doses d'acide qui fournissent le maximum intervertissent pour leur part une dose de sucre mesurable, et qu'il faut retrancher du nombre fourni par le tube où la diastase et l'acide fonctionnent en- semble. Acide succiaique Q = 32,2 33,7 36 36,7 » 37,2 » 36, o » » 32,4 33,2 Doses d'acide 50 100 200 1.000 2.000 4.000 5.000 8.000 Acide tartrique Q = = 38,5 37 63,2 64,8 •2A{) CHAPITRE XIV Doses d'acide Acide lactique Acide acétique 100 O =30 y = 61,7 400 36,1 63,8 500 36,8 » 4.000 36,8 72,0 2.000 36,8 73,5 îi.OUO 37.8 73,3 10.000 33,7 73,2 20.000 32 73.3 50.000 » 50 ici, les maximums sont moins nets, car les doses d'acide qui les produisent intervertissent pour leur part une certaine quantité de sucre. Voici pourtant ce qu'on peut prendre comme doses d'efTet maximum Je mets à côté les quantités de sucre interverti, dans les conditions de l'expérience par ces doses d'effet maximum. Dose d'effet Sucre interverti ~ maximum par celle dose Acide sult'urique 23 0,0 Acide oxalique. Q6 0,0 Acide tartrique i 000 8,5 Acide succinique 2.000 4,3 Acide lactique o.OOO 12,2 Acide acétique i . 000 6,3 On voit qu'il n'y a aucun rapport entre les doses d'effet maximum, et le pouvoir inversif de l'acide seul. On voit aussi que les doses defi'et maxiujum sont très variables avec les divers acides, et 400 fois plus fortes pour l'acide acétique que pour l'acide sulfurique. Si on veut ranger les acides étudiés, non d'après les doses pondérales d'effet maximum, mais d'après les nombres de molécules qui composent ces doses, on obtient le classement suivant : milligramme- molèculfs Acicle sulfurique 0,25 Acide oxalique 0,72 Acide tartrique 6,7 Acide succinique 17,0 Acide lactique 35,0 Acide acétique 166 iXPTLrKNCF. DKS ACIDKS RT DRS AT.CAI.IS -lil Les expériences ci-dessus, faites avec des liquides diastasi- fères diftereuts, ne sont pas iniuiédiatement comparables les unes aux autres. Comme elles n'étaient destinées qu'à nous don- ner la position du maximum, cela est indifTérent ; mais nous pouvons nous demander, maintenant que nous connaissons les doses d'effet maximum pour divers acides, si ces doses, mises en présence de la même dose de la même sucrase, se compor- teraient de la même façon, ou si chacune aurait son action par- ticulière. Pour le savoir, M. Fernbach a fait l'expérience ré- sumée dans le tableau suivant, où l'on trouve, dans la colonne A H- D, la quantité en centiurammes de sucre interverti par l'acide et la diastase, en A la quantité de sucre interverti par l'acide seul, et en D la différence, attribuable à la diastase agissant seule en présence de ces doses vari;i CIIAIMTHI': \l\' s de SO:' Sucre produit 0,U 10 0,47 20 0,49 25 0,48 30 0,43 35 0,^27 40 0,13 60 0,02 dOO 0.01 On voit que des iraces très faibles d'acide sulfurique activent sensiblement Faction de la diastase, mais que celle-ci décroit avec une grande rapidité^ à mesure que la proportion d'acide augmente. On trouve des résultats analogues pour les autres acides minéraux, cblorliydri(jue, azotique, phospliorique. Ces acides se montrent seulement un peu moins actifs, à doses égales, que l'acide sulfurique, et les acides organiques, formi- que, acétique, citrique le sont encore moins. Mais avec tous, il y a un maximum. De plus, ce maximum, comme pour la sucrase, ne correspond pas à un même degré d'acidité dans le liquide, et on peut se demander s'il n'entre pas en jeu, ici comme tout à l'iieure, des influences des matériaux autres que la diastase, apportés soit par l'empois d'amidon, soit par l'extrait de malt. L'amidon et son empois sont parfois faiblement acides. Il en est de même pour l'extrait de malt qui, en outre, apporte des phosphates. Si on ne neutralise pas ces liquides, leurs acides interviennent en même temps que l'acide ajouté : si on les neu- tralise, des déplacements de base peuvent changer, au moins en partie, la nature de l'acide dont on étudie l'influence, en le rem- plaçant par un acide plus faible. Quand on emprunte son amy- lase non au malt, mais à des sources d'ordinaire moins abon- dantes, à la salive par exemple, on a affaire à un liquide le plus souvent alcalin, et si on force la dose de salive pour compenser la dilution de sa matière active^ on sature une partie plus ou moins considérable de l'acide ajouté. C'est ce qu'a montré M. Bourquelot en cherchant comment se iXKLrKNci'. DKS AciDKS i:t I)i:s alcalis :>\:] comportait l'acide chlorhydrique sur la salive. Malheureusement, au lieu de prendre comme critérium de Taction la quantité de sucre formé, il a seulement mis en œuvre la réaction de la tein- ture d'iode après 24 heures et 48 heures, ce qui ne renseig-ne que sur la diastase décoagulante, dont l'action, nous le savons, n'est pas parallèle h celle de l'amylase. Il a pourtant trouvé, comme Kjeldahl, que, au-delà de la dose 50 millionnièmes de HCl, cet acide était nuisible à l'action. A cette dose même, l'effet accéléra- teur augmente avec la quantité de salive ajoutée, non seulement parce que la diastase augmente aussi^ mais parce que, en satu- rant en partie l'acide, la salive en ramène la proportion dans la zone des maximums d'effet. Avec ces faibles doses d'acidité, il faut toujours prendre garde à ces actions secondaires. Ghittenden et Smith ont trouvé comme moyenne du taux d'alcalinité dune quinzaine d'échantillons de salive le chiffre de 97 (en millionnièmes) exprimé en Na 0, C0^ C'est un chiffre voisin des doses actives d'acide, et par conséquent les liqueurs qu'on mélange sont à peu près équivalentes. Cette alcalinité normale gêne du reste l'effet de la salive sur l'empois, et, en la neutralisant, on augmente l'activité de la diastase. Enfin, pour la salive, nous pouvons relever une dernière cause d'erreur qui apparaîtra davantage dans le cas de la pepsine. Lorsqu'on mélange de faibles doses d'acide avec une matière albuminoïde, fd^rine, caséine, albumine, ce»t acide perd quelques-unes de ses propriétés. 11 ne réagit plus par exemple vis-à-vis de la tropéoline et de certains autres réactifs colorés comme il le ferait s'il était on solution dans l'eau. De plus, il se partage inégalement entre l'eau et la matière albuminoïde, et le titre acide, mesuré au moyen de la teinture de tour- nesol, par exemple, tombe au-dessous du niveau qui corres- pondait à la dilution de la même quantité d'acide dans la même quantité d'eau. Ces neutralisations apparentes n'ont pas beaucoup d'importance avec la pepsine, à cause de la gran- deur des doses d'acide qu'il faut faire entrer en jeu. Mais, avec l'amylase de la salive, elles peuvent conduire à des erreurs. Chittenden et Smith ont trouvé, comme moyenne de 8 déter- 2i6 ClIAPITI^i: \IV iiiiiiaiions, (luc la salive neutralisée au tournesol et filtrée pouvait ainsi absorber près de iOO millionniènies de son poids d'acide, qui n'est ni de Tacide saturé, ni de l'acide libre. Ce chiti're est, comme on voit, très élevé. Aussi en comparant la salive normale alcaline, la salive neutralisée, la salive dont les matières protéiques étaient gorgées d'acide, et enfin la salive qui contenait, en outre, un peu d'acide chlorhydrique en excès, Chittenden et Smith ont trouvé que l'action diasta- sique allait en augmentant de la première salive à la dernière, tant que la dose d'acide en excès dans celle-ci restait faible. Au delà on retombait dans le cas des expériences de Kjeldahl, et la diastase allait en s'afFaiblissant. Tous ces faits ont de l'importance, non seulement au point de vue théorique, mais aussi au point de vue physiologique du rôle de la salive dans l'estomac. Il est évident que le procès diasta- sique dans la bouche et surtout dans l'estomac est essentielle- ment variable, et non seulement qu'il y en a presque autant que dindividus, mais encore que celui du lendemain n'est pas né- cessairement copié sur celui de la veille. 168. Pepsine. — Ici les doses d'acide qui favorisent l'action de la diastase sont plus considérables qu'à propos de la sucrase et de l'amylase ; mais la marche de l'action est la même et passe encore par un maximum. Malheureusement, cette marche est moins facile à saisir que tout à l'heure. Nous indiquerons bien, quand nous étudierons la pepsine, une méthode qui permet d'évaluer la puissance de la diastase par la longueur d'un petit cylindre d'albumine coa- gulée qu'elle dissout dans l'unité de temps. Mais cette méthode n'a pas encore, à ma connaissance, été appliquée à l'étude de l'action des acides, et A. Petit, qui s'est le plus occupé de ce sujet, s'est contenté de la méthode qui consiste à évaluer l'action d'une pepsine en traitant par l'acide nitrique le résultat de sa digestion sur de la fd)rine fraîche. S'il n'y a pas eu action, l'acide nitrique ne donne rien. Si! y a eu simplement gélification de la fibrine, l'acide nitrique donne un précipité d'autant plus fort IXFMKXCK DES ACIDKS KT DKS AI.CAF.IS :>'.7 que la quantité de fibrine réellement digérée et dissoute est plus faible. S'il y a eu digestion véritable, le liquide reste limpide comme dans le cas où la fibrine est restée intacte, mais l'aspect du résidu empècbe toute confusion. M. Petit a essayé par ce procédé divers acides. Voici, comme exemple, une de ses expériences faites avec 0,10 gr. de pepsine et des doses d'acide chlorhydrique HCl exprimées en millionnièmes : Doses d'acide chlorhydrique. Résultats de l'action de l'acide nitrique. 1.000 Rien : La fibrine n'est pas altaquée. 2.000 Précipité. Latlaque est incomplète. Jî.OOO Pas de précipité. i.OOO Pas de précipité. y 000 Pas de précipité . 7.500 Précipité. L'attaque est de nouveau incomplète. 10.000 Précipité abondant. :20.000 Précipité très abondant. 11 y a donc ici encore une dose d'effet maximum voisine de 4 grammes d'acide chlorhydrique par titre. En opérant de la même manière avec d'autres acides, A. Petit a trouvé les nombres suivants, correspondant tous à la même dose de 10 centigrammes de la même pepsine. Cette fois, les doses sont exprimées en millièmes : Acides étudiés. Doses d'efiet maxim Acide chlorhydrique .3 à 5 — bromhydrique 2 à 5 — sulfurique 2,5 à 10 — phosphorique ordinaire 5 à 10 — lactique 20 à 40 — tartrique 40 — malique 20 à 40 — oxalique o à 10 — formique 10 — salicylique 0,5 à 2 — gallotannique 0,5 On voit combien sont variables les doses d'effet maximum, et on a même la surprise de voir des acides faibles, comme l'acide salicylique, agir à des doses moindres que l'acide chlor- hydrique et l'acide sulfurique. Mais il ne faut pas oublier 248 CHAPITRE XIV que ces doses (Teffct maximum ne sont pas du tout des doses de même effet, et «jue l'acide salicylique peut entraver, comme antiseptique, une action (ju'il avait d'abord favorisée comme acide. Ou pourrait relever dans cette étude bien d'autres l)izarreries. C'est ainsi que l'acide phosphorique or- dinaire agit à doses moyennes, tandis que l'acide pyrophos- phorique, aux doses de 5 à 40 millièmes, ne réussit pas à amener même une simple solution de la fibrine. L'acide butyrique, l'acide valérianique, sont dans le même cas. A côté de ces acides, les acides salicylique, gallotannique, bo- rique amènent à faible dose des digestions faciles. Nous au- rons à étudier ces eiïets à propos de certains corps neutres et certains sels qui les produisent aussi. Pour le moment, ce que nous devons relever, c'est l'existence d'un maximum tout à fait comparable à celui que nous avons observé à propos de l'effet de la chaleur. 169. Etude du maximum observé dans tous les cas. — Ici encore nous pouvons songer à l'interpréter. Toutes les expériences qui précèdent ont été faites en faisant agir simul- tanément, dans une même liqueur, la diastase, l'acide et la matière sur laquelle s'exerçait l'action. Essayons encore une fois de décomposer le problème, et de voir ce que donne- rait l'acide agissant séparément sur la diastase et sur la sub- stance que la diastase transforme. Nous y trouverons, peut- être, le secret de ce qui se passe quand les trois substances sont mélangées. Une partie de cette ventilation est déjà faite. Nous avons séparé, à propos de la sucrase, l'action de l'acide de celle de la diastase. iV propos de l'amylase, nous pouvons nous dis- penser de ce soin, car aux doses auxquelles ils agissent pendant la saccharification de l'empois, les acides sont in- capables d'agir par eux-mêmes. Nous savons d'ailleurs que s'ils intervenaient, ils fourniraient, non du maltose, mais du glucose. Reste l'action de la pepsine, dans laquelle l'acide seul a sur la fibrine une action incontestable. Mais la paren- INFLUENCE DES ACIDES ET DES AECALIS 249 thèse que nous devrions ouvrir pour étudier cette question serait trop longue. Nous la retrouverons quand nous exami- nerons, dans le chapitre prochain, le mécanisme général de la coagulation et de la décoagulation. C'est à ce mo- ment aussi que nous pourrons nous préoccuper de Taccé- lération que de petites doses d'acide impriment aux effets de la présure. Bornons-nous à remarquer pour le moment que tant pour la sucrase que pour Tamylase, Faction des aci- des sur le sucre ou l'empois peut être négligée, au moins pour les doses usuelles en présence des diastases. Mais nous avons à connaître l'action que l'acide exerce sur la diastase seule. Pour les mêmes raisons que plus haut, nous laisserons de côté les phénomènes de coagulation de la dias- tase qui peuvent résulter de ce contact. Nous n'envisagerons que les phénomènes chimiques, par oxydation ou autrement, qui peuvent prendre naissance. Dans cet ordre d'idées nous rencontrons tout de suite les expériences de M. A. Fernbach. IT*©. Expériences de M. A. Fernbach.. — Que se passe-t-il quand on acidulé ou quand on alcalinise une solution de sucrase, et qu'on laisse agir sur le mélange soit le temps, soit la chaleur, soit la lumière ? Il semble que pour ré- pondre à cette question il suffise de faire agir ce mélange sur du sucre, par comparaison soit avec un mélange récent, ou avec un mélange non chauffé, ou avec un mélange laissé à l'obscurité. Mais ces expériences ne seraient pas compara- bles, parce que la réaction acide du milieu ne serait pas partout la même. Il faut d'abord égaliser le titre acide de ces diastases diversement traitées, avant de les faire agir sur du sucre. Pour cela, le mieux est d'ajouter partout 1 0/0 d'acide acétique. Avec cet acide, la dose d'effet maximum est assez élevée pour que les petites différences d'acidité ou d'alcalinité introduites par l'expérience^, et qui ne dé- passent pas quelques millionnièmes, n'aient aucun rôle per- turbateur. Au voisinage du maximum, les variations sont faibles. De plus cette dose de 1 0/0 est très facilement me- 2;i0 CIIAIMTI'.K \l\ surable. Enfin l'acide à ce titre et îi la température de lex- périence (50") ne prend (prnne faible part à l'inversion dn saccharose. Il en intervertit ponr sa part environ 5 cenli- grainmes, (ju'on retrancliera dn nombre toujours beaucoup pins grand, obtenu dans Texpérience on la diastase et l'acide agissent simultanément. 1 7" 1 . Action de lacidité ou de l'alcalinité à la chaleur, sans oxydation. — Avec un même liquide diastasifère faible- ment acide, on fait trois mélanges contenant : A, 200 million- nièmes d'acide acétique ; B, rien; C, 00 millionnièmes de soude : ces trois liquides sont chaufies 24 heures à 56'^, dans des tubes vides d'air. Au bout de ce temps, on les essaie comparativement avec les mêmes liquides frais, avant chauf- fage. Les pertes sont : A 22 0/0 B 51 0/0 C 79 0/0 Il y a donc destruction à la chaleur, en dehors de toute oxydation apparente, et la sucrase résiste d'autant mieux à cet agent qu'elle est plus acide. A température plus basse l'action est beaucoup moins vive, alors même qu'on fait in- tervenir l'oxygène. Voici les pertes subies, après 48 heures d'aération à 35", par des mélanges d'une même quantité de diastase avec des doses variables d'acide et d'alcali, expri- mées en millionnièmes : Pertes 0/0 A 420 d'acide acétique . . B 270 » C neutre 5 D 75 de soude 20 E 150 » 40 L'alcalinité est donc toujours une cause de faiblesse, et cette conclusion est remarquable, car nous avons vu qu'au soleil, c'était au contraire la diastase acide qui se détruisait le plus vite. La perte subie par la diastase à la chaleur augmente na- turellement avec la durée d'exposition. Pour le démontrer INFI.UKNCK DKS ACIDES KT DES AECAEIS 251 on s'est servi d'une solution A de diastase, contenant 80 mil- lionnièmes de soude et un peu alcaline, l'autre B, contenant seulement 40 millionniènies, et neutre. Quatre tubes renfer- mant chacun o ce. de A, quatre autres renfermant 5 ce. de B, sont mis au bain-marie, à oO". Toutes les heures, on met dans un tube de chaque série 5 ce. d'eau sucrée et on dose le sucre interverti après 1 heure. On trouve les nombres sui- vants, pour les pertes subies^ le numéro d'ordre de chaque expérience indiquant le nombre d'heures pendant lequel cha(|ue tube est resté à 56*' avant d'avoir été mis en contact avec le saccharose. A B 1 5 2 16 6 3 20 8 4 28 10 On voit qu'avec le liquide le plus alcalin, l'oxydation com- mence plus tôt et qu'elle est plus énergique qu'avec le liquide neutre. On voit aussi que, une fois commencée, elle s'accélère, puis que au bout de quatre heures, elle est, dans les deux cas, bien supérieure à quatre fois ce qu'elle était dans la pre- mière heure. 173. Conclusion. — Les expériences n'ont malheureuse- ment pas été poussées plus loin, mais, si incomplètes qu'elles soient, on peut en tirer certaines conclusions. Nous voyons d'abord que, pour une dose d'acide acétique environ 50 fois plus faible que la dose d'effet maximum, la destruction, après 24 heures k 56", de la diastase par l'acide est déjà très sen- sible, alors môme que l'air n'intervient pas. En augmentant la dose, en aurait eu sûrement un effet plus grand, ou le même effet avec une moindre durée d'action. Avec les alca- lis, la destruction s'accomplit suivant les mêmes lois, mais d'une façon plus rapide. Avec ces notions, nous pouvons reve- nir sur quelques-uns des faits énumérés dans ce chapitre, et nous les expliquer. 9n9 CIIAl'ITIU: XIV Nous avons vu que la sucrasc n'agit pas dans un milieu légèrement alcalin. En réalité, nous savons qu'il n'y a pas de barrière fixe entre les milieux acides et les milieux alca- lins. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'à mesure que l'alca- linité augmente, Taction de la diastase devient de plus en plus faible. D'un autre côté, l'alcalinité croissante provoque la destruction de la diastase à toutes les températures, sur- tout à celle à laquelle se font les essais. Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'une action faible, et qui s'éteint vite, passe ina perçue. Avec les acides, au contraire, elle s'accélère, et sa marche peut être représentée par une courbe telle que celle de la figure 20 dans laquelle on compte les doses d'acidité dans le sens positif, à droite de l'origine, et les alcalinités à gauche, l'origine passant par le point variable qui correspond à la neutralité pour le papier réactif dont on se sert. La quantité Fig. 20. de sucre intervertie dans l'unité de temps augmente ainsi, à partir de la zone de neutralité, avec la dose d'acide, et le phénomène resterait probablement très régulier si la destruc- tion par l'acide n'intervenait pas. Cette destruction, faible pour de faibles doses d'acide, augmente avec ces doses : la quantité de sucre que pourrait hydrolyser la diastase qui reste, après un certain temps de contact, diminue à mesure que l'acidité augmente, et peut être représentée par une courbe à INFLUENCE DES ACIDES ET DES ALCAEIS 253 ordonnées décroissantes comme celle qui est dessinée sur la figure. Cette seconde courbe coupe la première et doit inévita- blement, comme on le voit, amener l'existence d'un maximum, figuré par la courbe pointilléc. On peut môme prévoir que la zone dans laquelle évolue ce maximum sera beaucoup plus étendue que pour la cbalour, à. propos de laquelle nous avons fait un raisonnement tout pareil. C'est que la chaleur est une pour toutes les sub- stances aux(]uelles on l'applique, tandis que l'elict des acides, n'est pas, comme nous l'avons vu, seulement un etl'et d'aci- dité. Chaque acide a ses allures spéciales, r.a façon d'activer l'effet de la diastase, sa façon de la détruire, et un maximum qui dépend de cette superposition de causes doit être plus flottant encore que celui que nous avons constaté à propos de la chaleur. L'expérience, comme on sait, est d'accord avec cette conclusion, et nous voyons en même temps com- bien devient compliqué, à mesure qu'on l'étudié davantage, le mécanisme d'action d'une diastase. Nous avons vu qu'elle était influencée par des causes infiniment petites, parfois impossibles à mesurer ; elle nous apparaît comme une fonc- tion complexe des conditions dans lesquelles elle se produit, si bien qu'une diastase peut être présente sans amener aucune transformation chimique. Nous retrouverons bientôt cette con- clusion : contentons-nous de faire remarquer l'importance que cette variabilité d'action peut avoir an point de vue de la vie intracellulaire, puisque la diastase peut trouver, pour des changements très faibles dans la réaction du protoplasma, des conditions qui tantôt exagèrent son action, tantôt l'anni- hilent, qui lui permettent de résister aux agents chimiques et physiques de sa destruction ou qui augmentent au contraire sa fragilité. •2U CHAPITRE XÎV BIBLIOGRAPHIE K.IELDAHL. Mi'dilelelser fra Carlsberg Laboralorift, t. I, 1881. DUCLA.UX. Microbiologie, 1883. FernbaCH. Annales de /'/nxlitul Pasteur, t. III, p 473 et 531, 1889. O'SULLlVAN et ToMPSON. Journal afchem. Societij, 1890. Leyser. Der Bayeriscke Bierbraiier, 1869, p. 30. E. BOURQUELOT. Journal de ph. et de chimie, t. X, 1881, p. 177. Chitthndkn et Smith. Ckemical Jews, i. LUI, 1886, p. 109. A. Petit. Recherches sur la pepsine, Paris, 1881. CHAPITRE XV PHÉNOMÈNES DE COAGULATION La mai'che générale de notre exposé nous conduit, après avoir étudié l'action des acides et des bases sur les diastases, à étudier celle des sels. Mais celle-ci est tellement complexe qu'elle ne peut être envisagée en bloc. Un même sel peut favoriser certaines diastases et en paralyser d'autres. Il peut activer ou ralentir l'action d'une môme diastase suivant sa proportion. Le détail serait donc infini, et nous ne pouvons éviter de nous y perdre qu'à une condition, c'est de renvoyer à l'étude individuelle de chacune des diastases l'indication de SCS sels adjuvants ou paralysants principaux, et de nous bor- ner à signaler ici ce qu'il y a de général dans l'ensemble de ces actions variées. Pour faire ce dernier travail avec utilité et profit, nous pou- vons revenir aux grandes divisions établies au début de ce livre entre les diastases. Nous trouvons d'abord devant nous les diastases coagulantes et décoagulantes. Avant de les étudier dans leur individualité, nous avons évidemment intérêt à nous demander, de plus près que nous n'avons eu à le faire jus- qu'ici, ce que c'est que le phénomène de la coagulation. Nous voyons se coaguler les substances les plus variées, la fibrine du sang, l'albumine de l'œuf, la caséine du lait, la gélatine, la silice, l'alumine, l'argile, les sels de fer, un grand nombre de sels minéraux et organiques, les gelées végétales, les sucs de plantes, bref un trop grand nombre de substances de compositions trop variées pour qu'on puisse voir dans ce phénomène une conséquence de leur constitution chimique. De plus, la différence de propriétés entre un corps coagulé et non coagulé nous apparaît comme étant surtout d'essence ■im CITAPITP.K W |»liysi(jii(\ et |)(>m'tant il y a des cas où il semble que des ac- tions cliiniiques eiitreid on jeu. Cherchons donc ce que peut être en Ini-niônie ce phénomène de la coagulation. Nous en tirerons ccrlainemeiit quelques lumières au sujet des influences qui le produisent. 173. Etude du phénomène de la coagulation. - Dans Ions les phénomènes de coagulation, nous trouvons une substance, liquide en apparence à une certaine température ou dans de certaines conditions de milieu, et qui, pour une faible dilie- rence dans cette température ou dans ces conditions extérieures, se prend peu à peu en masse plus ou moins solide, molle et élastique dans certains cas, plus ou moins friable dans d'autres, mais ayant pour caractère général d'englober une forte pro- portion d'eau ou du dissolvant enqiloyé. On peut voir tout de suite qu'une grande partie de cette eau, au moins, est retenue par le même mécanisme (fue dans une éponge, et parce que la masse coagulée s'est remplie de trabécules, de filaments enche- vêtrés retenant dans leurs mailles le liquide ambiant. Quand ces trabécules sont molles et extensibles, la masse a une con- sistance de gelée. Quand elles sont raides et cristallines, comme dans le cas du sulfate de quinine, le coagulum est plus facile à disloquer. Mais la séparation du liquide et du solide se fait avec le temps, même dans les coagulums les plus élas- tiques et les plus mous. Les coagulums de gélatine, de silice, de fibrine du sang-, de caséine du lait, se contractent peu à peu en laissant exsuder le liquide contenu dans leurs mailles, et on en retire une substance qui, à mesure qu'elle se des- sèche et se resserre, devient de plus en plus incapable de revenir à son état de solution initial, à celui dans lequel elle a été prise et saisie par le phénomène de coagulation. Voilà pour le gros du phénomène. Nous avons évidemment maintenant à entrer dans le détail et à nous démander comment nous pourrons suivre de plus près la matière en voie de coa- gulation. La première question à nous poser est la suivante: Il y a des solutions non coagulables. Il y en a, au contraire, imii:n().\ii:.m:s dk goagllatiox :.>o7 (|ui le sont très aisément. Y a-t-il, au point de départ, quelque eliose qui les diliérencie ? l'74. Solution et pseudo-solution. — Sur ce point, on ne saurait se lier aux; ;i[)pai'ences. On peut faire des solutions coa- gulables de silice ou de f;élatine aussi lim[)ides que des so- lutions de sel marin, qui ne se coagule pas. Par contre, des liquides coagulables peuvent se présenter sous des aspects très variés. Une solution à peine trouble crbydrate ferrique ou de caséine ne saurait, en apparence au moins, être comparée avec de l'eau tenant de l'argile en suspension ; et cepen- dant, quand on cbercbe quelles peuvent être les différences pbysi(pies essentielles de ces divers liquides, on n'en trouve pas, car ils peuvent se coaguler sous les mômes intluences, et même les tlocons d'argile, précipités par du cblorure de calcium ou de magnésium, peuvent, en se desséchant, prendre Taspect demi-transparent et corné qui caractérise la caséine sèche. Etudions d'al)ord ces flocons d'argile que leur insolubilité [)ermet d'observer plus longtemps. Une fois agrégés en masses molles plus ou moins volumineuses, ils peuvent inversement, lorsqu'ils sont délayés dans un liquide convenable, s'y diviser sous formes de masses invisibles à l'œil nu, mais encore saisis- sables au microscope. Dans toute cette partie du phénomène dont nous pouvons suivre le détail, il ne s'agit, en apparence au moins, que d'une dislocation, d'une pulvérisation de plus en plus fine de la masse originelle, de môme que le phénomène inverse, la coagulation de l'argile en suspension, est une agrégation progressive des matériaux microscopiques primitifs en masses de plus en plus volumineuses. Passons à la caséine maintenant. Dans du lait qui commence à s'aigrir, mais qui est encore parfaitement liquide, le microscope montre, comme je l'ai signalé, un fin précipité granuleux, prestjue insaisissable à SCS débuts, ne se traduisant que par l'aspect finement cha- griné du champ de la vision, mais aboutissant à des granula- tions très visildes. animées du mouvement brownien ai)solu- 17 :>58 CIIAlMTIÎh: XV meiil comme pour l'argilo. Faut-il admettre (juc le pliénomèiie de coagulation de la caséine change bi'usqneuiont de natui-e, au mouiont où nous commeneons à rajîercevoir, et à pouvoir juger de la façon dont il se produit? A partir de ce moment, il se traduit à nos yeux par des phénomènes de condensation moléculaire de plus en plus copieuse. Il ressemble alors à de l'argile qui s'agglomère et se dépose. Faut-il croire tpi'il a une autre essence avant le moment où il devient possible à étu- dier au microscope? Ce caractère de visibilité lui est exté- rieur; il ne dépend que de nous et de l'habileté de nos cons- tructeurs. Il n"a donc aucune iuijîortance dans l'espèce. Dès lors, nous voilà conduits à penser que cette condensation ré- gulière qui donne naissance à la coagulation, dans toute la région abordable pour l'œil, commence déjà avant que le microscope nous en ait averti ; mais, si légitime que soit cette induction, elle resterait un peu en l'air si nous ne pouvions la justifier par l'expérience. Cette expérience est subordonnée à la découverte d'un moyen qui nous permette de voir les molécules à un degré de gran- deur auquel elles sont encore absolument iuvisibles au micros- cope, qui ne montre nettement (£ue des objets dont la grandeur approche de un demi-millième de millimètre. Quand on en voit de plus petits, par exemple les cils de certaines bactéries, c'est à cause des phénomènes de ditfraction auxquels ils don- nent naissance. Quand ces objets, placés au-dessous de la limite de vision distincte au microscope, sont rangés réguliè- ment, les phénomènes de difl'raction se transforment en phé- nomènes de réseaux, et la visibilité de la masse résulte de jeux de la lumière. C'est ainsi qu'avec une structure en appa- rence très homogène, la nacre de perle peut manifester ses irisations caractéristiques. Dans cet ordre d'idées, nous devons à M. Morren d'abord qui l'a découvert, puis à M. Tyndall qui en a montré la délicatesse, un moyen de scruter la structure de la matière, à un moment où ses éléments sont encore loin d'être saisissables au microscope. C'est ce que nous avons déjà étudié dans le courant de cet ouvrage sous le nom de PHENOMENES DE COAGULATION 2oll Réaction dt- Ti/in/dll, mais sans en scruter suffisanmieiit les conditions et le mécanisme. 175. Réaction de Tyndall. — Introduisons avec M. Tyn- dall, dans uu tube liorizontal que peut traverser un jet puissant de lumière, un licjuide décomposable par cet agent, par exem- ple, du nitrite d'amyle ou de l'iodure d'allyle mélangés avec une trace d'acide cblorbydrique. « Pencb^nt quelque temps, dit M. Tyndall, on ne voit rien. L'action cbimique progresse sans doute, la condensation suit sa marche ; mais les molécules ne sont pas encore réunies en particules assez larges pour rétlécbir sensiblement les ondes lumineuses. La dimension de ces par- ticules ne pourrait sans doute être exprimée qu'en million- nièmes de pouce (en quarante-millièmes de millimètre), et pour former cbacune d'elles, il a sans doute fallu des multitudes de molécules. Aidée par ces considérations, la vision intellec- tuelle plonge plus profondément dans la nature atomique et nous montre, entre autres choses, combien nous sommes loin de voir se réaliser les espérances de Newton, qu'un jour viendrait où on pourrait voir les molécules au microscope. Pendant que je parle, vous voyez une délicate couleur bleue apparaître et auguienter dans le tube. Aucun bleu de ciel ne la dépasse en richesse et en pureté, et les particules qui la produisent sont encore très au-dessous de la zone d'action du microscope... Ce bleu est, à l'origine, aussi profond et aussi noir que le ciel vu des plus hauts sommets des Alpes ; mais il devient de plus en plus brillant, tout en restant bleu, jus- qu'à ce qu'enfin une teinte blanchâtre se mélange au pur azur. » A ce moment, le